ATHLETISME : Kevin De Witasse Thézy, du talent et des promesses

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Suite aux bons résultats de la section handisport de l’Amiens UC durant les championnats de France à Nantes, nous sommes allés à la rencontre de Kevin De Witasse Thezy, jeune athlète de 21 ans, né sans main gauche, et à l’ascension fulgurante dans l’athlétisme.

Les 10 et 11 octobre dernier, les Aucistes ont donc brillé à Marseille, en ramenant pas moins de cinq médailles. Lerry Le Saint (M37), est allé chercher la 3ème place sur 100 avec un temps de 14’79, son nouveau record personnel. Ali Azdad a quant à lui décroché la 3ème place sur le 5000m avec un temps de 20’42″70. De son côté, Redouane Hennouni Bouzidi (M38) est devenu vice-champion de France du 1500m avec un temps 4’27″73.

Kevin De Witasse Thézy a lui ramené deux nouvelles médailles sur le plan national, le titre sur 400m et une troisième place sur 200m. L’occasion pour nous de faire connaissance avec cet athlète à l’avenir prometteur.

Bonjour Kevin, peux-tu revenir sur ces championnats de France Handisport ?

Alors en termes de résultats, sur le 100m je finis 4ème (12’10), sur le 200m je finis 3ème (23’72) et sur le 400m 1er (50’91). Il y avait énormément de vent là-bas, à Marseille, le Mistral. Pas mal de rafales sur le 100 et le 200 surtout. Après sur le 400 je l’ai eu dans le dos donc ça m’a permis de partir vite et de subir sur la dernière ligne droite, mais ça m’a plutôt bien réussi. Le deuxième doit être en 54 et le troisième en 55 je crois. Pour l’instant à chaque fois que j’ai couru les championnats de France j’ai finis premier.

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Kevin De Witasse Thezy après son titre sur 400m

En deux ans tu t’es déjà construit un beau palmarès…

Mon premier titre était sur 400m aux championnats de France à Nantes en 2018 en salle. Puis il y a eu le titre sur 400 en extérieur à Charlety, après j’ai remporté le 200m et le 400m en salle à Aubière et là Marseille.

Quel bilan tires-tu de ta saison ?

Je repars avec un chrono amélioré sur 400. Je suis passé de 51’73 à 50’51 à Saint Denis au mois d’août. Je suis super content sur ma saison du 400. Après sur le 200 j’ai fait 23’37 en salle et 23’46 en extérieur, je n’ai pas pu battre mon record. Et le 100 mètres c’était du bonus.

Quelles sont tes perspectives pour 2021 ?

Si cela est possible au niveau sanitaire, ce serait au moins de faire les championnats d’Europe handisport en Pologne, en juin prochain. Après, si j’arrive à faire de bonnes performances, on pourra peut être penser aux Jeux Paralympiques de Tokyo.

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Malgré tes belles performances sur le plan national, tu n’as pas encore trop pu te frotter à l’international ?

Non, pour le moment je n’ai fait que le HOP 2019 à Charlety, j’avais finis 3ème. Pour les championnats du monde de Dubai (ndlr : 2019) j’en étais encore loin, ça ne faisait qu’un an que je faisais de l’athlétisme donc c’était un peu court dans les délais.
Aujourd’hui, grâce à ma performance de Marseille, l’équipe de France m’a bien observé et ils ont dit à Christophe Guibon que normalement, je devrais participer aux rassemblements, et peut être aller faire des compétitions internationales. Si je veux faire les JO paralympiques 2024 il faut aussi que ça passe par là et par les compétitions à haut niveau.

C’est l’un de mes rêves, ce serait beau de faire ces Jeux en France.

Pour quelqu’un qui a démarré l’athlétisme il y a deux ans, ta progression est impressionnante. Cela fait naître des ambitions ?

Depuis que j’ai commencé l’athlétisme, j’améliore mon chrono chaque saison d’une seconde, je suis passé sur 400 de 53’69 à mes débuts à 50’51 en deux ans. Donc si je continue à progresser, je pense que pour les jeux de Paris 2024 ça devrait être pas mal. Si je fais dans l’athlé, dans un sens c’est aussi pour ça, j’ai un objectif et c’est un rêve aussi. C’est l’un de mes rêves, ce serait beau de faire ces Jeux en France.

Comment en es-tu venu à passer du football à l’athlétisme à 19 ans ?

