Si les Villages des Sports sont des rendez-vous importants pour les familles à la recherche d’une nouvelle activité, ils sont incontournables pour les différentes associations sportives qui misent beaucoup dessus pour faire connaître leur pratique et attirer de nouveaux licenciés.
L’environnement était différent par rapport à celui de la semaine précédente à Saint-Riquier, la météo aussi, mais le Village des Sports de Oisemont n’eut pas moins de succès, ce samedi. Malgré les quelques gouttes de pluie en fin de matinée et les bourrasques de vent, le public est venu nombreux pour s’essayer à des dizaines de disciplines dont les stands étaient répartis entre les infrastructures scolaires et le gymnase de cette petite ville qui compte un peu plus d’un millier d’habitants. Pour Amaury Caulier, son maire, accueillir un Village des Sports était une réelle volonté : « Notre candidature a été acceptée et on en est heureux pour de multiples raisons, notamment pour celle de proposer une animation supplémentaire sur la commune, qui plus est sur le sport. » Située entre Amiens et Abbeville, Oisemont doit se faire une place dans le cœur des sportifs et veut montrer, par l’organisation de cet événement, que ruralité ne rime pas avec choix réduit. « Je me souviens, il y a une trentaine d’années, dans nos villages, on ne pouvait faire que du foot. Aujourd’hui, on a quand même un beau panel qui est proposé à nos administrés. On a, sur la commune, 32 associations, pas que sportives, qui proposent des disciplines diverses et variées », insiste Amaury Caulier.

À ses côtés, Jannick Lefeuvre, conseiller départemental de la Somme dans le canton de Poix-de-Picardie, dont dépend Oisemont. Après Saint-Riquier, le choix de Oisemont pour la tenue de ce deuxième Village des Sports était une évidence : « Sur notre communauté de communes, on avait le choix entre Poix et Oisemont. Poix, c’est le chef-lieu de canton, il y a déjà beaucoup d’activités qui se font là-bas. Oisemont, c’est un petit peu excentré, donc on veut mettre aussi l’accent sur toutes ces communes qui sont excentrées pour montrer qu’elles existent aussi et qu’il se passe plein de choses. » Se rapprocher des petites communes et de leurs habitants, voilà ce que cherchent les élus locaux, soucieux de satisfaire leurs administrés : « Entre Amiens et Abbeville, il faut que Oisemont tire son épingle du jeu. Notre but, au département, c’est de montrer que la ruralité est bien là, que la ruralité existe et qu’on la prend en compte aussi », poursuit Jannick Lefeuvre. Le maire de la ville sait la difficulté pour le monde associatif de survivre dans le contexte économique actuel. Le Village des Sports sert aussi à relancer une dynamique : « On sait que le monde associatif est un petit peu mis à mal, à la fois sur le nombre d’adhérents et sur le nombre de bénévoles. Donc ça peut aussi permettre d’attirer des nouveaux adhérents et des nouveaux bénévoles. »
Pour les associations, une occasion en or de se faire connaître
Le mot dans la bouche de chaque représentant d’associations lorsqu’on leur demande l’utilité d’une participation au Village des Sports est « visibilité ». C’est le cas pour le Tennis Club Oisemont, structure qui a connu une belle période dans les années 80-90 avant de connaître une extrême décroissance qui a conduit à plusieurs années difficiles. Depuis l’année dernière, elle a relancé son activité mais elle compte pour le moment à peine 20 licenciés. Ce Village des Sports, c’est donc une forme de « publicité pour notre club qui est méconnu malgré nos efforts, regrette Gabrielle Porrez, sa présidente. On part de très loin, on veut grandir, et ça va donner une image de notre club, montrer l’attractivité et le dynamisme qu’il peut offrir. » Pour attirer un public plus large, le TCO dispose aussi, depuis peu, d’une section pickleball, une discipline proposée à l’essai dans le gymnase : « C’est peut-être encore plus accessible. C’est plus facile de taper dans la balle et de la renvoyer », explique Gabrielle Porrez. Autre sport de raquette qui a besoin de se montrer, le badminton et les Phoenix de Feuquières : « On n’est pas aussi connus que le football ou le handball. Il faut faire connaître la discipline elle-même, déjà, mais aussi notre club qui est au fin fond du Vimeux« , s’amuse Magalie Decroix, présidente, qui veut surtout ôter cette image d’un sport réservé aux collégiens et lycéens.

