Ce samedi s’est déroulé un gala exceptionnel pour les 90 ans du club de gymnastique amiénois, marqué par de nombreuses années d’histoire et d’engagement. Pour l’occasion, les adhérents ont fait une démonstration de leur production acrobatique et artistique aux visiteurs qui ont aussi pu profiter d’une exposition retraçant les neuf décennies du club.
L’aventure débute lorsque Robert Delahaye crée en 1936 un club pour promouvoir le sport féminin à Amiens. “Au démarrage, c’était de la natation qui se passait dans la région”, expliquait Monique Lefert, membre du bureau du club. “Progressivement, il y avait aussi de l’athlétisme, et puis petit à petit, dans les années 60, le club s’est concentré sur la pratique de la gymnastique sportive de compétition et de loisirs”, ajoutait-elle. Une belle évolution vers la promotion de la gymnastique féminine amiénoise, qui s’inscrit dans un contexte d’accélération de la visibilité du sport féminin comme le soulignait Monique Lefert : “Cela devait faire partie d’un mouvement général, voire national peut-être plus. Une idée de promouvoir le sport et peut-être l’émancipation des femmes aussi. C’était un contexte différent.” Une féminisation du sport mais pas seulement, car la gymnastique est ouverte aux hommes même si les agrès sont différents. Fémina Sport représente donc la valorisation des femmes dans le sport, mais le club s’est spécialisé dans la gymnastique inclusive, bien que majoritairement féminine.
“L’anniversaire, c’est aussi de faire plaisir à des gens”, s’exclamait Lefert. Tout au long de la journée, les visiteurs ont pu se balader à travers l’exposition de photographies qui représentait toute l’histoire de Fémina Sport depuis sa création, décennie par décennie. Des photos mais aussi des tenues portées lors de compétitions par les gymnastes du club, qui n’ont cessé d’évoluer au fil du temps. “Pour moi, c’est un plaisir, une satisfaction de transmettre et de se remémorer”, ajoutait la bénévole, qui citait l’exemple d’une visiteuse : “La dame est heureuse de venir parce que sa maman a fait partie des gymnastes, elle n’est plus là donc elle est venue [pour elle].” La gymnastique est une histoire de famille et d’attachement, comme l’expliquait Monique Lefert : “J’ai toujours envie de dire que dans le club lui-même, il y a un lien, il y a quelque chose qui se crée.”
Une inclusivité à toute épreuve
Le club accueille tout le monde, peu importe la catégorie ou l’ambition de ses adhérents, et se retrouve ainsi à compter plusieurs catégories, du baby-gym, dès 15 mois, jusqu’aux seniors. La structure est ouverte à tous les niveaux d’investissement, y compris la compétition, même si celle-ci reste minoritaire face aux adhérents en loisir, qui représentent près de 90 % des effectifs. L’association est accessible aux personnes en situation de handicap dans le cadre du sport-santé, ce qui rend la gymnastique possible pour toutes et tous. Sans oublier les personnes issues de quartiers défavorisés qui se privent souvent d’une pratique sportive, mais chez Fémina Sport, cela n’existe pas car tout le monde peut se mettre à la gym en étant bien entouré. “Inclusion, c’est le mot qu’il faut”, concluait Monique Lefert pour décrire au mieux l’association.

Des difficultés grandissantes
Malgré cette belle histoire, il existe des difficultés contemporaines auxquelles Fémina Sport n’échappe pas. Le manque de bénévoles se fait sentir sur les épaules des membres actuels de l’association. Monique Lefert est entrée dans l’association en 1990, lorsque sa fille faisait partie du club de gym, et Françoise Deparis, trésorière du club, est entrée en 1988. Après toutes ces années à se donner pour accompagner les enfants et les plus grands dans le monde de la gymnastique, aujourd’hui, elles aimeraient bien déléguer. Le problème ? Il n’y a personne pour reprendre le flambeau, pas de bénévoles mais seulement cinq salariés, régis par les règles strictes de la loi, qui ne peuvent donc être présents partout et tout le temps. “C’est le contexte actuel qui fait que le bénévolat est en perte de croissance. Ils ne s’investissent pas de la même façon. On n’a plus la même vie qu’il y a 30 ou 40 ans”, assurait Françoise Deparis, qui constatait elle-même cette décroissance : “C’est d’autant plus compliqué que maintenant, pour être bénévole, on vous demande des compétences pointues.”
Quelques bénévoles ponctuels se réunissent pour les galas, souvent des parents ou d’anciens gymnastes, mais de manière permanente, le nombre ne cesse de diminuer : “On était 18 membres, on est passés à 15. Là, on est 11 aujourd’hui mais on n’est pas 11 opérationnels”, affirmait la trésorière. Une décroissance mais pas une pénurie pour autant, certains seront toujours là pour leur club. “On arrive toujours à trouver des gens de bonne volonté. Les personnes sont d’accord pour venir donner une demi-journée, mais pas forcément toutes les semaines, indiquait Françoise Deparis. Les gens n’ont pas la même disponibilité, la même envie.”
Pour répondre au déclin du bénévolat, le club doit salarier un peu plus de personnes. Une alternative mais à quel prix ? “On est obligé de professionnaliser de plus en plus”, annonçait Monique Lefert. Pour employer, l’association doit trouver les financements suffisants, qui ne sont pas toujours évidents à obtenir : “On est obligé de travailler avec nos propres fonds. C’est difficile. Alors ça va, parce qu’on a 750 licenciés mais demain, si on descend à 500 licenciés, c’est la catastrophe parce qu’on ne pourra pas assurer les cinq salaires”, expliquait Françoise Deparis en sa qualité de trésorière, qui connaît très bien l’état des finances du club qui, pour le moment, sont encore stables. “C’est une vraie gymnastique”, disait-elle sur un ton humoristique.
Un seul souhait pour l’avenir
“Notre seul souhait, c’est changer notre salle à Saint-Pierre”, telle est la volonté de Fémina Sport pour continuer d’écrire l’histoire dans des conditions améliorées. Le club est actuellement propriétaire de son gymnase rue Valentin Haüy mais reste contraint d’utiliser la salle Winston Churchill, mise à disposition gratuitement par la ville d’Amiens, car “la salle est plus grande et plus moderne”. En effet, le local principal du club date de 1968, est en parpaing, mal isolé et surtout difficile d’accès car il n’y a pas de parking. “On ne peut pas y accueillir de compétitions parce qu’il n’y a pas de gradins”, un bémol conséquent soulevé par Monique Lefert. Néanmoins, pour son anniversaire, Fémina Sport a voulu accueillir son public dans son gymnase personnel et historique.
Emma Dinouard
Crédit photo : Emma Dinouard – Gazettesports.fr

