Président du RCA, Stéphane Wiotte a fait le point à l’aube des phases finales pour l’équipe fanion masculine. Entre ambitions, projet de formation et prudence, il évoque la fin de saison et le projet du club.
D’abord, pour l’équipe première masculine, vous avez rempli l’objectif avec une qualification en phases finales sans passer par les barrages ?
Oui, sportivement notre objectif est atteint avec un groupe qui vit bien, travaille bien et a surtout envie de poursuivre l’aventure. Maintenant on va dire que c’est du bonus même si personne ne souhaite s’arrêter là.
C’était un nouveau départ avec l’arrivée d’Estéban Devich et une méthode totalement différente. Aviez-vous des craintes que les joueurs n’adhèrent pas ?
Non pas vraiment car on avait confiance en lui et on a été agréablement surpris par son projet et la transmission de sa façon d’aimer le rugby. Le partage de sa rigueur au quotidien et son envie de créer une vraie cohésion de groupe avec sa bonne humeur latine qui est contagieuse. Les garçons ont rapidement adhéré et les résultats ainsi que l’ambiance dans le groupe le démontrent.
C’était tout de même un risque car il a une approche assez professionnelle qui est parfois dure à assimiler pour des joueurs amateurs. Mais on a le sentiment qu’il possède cette rigueur et cette expérience du monde professionnel, avec le côté humain et proche de ses joueurs que l’on a pu connaître à l’époque de Martin Saleille ?
Oui, il a une façon de faire très professionnelle, mais il a su s’adapter aux garçons et à leurs contraintes du quotidien. C’est un homme d’expérience qui a permis aux jeunes de s’émanciper et a imposé de la rigueur. Il est très proche des joueurs et forcément la bonne humeur aide dans le travail et dans la souffrance. Il sait être dur quand il le faut. Son vécu de joueur et d’entraîneur fait que c’est un mixte parfait et c’est ce dont on a besoin aujourd’hui pour le club.



Certains ont mis du temps à se mettre dans cette façon de fonctionner. Ça laisse des regrets de voir que la réserve a mis du temps avant de trouver son rythme ?
Ils ont eu du mal à démarrer mais le groupe est aussi jeunes et je pense que c’est normal. Il y a eu ensuite une très belle série qui a permis de croire aux phases finales malheureusement le retard été trop important. Ils ont fini sur une belle victoire et on voit encore aujourd’hui du monde à l’entrainement. Tout le monde est concerné et même si certains savent qu’ils ont peu de chance de jouer, ils sont là pour aider les potes à préparer les phases finales. Voir ça c’est une réussite et ça fait plaisir. Ça démontre l’état d’esprit de ce groupe depuis le début de saison.
Avez-vous été surpris en début de saison quand on a vu des joueurs qui n’avaient jamais joué une minute en A se retrouver titulaires ?
Non car c’était le message du début de saison et le projet. On voulait donner la chance à tout le monde et installer une concurrence saine. Si les mecs ont joué, c’est qu’ils le méritaient et les résultats donnent raison. Sur le dernier match, on a même vu des juniors jouer, dans l’optique qui est la nôtre de s’appuyer sur la formation en prenant le temps nécessaire.
Le nouveau projet est axé sur la jeunesse, loin des contrats professionnels ?
On a un projet sur 3 à 5 ans de faire monter un maximum de jeunes dans l’équipe seniors. On veut qu’ils soient prêts à jouer et au niveau. Pour cela il faut les préparer le plus tôt possible. On essayait aussi de leur mettre à côté des mecs d’expérience que l’on va essayer d’attirer avec nos ambitions, mais aussi des possibles reconversions professionnelles ou par le biais d’emplois comme Jean Etienne Lesueur qui a joué en Pro D2 par exemple. C’est un nouveau modèle économique qui aujourd’hui est adapté à nos moyens et n’empêche pas d’avoir des ambitions.
Les 32ᵉ de finales contre Strasbourg arrivent, quel est l’objectif et l’organisation ?
On veut gagner clairement mais l’on reste très prudent en prenant les matchs les uns après les autres. On va déjà penser à cette double confrontation face à Strasbourg et ensuite on verra. Mais les garçons comme le staff et l’ensemble du club sont ambitieux. Les garçons sont conscients que ce sera dur mais ont hâte d’y être. On a fait les frais de partir le matin l’année dernière et l’expérience du staff fait que l’on a choisi de partir la veille pour être dans les meilleures conditions avec un réveil musculaire le matin. On a tout fait pour que les garçons soient dans les meilleures conditions pour performer.



