ROLAND-GARROS : L’Amiens AC, 1er fournisseur officiel de ramasseurs de balles

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Ⓒ Gazette Sports
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Onze ramasseurs de balles amiénois entrent en action ce lundi pour le début des qualifications de Roland-Garros. Un contingent record ! Nous en avons rencontré plusieurs, à l’AAC, leur club formateur.

Le onze amiénois (photo à la une) va ramasser… le gros lot sur les terrains de Roland-Garros ! Ils seraient assez nombreux pour former une équipe de foot : les ramasseurs de balles de l’AAC Tennis – trois filles et huit garçons – qui vont passer trois semaines sur les courts de la Porte d’Auteuil, à Paris. De la Ligue des Hauts-de-France de tennis, ils sont 28 (lire l’encadré en bas) et donc 11 de l’Amiens AC, seul club de l’agglomération amiénoise et de la Somme représenté. Mieux : aucun autre club du pays ne compte autant de ramasseurs cette année à Roland-Garros !

Il y a un an, ils étaient quatre de l’AAC à avoir été sélectionnés. Et c’était déjà bien… Nina, Alexandre, Samuel et Paul avaient vécu des moments forts, comme oeuvrer lors d’un match de Rafael Nadal sur le court Philippe-Chatrier, pour Samuel. Ou donner les balles à Novak Djokovic pour Paul, qui avait aussi ramassé court Simonne-Mathieu, devant ses parents en tribunes. Depuis leur expérience parisienne, Alexandre s’est lancé dans l’arbitrage. Et Samuel, lui, a aidé cet hiver Marine Mas et Manon Robine à former ses successeurs.

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Kristina Mladenovic s’apprête à servir, court Simonne-Mathieu, lors de l’édition 2021 de Roland-Garros.

Car devenir ramasseur sur le tournoi parisien du Grand Chelem ne se fait pas en un claquement de doigts. Formés au club, ils se sont ensuite aguerris sur place avec des tournois comme l’ITF et le récent Open Cellenza de paratennis. Mais que les onze soient tous sélectionnés a de quoi surprendre… même Karla Mraz-Fourcroy, la directrice de l’AAC : « j’ai été stupéfaite ! J’avais de la peine à l’avance pour celles et ceux qui n’allaient pas être retenus. Et ils ont tous été pris ! Vu leur nombre au dernier stage, je me disais que les responsables des sélections allaient peut-être vouloir équilibrer avec les autres clubs. S’ils ont été retenus, c’est au mérite, pas pour nous faire plaisir. Et cela récompense notre gros travail de formation. Après, se situer relativement près de Paris peut être un avantage par rapport à des clubs et des Ligues plus éloignés, car les ramasseurs doivent se trouver un hébergement pendant Roland-Garros. D’ailleurs, je remercie les parents qui consacrent du temps et des moyens pour les aider. »

Trois de ces nouveaux « ballos », le surnom des ramasseurs à Roland-Garros, ont répondu aux questions de Gazette Sports : Fantine Delanchy, 13 ans, classée 30/1, élève de 4ème au collège Sagebien. Hippolyte Delahousse, 15 ans, 30/1, en Seconde à la Ste Famille. Et Alexandre Boutigny, 14 ans, en 4ème à La Providence et également classé 30/1.

« Êtes-vous déjà allés à Roland-Garros ?
FD : Non, ce sera la première fois pour moi, j’ai vraiment hâte !
AB : J’y suis déjà allé comme spectateur. C’est beaucoup plus impressionnant qu’à la télé, le bruit du public, l’ambiance, c’est plus fort !
HD : Oui, j’y suis allé aussi, plusieurs fois. J’avais 8 ou 9 ans la première année. C’était super ! Même si les terrains sont grands, on est proches des joueurs.

Comment êtes-vous devenus ramasseurs de balles ?
HD : J’avais déjà passé les sélections pour Roland-Garros l’année dernière, car au club, j’ai commencé à ramasser sur des tournois. Manon (NDLR : Robine, qui forme les ramasseurs à l’AAC avec Marine Mas et qui fait partie de leurs superviseurs cette année à Roland-Garros, lire plus bas) nous avait encouragé à tenter notre chance. La première fois, je n’avais pas été pris mais cette fois, si. Après, on a fait le stage et voilà, ça a marché parce qu’on a bien été entraînés par nos coachs. Ça a permis que tout le monde soit pris.
AB : J’ai ramassé pour la première fois lors de l’Open de tennis fauteuil des Hauts-de-France, à l’AAC, en 2019.
FD : J’ai d’abord ramassé sur des tournois au club, comme l’ITF, deux années.

