Juste avant la deuxième édition de la Chevron, une course dont le nom a été inspiré du sien, Clément Chevrier a accepté de revenir, six ans après avoir dit stop, sur sa carrière, aussi intense qu’éphémère, et sur l’homme qu’il est devenu depuis l’entame de sa deuxième vie.
Début septembre, au départ du 175 km de la deuxième édition de la Chevron, Clément Chevrier était un coureur comme les autres, pas tellement reconnu pour ce qu’il a été : un coureur professionnel. Si un Arnaud Démare, principale figure du cyclisme picard, jouit d’une côte de popularité immense auprès du public en raison de ses près de 100 succès, dont certains sur les plus prestigieuses courses du monde, celle de Clément Chevrier est à l’image de sa personne, discrète. Et il est vrai qu’il a moins marqué le cyclisme français que le Beauvaisien, évoluant simplement six saisons au plus haut niveau, entre 2015 et 2020. Il a stoppé sa carrière prématurément, à 28 ans, et voit la majorité de sa génération quitter le peloton seulement maintenant, à l’image de Julian Alaphilippe, de deux semaines son aîné.
Des limites affichées mais un rêve exaucé
Il n’a jamais regretté d’avoir arrêté si tôt. En 2020, l’année Covid et sa fin de contrat avec son équipe étaient des signes à suivre pour le coureur samarien : « Ça faisait un petit moment que ça me trottait, j’étais un peu arrivé au bout d’un cycle, sportivement. C’était soit je me relançais dans une équipe avec pas mal de valeurs, soit pas du tout. Je n’ai pas trouvé l’envie ni l’opportunité de continuer. » Il laissait derrière lui six années passées au plus haut niveau, d’abord dans l’équipe suisse IAM puis chez AG2R La Mondiale. Il a participé à 4 Monuments (3 Liège-Bastogne-Liège et un Tour de Lombardie) et à 5 Grands Tours (2 Tours d’Italie et 3 Tours d’Espagne). Même s’il n’a jamais réussi à lever les bras chez les professionnels, Clément Chevrier évoque cette période avec fierté : « Depuis que j’ai 6 ans, je faisais du vélo à Salouël, puis à Beauvais. Ça a toujours été mon rêve de passer pro, donc je pense que c’est le plus bel accomplissement d’avoir pu en vivre pendant pas mal d’années. »
Il a apprécié le rôle d’équipier qui était le sien, la mission de devoir mettre dans de bonnes dispositions ses leaders, notamment sur les Grands Tours. Il a, par exemple, accompagné Domenico Pozzovivo lors du Giro 2017 que l’Italien achevait à la 6e place, mais aussi Romain Bardet sur le Tour d’Espagne, la même année. « C’est un plaisir un peu différent que de simplement être centré sur soi-même. Humainement, c’est assez fort à vivre. » L’Amiénois prend avec philosophie l’absence de participation au Tour de France, la plus prestigieuse des courses, alors même que deux passages dans sa ville natale ont eu lieu durant sa période d’activité, en 2015 et 2018 : « Dans la période où je courais, j’avais l’humilité de dire que je n’avais pas le niveau pour aider Romain en montagne. Il faut être aussi lucide et se placer au bon endroit. Je prenais plus de plaisir à exister sur le Giro et sur la Vuelta plutôt qu’à être en échec sur un Tour.«
Un après-carrière bien rempli
Le cyclisme de haut niveau n’a depuis jamais vraiment manqué à l’Amiénois de naissance qui, contrairement à nombre de ses pairs pour qui une retraite correspond à la fameuse « petite mort », a vite rebondi. Pas vraiment dans le cyclisme mais dans la sommellerie. « Sans être fâché par le milieu, c’était juste l’envie de faire autre chose », explique Chevrier. Une idée qui avait germé très tôt dans sa tête : « J’ai fait mes études de sommelier et j’ai eu des diplômes durant ma carrière, pendant les intersaisons. Après, les opportunités ont fait que j’ai pu travailler dans un restaurant étoilé tout de suite après ma carrière, donc ça m’a vite mis dans le bain », se rappelle-t-il. Il a très vite lancé son propre business en développant la marque « Épicurieux ». Aujourd’hui, Clément Chevrier est à la tête d’une structure solide qui prend une grande partie de son temps : « On a la double casquette de restaurateur et caviste, donc ça occupe beaucoup sur trois sites à Chambéry, Genève et Chamonix. C’est un autre challenge que celui du cyclisme. »

Il n’a pour autant jamais complètement délaissé la machine et s’autorise quelques coups de pédale lors de son temps libre, sans jamais se mettre la pression. « Je continue à rouler tout le temps, quand je peux, j’ai toujours un pied dedans, mais je préfère en profiter sur des moments éphémères, lorsque je l’ai choisi, plutôt que de m’obliger à quelque chose. » Il ne fait presque plus de compétition, conscient qu’avec le peu d’entraînement qu’il s’inflige, il aurait du mal à performer face à des amateurs qui font des centaines de kilomètres chaque semaine, même s’il a touché l’élite du cyclisme mondial dans sa jeunesse. Cette année, malgré tout, il était davantage affûté au moment de prendre le départ de la Chevron, « sa » course. Loin de jouer les premiers rôles lors de la première édition, il terminait cette fois au pied du podium sur le 175 km en s’inclinant lors du sprint pour la 3e place. Mais qu’importe le résultat final, l’enjeu pour lui était ailleurs, celui de prendre un plaisir que le cyclisme professionnel n’a pas toujours l’occasion d’octroyer.
Simon Vasseur
Crédit photo : Théo Bégler – Gazettesports.fr