Depuis tout petit je fais du foot à Saint Fuscien, je suis passé par toutes les catégories jeunes jusqu’à U18. J’avais juste arrêté en U14-U15 à cause de mon genou (Osgood Schlatter). Je suis même devenu éducateur, une chose que je voulais vraiment découvrir. Et aujourd’hui j’attaque ma cinquième saison en tant qu’éducateur pour les jeunes mais je ne joue plus.
En parallèle, j’ai commencé la fac, en STAPS. Durant ma L1 j’avais un prof, monsieur Benoit Sautillet, et pendant un de ces cours de techno/athlétisme, il a parlé du handisport. À la pause j’étais allé le voir et je lui avais demandé plus d’informations sur les compétitions handisports. Et il m’a ensuite dirigé vers Benjamin Gaillien, qui m’a dit que je pouvais faire un essai à l’AUC où ils étaient alors en train de monter une section sportive handisport.
Donc j’ai fait un essai à l’AUC un vendredi midi, en novembre 2018, il y avait Christophe Guibon et Redoune Henouni Bouzidi. Et j’ai tout de suite accroché, ça m’a beaucoup plu et je me suis dit que j’allais continuer pour voir.

Depuis tu n’a plus jamais arrêté ?

Je me suis vraiment pris au jeu, je me suis bien entendu avec Christophe et Redouane, et au fur et à mesure des séances j’ai intégré un groupe de sprint avec Jean-Luc Bigand qui est mon entraîneur de sprint. J’ai fait mon premier 400 directement sur les championnats de France à Nantes, et lors de la première course je gagne le titre en 53’69. Ca m’a tout de suite plu le 400, et aujourd’hui c’est vraiment ma spécialité, c’est là où je me sens le mieux sur les courses.
Maintenant l’athlétisme prend une grande place dans ma vie, au début j’étais à 2-3 séances par semaine et en intégrant le groupe je suis monté à 4,5 puis 6.

Maintenant je suis très proche de ceux du groupe. C’est individuel mais on a quand même un groupe derrière nous, et ça c’est super important.

Le football et l’athlétisme sont deux sports bien différents, l’un est collectif, l’autre individuel, comment tu as vécu la transition ?

Honnêtement, quand je suis arrivé à l’AUC, dans le groupe de Jean-Luc, ils m’ont très bien accueilli et c’est aussi grâce çà cela que j’ai continué, car je me sentais bien. Même par rapport à mon handicap, ils ne m’ont pas mis de côté, ils sont directement venus vers moi. Maintenant je suis très proche de ceux du groupe. C’est individuel mais on a quand même un groupe derrière nous, et ça c’est super important.
D’ailleurs, dans cet esprit, je tiens à souligner l’importance qu’a eu Redouane pour moi. Il a su me montrer le chemin, me donner des bons conseils, et surtout il a cru en moi. C’est aussi en partie grâce à lui que je suis dans la section handisport, aujourd’hui c’est une personne très importante pour moi, sportivement mais aussi au quotidien.

Quel influence a ton handicap, d’un point de vue technique ?

Cela pose problème dans les virages et dans les starting-blocks aussi. Au départ dans le start au niveau de la ligne, même si c’est très léger, je suis plus décalé du côté gauche. Après à l’extérieur, sur piste, ça se voit moins. Par contre, en salle la piste est dénivelée, et là c’est encore plus flagrant, j’ai un peu plus de mal.
Mais avec Jean-Luc on a réussi à bien corriger au niveau de la posture, sur ce travail là ça a été top. Après c’est quelque chose que l’on travaille toujours, c’est très important. C’est comme la gainage, c’est tout le temps.

Tu cours également avec les valides ?

Oui tout à fait. Par exemple mon meilleur chrono sur 400 mètres, 50’51, c’était à Saint Denis avec des valides, et je suis arrivé premier.

On évoqué le STAPS, ton rôle d’éducateur à Saint Fuscien, tes six entraînements par semaines en athlétisme… Comment gères-tu ton emploi du temps ?

C’est une question d’habitude en fait. C’est vrai qu’au début c’est fatiguant, ton corps n’est pas habitué, et quand tu rentes chez toi, tu vas prendre ta douche, tu manges et tu vas te coucher. Mais là maintenant ça va, j’ai trouvé mon rythme.
Par exemple, là j’ai dix jours de repos, et ça me manque de ne pas venir, j’ai tellement pris l’habitude d’être ici tous les jours que c’est presque une deuxième maison.




Quentin Ducrocq

Crédit photo DR