ÉQUITATION : En 1976 à Montréal, Marc Roguet devient champion olympique par équipes en sauts d’obstacles

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1976 fut assurément une grande année sportive. C’est l’année au cours de laquelle se déroulent les Jeux Olympiques à Montréal et la France obtiendra des résultats mitigés. Mais un Picard tira son épingle du jeu.

En athlétisme, Guy Drut, qui remporte la médaille d’or du 110 m haies, va rester longtemps le seul champion olympique français et ce, jusqu’au dernier jour des JO. Pour nous citoyens picards, à cette époque la Région Picardie avait de la valeur et voulait dire quelque chose avec les trois départements de l’Aisne, de l’Oise et de la Somme, ces Jeux avaient bien débuté pour nos représentants puisque l’haltérophile amiénois Daniel Senet avait frappé un grand coup en devenant le premier Picard médaillé. La France entière découvrait alors ce jeune champion qui, quelques mois plus tard, se verra attribuer la médaille d’argent bénéficiant du déclassement d’un athlète des pays de l’Est. 

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Il fallait attendre quasiment la clôture de ces Jeux pour assister à un exploit vraiment inattendu car personne n’avait parié sur les quatre cavaliers qui devenaient champions olympiques au saut d’obstacles par équipes. Parmi ces quatre cavaliers figurait Marc Roguet, qui était originaire de Pargny, petite commune non loin de Nesle. À l’exception des initiés, il n’était pas très connu. Il est vrai aussi qu’à cette époque, les médias n’accordaient que peu de place aux sports équestres. Marc Roguet avait pour équipiers Hubert Parot, Marcel Rozier et Michel Roche et cette équipe était alors dirigée par Jean d’Orgeix.

Dans cette équipe, régnait surtout une grande solidarité et du reste, ces quatre cavaliers avaient pris l’habitude de s’appeler « les Indiens » parce que ces derniers sont sur la piste et que le chef reste dans les tribunes. Chaque cavalier avait un surnom et Marc Roguet était surnommé « Castor prudent. » Avant ce concours qui clôturait ces Jeux de 1976, seul Guy Drut avait donc remporté une médaille d’or, ce qui ne plaisait guère au ministre des Sports de l’époque, M. Mazeaud, qui s’en était surtout pris aux dirigeants des différentes fédérations, plus dirigés vers leur réélection que vers les performances de leurs athlètes. Cette médaille d’or était donc une belle bouffée d’oxygène et permettait au sport français de mieux se voiler la face. Pourtant, Marc Roguet ne fut jamais certain de participer à ces Jeux puisqu’il bénéficia du forfait au dernier moment de Balanda, dont le cheval était malade.

On sait que dans ce sport, le cavalier ne peut se passer de son cheval et l’inverse également. Peu après être monté sur le podium, Marc Roguet faisait ce commentaire : « Lors des Jeux, il y a trois moments terriblement éprouvants. D’abord le défilé et je souhaite à chaque participant de ne pas le rater. On prend alors conscience de l’immensité du stade, du déploiement de cette masse et des milliers de regards braqués sur vous. Le deuxième moment, c’est lorsqu’après l’épreuve, nous sommes restés en piste à cheval, suivis par l’équipe allemande et l’équipe belge. Après les choses vont très vite, médailles, poignées de main et les félicitations du prince Philip d’Édimbourg. Le troisième moment est le plus terrible. On se tourne et le drapeau monte au mât tandis que la Marseillaise retentit. Il faut faire appel à toute sa volonté pour ne pas laisser craquer ce masque qu’on porte depuis la montée sur le podium et mettre la main aux yeux. C’est inoubliable. »

Un sportif qui n’a jamais cherché la lumière

Quand il est devenu champion olympique, Marc Roguet était âgé de 43 ans et pourtant il manquait d’expérience non seulement au plan international mais aussi national. Il devait avouer « que cette médaille d’or était le résultat d’une débrouillardise car pour se dégager du gazon gluant de Montréal, il fallait y croire. » À son retour à Pargny, Marc Roguet n’a pas dérogé à ses habitudes et plus jamais il ne devait remporter un grand concours. Visiblement, il n’était pas homme à courir après les honneurs et préférait l’anonymat. À son retour à Amiens avant de prendre la route de Pargny, Marc Roguet fit un détour par le Courrier Picard où nous l’avions invité avec Daniel Senet. Les deux hommes ne se connaissaient pas du tout, mais nous tenions à réunir nos deux champions, d’autant qu’à cette époque existait un deuxième quotidien et la lutte était sévère (mais correcte) entre les journalistes des deux journaux.

Marc Roguet, qui aujourd’hui est âgé de 93 ans, est bien évidemment le champion olympique le plus âgé en Picardie. Il n’a jamais cherché la moindre publicité, si bien qu’il a bel et bien failli être oublié par les instances actuelles lors des cérémonies précédant les Jeux de Paris en 2024 et notamment le port de la flamme olympique. C’est pourquoi nous formulons le vœu qu’une soirée soit réservée à ce champion aussi discret que brillant. Un peu à l’image de celle qui a récemment eu lieu à Picquigny pour Philippe Ermenault et qui a obtenu un vif succès.

Lionel Herbet

Publié par Lionel Herbet

Journaliste historique du sport Picard et Amiénois. Lionel est la mémoire des plus grands exploits sportifs de la région.