Qu’est-ce qui a été le plus dur dans les sélections ?

FD : Le premier stage à Lille n’était pas trop stressant, je ne me sentais pas la plus nulle, j’avais déjà un peu l’habitude alors ça allait. On a eu les résultats deux semaines après. J’ai pleuré quand j’ai su que j’étais prise… Ensuite à Troyes, lors du dernier rassemblement, on est passé les premiers, tous ceux de l’AAC. Et ma copine Éléa passait la dernière, j’avais peur qu’elle ne soit pas prise et finalement, c’était bon aussi pour elle !
HD : Oui, le plus dur, ça a été la dernière journée du stage à Troyes, parce qu’on avait tout le stress, en attendant de savoir si on était sélectionnés ou pas. Mais la première journée de sélection, en novembre avait été assez éprouvante aussi, je trouve, avec des ateliers non-stop pendant deux heures, sur la coordination ou le travail en équipe.

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2ème en partant de la droite, Nina Laure (AAC) lors d’un débrief après une rotation à Roland-Garros 2021.

Savez-vous comment vont se dérouler vos journées à Roland-Garros ?
AB : Je ne sais pas encore si je serai au filet ou au fond. C’est par rapport à la taille, je mesure à peu près 1,75 m. Les plus petits sont au filet, les grands au fond.
HD : Moi, ce sera plus au filet (sourire) ! Et à choisir, je préfère : au filet, on est un peu les moteurs de l’équipe, parce qu’on passe les balles après les points.
FD : On a un brief le matin pour savoir ce qu’on va faire, un débrief le soir pour savoir à quelle heure on doit revenir le lendemain. Les premiers jours, je suis prévue de 9h à 14h30. Je sais aussi qu’on a une carte pour manger le midi, un peu comme à la cantine et un badge pour pouvoir entrer dans le stade. Je m’attends à une belle expérience, à pouvoir approcher les joueurs. Savoir qu’ils vont peut-être venir nous voir, nous demander quelque chose, c’est génial ! Quand tu les admires, c’est incroyable… Je ressens à la fois du plaisir et du stress par peur de faire des erreurs. Mais je pense que le stress va passer dès que je serai sur le terrain. Mon amie, Nina, a été ramasseuse l’an dernier, elle m’a dit que c’était une super expérience à vivre, qu’on s’en souviendra toute la vie ! En plus, je ne suis encore jamais partie sans mes parents plus de trois ou quatre jours.

On a conscience d’être des privilégiés

Hippolyte Delahousse, 15 ans

Quels sont les petits trucs à savoir, les erreurs à éviter, une fois sur le terrain ?
AB : Il faut toujours anticiper le score, donc bien suivre le match et faire les roulés le mieux possible.

C’est à dire ?
HD : C’est le geste qui permet, entre ramasseurs, de se passer la balle vite (NDLR : avec un genou au sol, ils s’envoient les balles à terre, du filet vers le fond de court par exemple) et discrètement par rapport aux caméras et aux spectateurs. Il faut vraiment bien se baisser, avoir le bon geste. Sinon, ce qu’il faut bien suivre, c’est les changements de balles surtout. Après les sept premiers jeux et ensuite au bout de neuf jeux.
AB : Parce que l’échauffement compte pour deux jeux.

HD : Donc il faut bien compter dans sa tête, même si l’arbitre va nous le dire, mais c’est mieux de le savoir en avance, d’anticiper.
AB : Mais pendant le match, quand nous sommes tous les 6 sur le court, c’est à nous de gérer, les superviseurs n’ont pas le droit de nous parler.
HD : Il n’y a pas de chef entre nous, chacun sait ce qu’il a à faire, on se gère ! Le principal, c’est la rapidité, la concentration, l’envie et la passion de bien faire les choses. On a conscience d’être des privilégiés. Mais c’est une aventure qui se mérite, parce qu’au départ on était 4000 dans toute la France, pour être au final 280 à Roland.