Vous avez très peu recruté, c’était un choix de conserver l’ossature malgré l’échec de la saison dernière ?
Oui, on ne voulait pas tout remettre en cause malgré la déception de la saison dernière. On veut s’appuyer sur des joueurs locaux au maximum et faire venir des mecs qui vont apporter une véritable plus-value au groupe. Et surtout des joueurs qui s’identifient au projet et sont pleinement dedans.
Il y a eu l’arrivée tardive de Ciro Monti, êtes-vous frustré qu’il soit arrivé aussi tard ou voyez-vous plutôt ça comme une opportunité qui a permis à certains de se révéler et d’avoir du temps de jeu ?
On voulait le faire venir en septembre mais des soucis administratifs ont empêché de le faire venir plus tôt. Cela a permis d’avoir un plus dans l’équipe car c’est un garçon plein de talent et qui a une rigueur de travail qui est exemplaire. Il était frustré d’arriver aussi tard et il a vraiment faim de ballon comme on l’a vu. Il est arrivé avant les phases finales, donc il a quand même pu s’adapter au jeu de l’équipe. Et puis cela a permis à d’autres de jouer et de performer. […] On avait fait toutes les démarches de notre côté mais c’était compliqué et l’on a cru un moment que ça ne se ferait pas. Finalement c’est rentré dans l’ordre au bon moment, on va dire. C’est un garçon avec en plus de très belles valeurs qui correspondent aux nôtres.
Certains joueurs cadres arrivent sur la fin de leur carrière. On a le sentiment d’arriver à un tournant pour ce groupe, ne pas monter serait un frein dans le projet ?
Certains arrivent sur la fin mais on sait aussi que la plupart ont envie de rester investis dans le club et dans le projet. Si l’on monte, peut-être que certains voudront pousser le curseur un peu plus et on a tous envie de leur offrir la montée. Après, ce ne serait pas une fin en soi de ne pas monter cette saison. Il est par contre évident que d’être en Fédérale 2 aiderait pour attirer des joueurs et pour l’attractivité du club. Mais on reste très humble et prudent car le chemin est encore long et semé d’embûches. Il y a un écart entre les deux divisions mais on est dans une région qui joue avec les équipes parisiennes qui sont des grosses écuries. Cela va nous aider aussi pour les phases finales car on est rompu aux gros matchs.



Un mot sur les féminines. C’était aussi un nouveau départ, comment jugez-vous leur saison ?
On est très contents du travail de Xavier Sueur et de son staff. Elles sont encore en lice en championnat de France même si les dernières semaines ont été plus difficiles On voulait un staff pour elles avec de l’expérience et complet. On essaye de faire le maximum pour le groupe. Il y a une ambiance formidable et cela se ressent dans le club. J’espère qu’elles vont pouvoir briller lors des championnats de France. Comme pour les garçons, le projet est le même avec l’envie de former des jeunes filles pour alimenter l’équipe seniors. La super ambiance dans l’équipe aide chaque saison à attirer des filles et ça va continuer.
Enfin côté infrastructures, il y a le projet d’un terrain synthétique. Où en est-il ?
On est tous concentrés sur ce projet qui doit nous permettre de passer un cap. On va avoir la visite de la fédération, ce sera l’occasion de mettre en avant le projet. Avec le soutien de la mairie et de la métropole, on va continuer de travailler main dans la main pour faire qu’il voit le jour. On a aussi développé des antennes dans les quartiers dits prioritaires pour véhiculer les valeurs du rugby, donner envie à des jeunes de s’y mettre et pourquoi pas dénicher de nouveaux talents. Aujourd’hui le projet du club n’est pas seulement sportif et axé sur l’équipe première, qui est la vitrine du club, mais derrière il y a tout un projet club qui a pour but de briller sportivement mais aussi de transmettre les valeurs du rugby.
Propos recueillis par Aurélien Finet
Crédit photo : Théo Begler – Gazettesports.fr

