ACTU : Entretien avec Dorine Cocagne à l’occasion de « Sport Féminin Toujours »

Ⓒ Gazette Sports

Du 18 au 24 janvier se déroule la semaine « Sport Féminin Toujours », une initiative lancée par le CSA en 2014, avec pour objectif la médiatisation du sport féminin. Dans ce cadre nous avons rencontré Dorine Cocagne, secrétaire générale du club de l’AUC badminton.

Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours sportif ?

Je m’appelle Dorine Cocagne, j’ai 27 ans, je réside à Amiens, et je suis dirigeante à l’Amiens Université Club de badminton (AUC) dans lequel j’évolue depuis de nombreuses années. Côté professionnel, J’ai un parcours universitaire en économie et je suis désormais salariée dans l’entreprise Vas-y-Mojo.
Concernant mon parcours au sein de l’association, je suis rentrée au comité de directeur de l’AUC à ma majorité. En 2016-2017 je suis devenue vice-présidente jusqu’en octobre 2020. À la suite du changement de présidence, j’ai pris le poste de secrétaire générale. 

Cette semaine est consacrée au sport féminin à l’initiative du CSA, as-tu déjà entendu parler de cette action ? Qu’en penses-tu ? 

Oui, j’ai déjà entendu parler de ce dispositif. Professionnellement, j’ai travaillé à l’office des sports d’Amiens métropole. Dans ce cadre nous avons organisé des actions, comme des cinés débat, des journées internationales pour le sport féminin avec des rencontres entre sportives et publics scolaires par exemple. Je connais donc ce sujet depuis plusieurs années. 
Selon moi c’est une action qui a le mérite d’exister parce qu’effectivement, le sport féminin n’est pas autant valorisé dans les médias et manque de médiatisation. Même sur certains sports comme le foot, le rugby ou le handball qui sont pourtant plus médiatisés. Maintenant, ça tend à changer un petit peu, mais ce n’est pas suffisant.

Selon moi c’est une action qui a le mérite d’exister parce qu’effectivement le sport féminin n’est pas autant valorisé dans les médias et manque de médiatisation

Comment expliques-tu cette différence de médiatisation avec le sport masculin ?

Je pense que c’est une question d’argent, puisque les sports les plus médiatisés génèrent plus de revenus. Plus il y a de téléspectateurs, de sponsors et de publicité, plus cela engendre une augmentation des recettes. Malheureusement aujourd’hui l’audience du sport féminin est moindre si elle est diffusée de manière régulière. À contrario elle est plus importante si elle se fait plus rare, mais lors de grandes occasions.

Le badminton est actuellement un des rares sports mixtes, quel est ton avis sur le sujet ?

Ce qu’il faut savoir, c’est qu’on joue dans 5 tableaux : le simple homme, le simple dame, le double homme, le double dame et le double mixte, et que dans toutes les compétitions, les 5 tableaux sont autant valorisés. Le public a autant d’attente sur du simple que du double mixte. Dans le double mixte à haut niveau, la femme a parfois un poids plus important que l’homme, c’est là que bien souvent la différence va se faire. Sur l’aspect des entraînements, on n’a ni session masculine ni session féminine, mais un entraînement mixte.
Au niveau fédéral, la fédération aimerait bien mettre en place du simple mixte, c’est-à-dire officiellement mettre en opposition des hommes contre des femmes. Après il y a toute une règle de niveau à mettre en place, puisqu’à classement égal, il peut y avoir une petite différence de niveau sur le long terme, ça va sûrement se mettre en place, mais d’ici combien de temps, je ne sais pas.

On a toujours des choses à s’apporter mutuellement

Lors de ton passé sportif, tu as joué contre des hommes, as-tu senti une différence de traitement, une adaptation de leur jeu face à toi ?

Ça dépend des personnes, il y a des hommes qui adorent jouer contre moi lors des entraînements, on a toujours des choses à s’apporter mutuellement. Certains vont au contraire adapter leur jeu. Ils ne vont pas s’investir totalement et jouer normalement. Par exemple, c’est déjà arrivé qu’il y ait des hommes qui me disent « contre toi je joue sans smasher », ce qui pour moi n’a pas de sens, puisque ça n’est pas ce que je recherche, je veux une opposition réelle.  
Je trouve que le fait de le dire haut et fort n’a pas de sens et montre clairement qu’il y a des préjugés. Par ailleurs, personnellement je prends autant de plaisir à jouer contre les hommes que les femmes.