Comment va se passer votre absence en classe pendant ces trois semaines ? Ce sont des vacances ?!
FD : Ah non non, on va quand même travailler. Pour moi, une assistante du collège va imprimer les devoirs, une amie doit me les envoyer. Les profs doivent aussi mettre les cours sur ProNote.
HD : Il n’y a pas eu de problème pour moi. Mais mes parents ont des amis dont le fils, qui avait été sélectionné il y a quelques années, avait dû changer de lycée pour pouvoir y aller, donc ça peut être compliqué… On est deux de mon lycée à être pris cette année. Il y a aussi Alexandre Boulogne-Aragüés qui y était l’an dernier. Et je sais déjà que je passe en 1ère, donc ça va !
AB : Je vais passer en 3ème. Nous, dans mon collège, on est en binôme. Moi, c’est avec Maxence Martin, qui n’a pas eu la chance d’être sélectionné. Il va m’envoyer les cours au fur et à mesure. Je sais que la première semaine (NDLR : celle des qualifs), j’ai deux jours de repos d’affilée, le vendredi et le samedi, je vais essayer de revenir à Amiens pour ne pas être trop perdu après le tournoi. À La Providence, ils ont l’habitude d’avoir des élèves qui partent ramasser à Roland, alors ça allait !
HD : Moi, je vais m’organiser pour récupérer les cours, ma voisine me l’a proposé. Même si je n’y ai pas encore trop pensé…

Le tennis a la place la plus importante dans ma vie

Fantine Delanchy, 13 ans
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Ramasseurs, juges de lignes et joueurs (ici en 2018 le Japonais Kei Nishikori) peuvent se retrouver sur la même ligne…

Quelles sont vos joueuses et joueurs préférés ?
AB : Moi, c’est Roger Federer ! J’adore son jeu, les années passent, il a le même top niveau. Je suis dégoûté parce qu’il n’est pas là cette année. Sinon Gaël Monfils, j’adore sa façon de jouer, son style de jeu spectaculaire, il emmène le public ! Je pense qu’il sera très agréable à ramasser.
FD : Djokovic ! J’adore comme il joue, il a l’air sympa. Après, Tsitsipas. Et puis Serena Williams.
HD
: Moi, Novak Djokovic. Il n’est pas aimé par tout le monde mais il arrive quand même à être N°1 mondial, ça doit le motiver encore plus… Et il fait des choses quand même incroyables !

Quelles sont vos ambitions, vos rêves dans le tennis ?
FD : Le tennis est ce qui a la place la plus importante dans ma vie. Pour jouer, je suis au club cinq jours par semaine. J’adore, ça me passionne vraiment !

Devenir joueur pro, ce serait exceptionnel…

Alexandre Boutigny, 14 ans


AB : Personne dans ma famille ne faisait vraiment du tennis. Mais j’avais un ami qui jouait à Camon, où j’ai commencé, on s’entraînait, on a appris comme ça. Mais depuis deux ans, c’est ma grosse passion, ça prend beaucoup de place. J’ai trois entraînements par semaine. Le jeudi midi, je prends des cours particuliers, avec aussi mon pote Maxence. Je sais que je n’aurai pas le niveau pour aller jusqu’à Roland-Garros comme joueur, mais j’espère progresser, pour atteindre le meilleur niveau possible, ce qui serait déjà pas mal. Devenir joueur de tennis pro, ce serait exceptionnel…
HD : Pour devenir un grand joueur de tennis, il faudrait plus s’entraîner que ce que je fais, deux à trois fois par semaine seulement. Mais c’est une passion. Dans ma famille, la plupart joue au tennis, mon grand-père (NDLR : Jean-Pierre Leclercq) a été président du club, il m’a instruit au tennis. J’adore regarder, j’adore jouer avec mes potes, ça me détend. Alors passer 3ème série, ce serait bien. Et surtout prendre du plaisir. »

Pour encadrer ces ramasseurs à Roland-Garros, il y a deux responsables en chef, huit superviseurs et les évaluateurs, qui les accompagnent jusqu’au bord du terrain. Manon Robine, prof de tennis à l’AAC, fait partie des huit superviseurs, pour la deuxième année : « Je gère les ramasseurs sur trois ou quatre terrains, c’est à dire que j’aide les évaluateurs qui sont au bord de chaque court. Une heure et demie avant les premiers matchs, on fait le briefing de la journée, on évoque aussi les prévisions météo, s’il doit pleuvoir par exemple. Puis ils partent faire un footing, avec la chanson des ramasseurs, pour réveiller le stade, c’est la tradition ! Après ils s’échauffent à côté du terrain qu’ils vont ramasser. Il y a ensuite un petit débrief après chacune des rotations, qui durent entre 30 et 45 min, toujours par groupe de six ramasseurs. Et en fin de journée, on met une note à chaque ramasseur, qui prend en compte le plan physique, la technique et le travail d’équipe.