Les clichés tenaces, c’est ce dont veulent se débarrasser de nombreuses associations aux pratiques méconnues, notamment le Funakoshi Karaté Oisemont : « On a les représentations qu’on peut avoir dans les films d’arts martiaux, des messieurs qui vont jeter des coups de pied en criant dans tous les sens. Nous, le but du jeu, c’est de faire découvrir le vrai fond de la discipline aux gens, et de leur donner envie de pratiquer », insiste Jason Hardy, professeur référent du club. Une problématique commune à la plupart des sports de combat, et même au judo qui est pourtant davantage médiatisé. « Tous les enfants ont entendu parler du judo, mais ils ne l’ont pas forcément pratiqué. Là, c’est l’occasion d’essayer, de mettre un kimono, de mettre une ceinture et de faire un petit combat, explique Romain Dubois, président du club Hornoy-Oisemont. Ils connaissent le sport avec Teddy Riner, on sait tous ce qu’est une ceinture noire de judo, mais on ne connaît pas précisément les règles, on ne sait pas tout et c’est ce qui donne un attrait à l’activité. » En ce qui concerne le kendo, on part de bien plus loin : « Tout ce qui est forum des associations et Village des Sports, on essaye d’être le plus présent possible pour que les gens découvrent ne serait-ce que le mot kendo. Déjà, rien que ça », sourit Stéphane Mérigout, enseignant principal du Kidokan de Friville-Escarbotin. Et puis après, faire un peu d’initiation et pourquoi pas ensuite créer des vocations. »

Et si le Village des Sports s’adresse avant tout aux enfants, rien n’empêche les plus grands de s’essayer et de se lancer dans une nouvelle aventure sportive. C’est en tout cas la volonté de Jason Hardy d’en attirer au sein de son club de karaté : « On a eu beaucoup d’adultes qui ont commencé cette année, des adultes qui ne connaissaient pas du tout le karaté et qui sont venus découvrir cette discipline. Au Village des Sports, on essaye de recruter du sang neuf, et des muscles neufs. On voit principalement des enfants et des adolescents, mais moi j’en profite à chaque fois pour faire un peu de pub auprès des parents qui accompagnent aussi ! » Pour le club de kendo, il n’est pas non plus question de se focaliser uniquement sur les plus jeunes. Au contraire, la pratique peut se faire toute la vie et même à des âges très avancés (parfois plus de 80 ans), et Stéphane Mérigout confirme cet intérêt général : « Le but, c’est de ne pas attirer que les enfants, mais aussi les plus grands. Beaucoup de parents viennent avec les enfants, peut-être sans doute dans l’objectif de leur trouver un sport à partir de septembre. Mais il y a des papas qui viennent voir, même des mamans qui s’intéressent. » Si la plupart viennent d’abord par curiosité, il se peut qu’une initiation puisse faire son effet avec le temps : « Les enfants de 7, 8 et 9 ans ne vont peut-être pas venir au dojo la saison prochaine. Mais cet essai ludique qu’ils ont fait avec nous, qu’ils ont bien aimé, va peut-être susciter une vocation plus tard. Ce n’est peut-être pas forcément pour demain. » Le Village des Sports, c’est donc un événement à destination des passionnés de sport d’aujourd’hui, de demain ou à venir.
Simon Vasseur
Crédit photo : Théo Bégler – Gazettesports.fr