Puisque tu as travaillé dans le domaine du sport sur le territoire d’Amiens Métropole, penses-tu que la ville s’investit suffisamment sur les problématiques du sport féminin ?

De mémoire, ce n’était pas une thématique prioritaire de la métropole d’Amiens dans le cadre du projet sportif métropolitain. A travers l’association dans laquelle j’ai travaillé, qui était une association financée par Amiens Métropole, on s’était rendu compte qu’il n’y avait rien de concret sur le sujet et pas vraiment d’action locale en matière de valorisation du sport féminin. 
A présent cela va tendre à changer puisqu’il va y avoir le nouveau projet sportif métropolitain, intégrant principalement tous les grands axes des fédérations sur la féminisation et le développement des pratiques.

Dorine Cocagne en pleine action lors d’une rencontre face à Boulogne-sur-mer

Constates-tu une évolution des mentalités sur le sport féminin depuis plusieurs années ?

Oui cela a quand même bien évolué depuis maintenant 20 ans. Si je prends l’exemple du foot en club, il n’y avait pas beaucoup de clubs féminins à l’époque. Les filles s’entraînaient avec les garçons et derrière elles ne pouvaient pas forcément disputer les matchs, car à partir d’un certain âge ou d’un certain niveau la mixité n’était pas autorisée… Maintenant chez les plus jeunes on peut encore avoir des équipes mixtes et derrière trouver davantage de clubs avec des sections féminines. 

Quelle personnalité représente selon toi le mieux le sport féminin en France ?

Je dirais deux choses, premièrement l’équipe de France de Football ou celle de Handball jouent très bien leur rôle de « vitrine du sport féminin ». Elles incarnent le sport féminin d’aujourd’hui, et répondent agréablement et de manière pertinente aux interviews.
Deuxièmement, au niveau plus politique, il y a Béatrice Barbusse, qui est une sociologue et qui a écrit “Du sexisme dans le sport”, en 2016. C’était justement une des premières femmes dans le milieu du handball à être présidente d’un club professionnel. Elle fait le constat de la relation et de la différence homme/femme principalement dans le milieu dirigeant. Elle constate qu’il y a une différence de considération qui peut être faite, et je trouve qu’elle a eu des réflexions qui peuvent être intéressantes pour ouvrir le débat sur le sujet.

Mon discours, s’il est bien construit, aura autant de poids que celui d’un homme

Le côté purement sportif entre les hommes et les femmes et le côté dirigeant sont-ils différents ?

Oui, au sein d’un club cela peut avoir un impact parce que si tu as des conflits, tu as des hommes qui ne vont pas te parler de la même façon parce que tu es une femme.
Après en termes de crédibilité, si moi je rencontre les pouvoirs publics, les collectivités, les partenaires etc… Mon discours, s’il est bien construit, aura autant de poids que celui d’un homme car ce sont principalement des projets ou des actions qui sont mises en valeur, mais attention car il y a toujours une part d’incertitude en fonction de l’interlocuteur.

Comment imagines-tu le sport féminin dans 50 ans ?

Je pense que ça aura pas mal évolué. Au niveau médiatique on commence à voir davantage de sports féminins, par exemple sur les sports d’hiver, les filles sont souvent plus mises en avant que les garçons car elles ont régulièrement des bons résultats. 
D’ici 50 ans on aura certainement beaucoup plus de sports féminins médiatisés, et pourquoi pas également une médiatisation plus importante du handisport. Au niveau des clubs on aura peut être plus de parité dans les effectifs. Mais il y a tellement de choses à côté qui font que les femmes ne pratiquent pas, comme notamment le manque de temps dû à la vie familiale et les contraintes horaires qu’elles engendrent, l’ambiance recherchée dans un club, que ça ne changera peut-être jamais.


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1. Entretien avec Dorine Cocagne de l’AUC Badminton
2. Entretien avec Lucie Jacquet-Malo du RCA
3. Entretien avec Brigitte Schleifer, présidente de la FFFA
4. Entretien avec The Rolling Candies
5. Les Bavardes et la place des femmes dans le sport
6. Amiens SC Féminines peaufine sa condition
7. Féminines, les oubliées de la Coupe de France


Propos recueillis par Timothée Hallet, Dorian Martin-Maisse, Hugo Degl’Innocenti, Mael Delambily et Eve Gourdain

Crédits photos Léandre Leber Gazettesports.fr