La clé, c’est d’anticiper, savoir rattraper une situation mal partie, par exemple en cas d’oubli d’un changement de balles, l’arbitre va dire : ramasseurs, changement de balles s’il vous plait ! Et si les balles neuves ne sont pas prêtes, c’est du temps de perdu. Alors quand ils rentrent sur le terrain et qu’ils prennent le match en cours, on leur dit par exemple : Attention ! Dans quatre jeux, changement de balles ! Sinon le midi, ils mangent au self du staff. On leur dit de faire attention à ce qu’ils choisissent, pour ne pas se sentir trop lourds après. Pour se loger, ils doivent se débrouiller, les parents de certains louent des appartements. D’autres qui n’ont pas de solution sont hébergés chez des ramasseurs parisiens. Et au final, il faut être costaud, parce qu’on ne s’en rend pas compte, mais c’est dur de tenir trois semaines. »

Roland-Garros 2017, les trois meilleures semaines de ma vie…

Lenny Onifade, joueur à l’AAC et ex-ramasseur de balles

La récompense ultime, Manon Robine l’avait reçue, elle, le jour de la finale messieurs de 2011, l’année où elle avait été ramasseuse : « j’avais 14 ans, j’avais remis le plateau au finaliste, Roger Federer ! Me retrouver sur le court Philippe-Chatrier, entre Nadal et Federer, c’était magique. Les jambes qui tremblent aussi, la peur de faire tomber le plateau… En plus, je ne l’avais su qu’une demi-heure avant. On m’avait juste dit, dans la matinée, qu’il fallait que je me tienne prête, mais sans me dire pour quoi faire. Et après la remise des trophées, on a passé un peu de temps avec Federer et Nadal. C’était sympa. J’en ai encore presque la chair de poule en y repensant… »

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Lenny Onifade (Amiens AC) n’a rien oublié de son expérience de ramasseur à Roland-Garros, à 13 ans.

Lenny Onifade, 18 ans qui joue et entraîne également à l’AAC, n’est pas allé jusque là, mais il a aussi été ramasseur à Roland-Garros, en 2017. Cinq ans après, il estime tout simplement, à cette occasion, avoir « vécu les trois meilleures semaine de [sa] vie… J’ai ramassé un match de Djokovic sur le Suzanne-Lenglen, c’est beaucoup plus grand qu’à la télé, le public plus bruyant. C’est une expérience magnifique, il y a tout à garder ! » Et quand il a appris qu’ils étaient onze cette année de son club à avoir été sélectionnés, il n’a pas été surpris : « on a de plus en plus de formateurs à l’AAC. Alors avoir plus de ramasseurs pris, c’est logique, plus d’expériences partagées, la possibilité de ramasser dans plus de tournois aussi. »

Et le club n°1 en France pour les ramasseurs de balles sélectionnés à Roland-Garros va par ailleurs emmener sur place une cinquantaine d’autres jeunes de son école de tennis. Ils profiteront d’une journée en immersion, mercredi 25 mai, avec des billets pour les courts annexes. Où ils pourront peut-être croiser leurs copains « ballos ».

Vincent Delorme (avec Charlotte Lecot)
Crédits photos : David Photographie. DR. Vincent Delorme (Gazette Sports)

Les 28 ramasseurs de la Ligue des Hauts-de-France de tennis sélectionnés (8 filles et 20 garçons) représentent exactement 10% de l'effectif total des "ballos" de Roland-Garros 2022. Ils sont issus de 15 clubs : 11 donc de l’Amiens AC (Robin Bartoli,Alexandre Boutigny, Hippolyte Delahousse, Fantine Delanchy, Hugo Dourlen, Léandre Dufour, Antonin Grzes, Éléa Lainé, Arsène Legent, Alice Normand et Hugo Talec), 2 de Villeneuve-d’Ascq (Nord), 2 de Wattrelos (Nord), 2 de Wimereux (Pas-de-Calais) et les 11 autres de 11 clubs différents (6 ramasseurs de l’Oise, 2 du Nord, 2 du Pas-de-Calais et un de l’Aisne). Le plus jeune ramasseur de la Ligue est Arsène Legent (AAC), 12 ans (né en octobre 2009). Et le plus âgé : Antonin Grzes (AAC), 16 ans (né en février 2006). 
V.D.