ATHLÉTISME : La renaissance de Charlotte Mouchet

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De dégoûtée de l’athlétisme en hiver à médaillée d’argent aux championnats de France en été, sur 1500m, la trajectoire de Charlotte Mouchet peut tenir de l’inattendu. Elle nous l’a expliquée à la suite de cette belle performance en forme de renaissance.

Bonjour Charlotte, pouvez-vous nous raconter ce podium sur le 1500m des championnats de France ?

C’est une renaissance. J’ai dû faire des choix très importants ces derniers mois. Et je ne pensais pas du tout remettre les pieds sur une piste cette saison. J’avais fait le choix de faire du pacing cet été, c’est-à-dire faire le lièvre dans des courses. Finalement, vu que j’étais en forme, je me suis dit que j’allais me qualifier pour les France, sur une distance différente parce que ça fait des années que je prépare le 800m. Ça a été un de mes meilleurs championnats parce que je n’en attendais pas grand chose. Déjà, être là, c’était pour moi un grand exploit parce que ces derniers mois avaient été difficile, psychologiquement sur le plan sportif. J’ai pris du plaisir à courir, ça a été du jeu. J’ai vraiment pris mon pied à gagner en série, j’étais très à l’aise. Et en finale, j’avais tout à gagner. Je connais bien la gagnante (Aurore Fleury, ndlr) puisque j’ai fait ma préparation avec elle. C’est vraiment une très grande amie à moi et c’est grâce à elle que j’ai pu venir sur ces championnats de France parce qu’elle a été là dans des moments très difficiles pour moi. Cette deuxième place, c’est vraiment magique. Ce n’est pas que je ne m’y attendais pas, je savais que je pouvais le faire. Mais je ne savais pas si j’allais être à la hauteur. Et j’ai réussi à me surpasser, et surtout à prendre du plaisir, avec un record à la clef. Je suis vraiment contente d’avoir pu représenter mon club.

Je reprends plaisir dans un sport qui m’a fait beaucoup souffrir

C’est une ouverture pour la suite, puisque c’est une nouvelle distance pour moi. J’ai toujours eu un entraînement conséquent, avec des kilomètres d’entraînement pour le 800m donc je savais que je pouvais faire de belles choses sur 1500m, mais je n’avais jamais pris le temps de le faire. Là, tout s’est accordé. J’ai commencé ma saison il y a 6 semaines, et en 6 semaines, c’était ma 12ème course. C’était assez folklorique comme saison, j’ai voyagé en Europe et dans tous les grands meetings de France. Ça m’a vraiment permis de voir la compétition, l’athlétisme et la vie autrement. C’est pour ça que je dis que c’est un peu une renaissance, parce que je reprends plaisir dans un sport qui m’a fait beaucoup souffrir. Et j’ai pris des directions différentes dans ma vie puisque j’ai quitté Bordeaux cet hiver et que ça fait 4 mois que je n’habite nulle part.

En plus de tout cela, il y a un joli chrono.

C’est vraiment chouette de pouvoir faire un chrono de ce niveau-là en championnat de France. Parce qu’on a souvent l’habitude de voir des courses qui sont lentes et tactiques. Les filles me connaissent, surtout Aurore, et elles savaient très bien qu’il fallait courir pour ne pas se laisser avoir au sprint. Elle connaît très bien ma force, aussi, qui est ma rapidité puisque je viens du 800m. Et elle aime courir devant. Ça a vraiment été amené par une autre coureuse sur les 500 premiers mètres et au 1000m, Aurore est partie. Ce qui est marrant, c’est que c’est moi qui ai fait le lièvre sur ses courses cette année, quand elle fait son record, et là, en quelque sorte, c’est elle qui m’a servi de lièvre. Ce n’est pas un service rendu parce que ce n’était pas prémédité mais c’est beau comme histoire parce que c’est vraiment une amie à moi et donc pouvoir partager le podium, le chrono, de m’emmener à ce niveau-là de performance, c’est cool parce que ça me fait prendre beaucoup de confiance.

On sent que ça vous a redonné la « patate » ?

L’athlé, c’est vraiment un sport dur, le système est très élitiste. Et moi, j’ai performé quand j’étais jeune. Donc depuis que j’ai commencé l’athlé, j’ai été mise dans la performance. Notre système est fait pour amener les élites en compétition. Quand tu es aux portes de l’élite, tu n’es juste pas pris. Donc ça a été très dur. J’étais vraiment dégoûtée de l’athlétisme, je n’avais plus envie de m’entraîner cet hiver. J’ai fait un mois en Belgique et un mois en Espagne avec Aurore et Alice Finot et grâce à elles, grâce à ce groupe d’entraînement, je n’allais pas m’entraîner, j’allais courir avec mes copains. Ça m’a redonné plaisir.

Ma façon de courir a changé, je suis beaucoup plus libre.

Donc aujourd’hui, je vois vraiment la vie et l’athlétisme d’un œil différent, je n’attends plus rien de l’athlétisme. Je veux vraiment courir à mon niveau. Même ma façon de courir a changé, je suis beaucoup plus libre. Je le sens et ça me fait faire des choses magnifiques comme ce week-end. 4’11 », je savais par rapport à mes entraînements avec Aurore et que d’un point de vue physique et chronométrique, je pouvais le faire. Mais entre pouvoir le faire et le faire, c’est différent. Donc le réaliser, c’est génial.

Et dans la manière dont je l’ai réalisé, ça annonce vraiment de belles choses pour l’avenir. Ça va me permettre de rebasculer sur le 800m et d’être meilleure que ce que j’étais parce que je cours sans rien attendre et en étant libre. C’est comme ça qu’il faudrait que tout le monde coure, mais ce n’est pas facile parce que c’est beaucoup de pression. Déjà parce qu’il n’y a pas beaucoup d’argent dans notre sport. Donc c’est assez angoissant et stressant.


Morgan Chaumier