FOOT US – Valentin Prioul : « Je suis un mec qui me donne à fond dans tout ce que je fais »

Ⓒ Gazette Sports

Après être allés sur la defensive line avec Ryan Jouanneau, c’est au tour de Valentin Prioul de nous parler de son poste de runing back sur l’offensive line des Spartiates d’Amiens.

Bonjour Valentin, pourrais-tu commencer par une rapide présentation ?

Je m’appelle Valentin Prioul, j’ai 23 ans et je suis toujours en étude, actuellement en Master 2 en STAPS spécialité « entrainement sportif et optimisation de la performance sportive. » À côté de ça, j’effectue mon stage en tant que coach au Pôle France de football américain mais également préparateur adjoint de Thomas Lasne. Je travaille aussi avec XL coach, une entreprise de coaching. Durant mes années d’études, j’ai suivi une deuxième licence en complément de la première, « l’APAS » (comprendre Activités Physiques Adaptées et Santé). À part le foot américain, je fais aussi de l’athlétisme et de la musculation, toujours dans le sport pour rester préparé. C’est vrai que le sport me prend énormément de temps alors à côté de ça je ne peux pas faire grand-chose d’autre.

Qu’est-ce qui t’a amené à te tourner vers le foot américain ?

J’ai fait du rugby pendant cinq ans avant de me lancer dans cette discipline. J’avais commencé en région parisienne puis j’ai déménagé en Alsace où j’ai continué à pratiquer le rugby pendant une année. Là où j’habitais il y avait également un club de foot US et j’avais déjà commencé à faire quelques entraînements avec un centre d’entraînement qui permettait de faire plusieurs activités : on choisit nos activités pour s’y rendre sur différents créneaux, c’est un concept qui m’avait beaucoup plu. J’étais censé aller sur un entraînement de rugby mais il n’y en avait pas pour ma catégorie à ce moment précis alors je suis plutôt allé sur celui de foot américain et depuis, je n’ai plus lâché. 

À quel âge as-tu donc commencé à pratiquer ?

J’avais 12 ans quand je suis arrivé dans le club, je faisais du flag à cette époque, je n’ai enfilé mon premier équipement qu’à partir de 13 ans. Mais en Alsace ce n’est pas comme en région parisienne ou à Amiens, je jouais vraiment dans un tout petit club. De plus, quand je suis arrivé, il n’y avait pas de catégorie pour ma tranche d’âge, mais suite à mon arrivée j’avais amené pas mal de copains avec moi, et même d’autres jeunes qui étaient intéressés et que je ne connaissais pas encore donc le club a créé la catégorie puisqu’on est tous arrivés en même temps. 

Je suis né à Versailles, mais ma mère étant militaire, j’ai souvent déménagé entre la Vendée, la région parisienne, Poitiers puis finalement l’Alsace pour terminer ensuite à Amiens. Mais Amiens c’était mon propre choix puisque je suis parti au Pôle France dès que j’ai eu 15 ans, pour l’entrée au lycée : j’ai donc laissé mes parents derrière, en Alsace.

C’était donc un projet dès ton plus jeune âge de pratiquer un sport en haut niveau ?

Je suis un mec qui me donne à fond dans tout ce que je fais alors je me suis dit que si j’avais la possibilité de pouvoir m’entraîner à haut niveau tout en poursuivant mes études, c’était le top. 
Mais quand j’étais au Pôle, je me suis posé la question de savoir si je n’aurais pas mieux fait de continuer le rugby plutôt, le salaire y est plus important et le niveau est également bien plus élevé qu’au foot US en France. J’en avais discuté avec mes parents et, si j’avais continué le rugby, je serais aussi parti dans un centre de formation. Ou du moins j’aurais essayé, parce que les entrées y sont encore plus sélectives qu’ici. Mais qu’importe la discipline, j’aurais été axé sur une carrière sportive.

Maintenant ma mentalité ce n’est plus “jouer pour le foot américain”, mais plutôt “jouer pour les Spartiates.”

Valentin Prioul

Le très haut niveau a-t-il aussi déjà été dans tes projets ?

Pas du tout non. Quand je suis arrivé au Pôle France j’y ai fait mes trois années, j’ai aussi participé à quelques stages en équipe de France et lorsque j’ai terminé mon bac S après le Pôle, j’ai directement entamé ma première année de STAPS. J’ai bien eu des demandes de quelques Cégeps, mais ça n’a jamais été ma priorité. Je trouve que le fait de partir dans un Cégep sans vraiment être déterminé à vivre du foot, c’est perdre son temps puisque là-bas les diplômes ne sont pas les mêmes alors quand on revient en France, on n’a peut-être pas les mêmes diplômes et on doit refaire en France les diplômes que l’on a eus là-bas. Pour moi, si l’on part, il ne faut pas revenir, mais ça reste ma vision des choses.
Et puis je suis vraiment attaché à l’équipe des Spartiates, maintenant ma mentalité ce n’est plus “jouer pour le foot américain”, mais plutôt “jouer pour les Spartiates.”

Ton « avenir idéal » serait donc basé sur le sport au vu de tes études, mais toujours dans le foot US ou dans le domaine sportif en général ?

J’adore le fait d’entraîner une position puisque c’est ce que je fais au Pôle : je coach une position de foot américain et en même temps je suis leur préparation avec Thomas. Mais ce que j’adore surtout, c’est de pouvoir toucher sur la préparation physique de plusieurs. Avec XL Coach par exemple, je travaille sur les Gothiques d’Amiens et c’est quelque chose que j’apprécie beaucoup avec la préparation physique, de pouvoir toucher plusieurs sports. Pour l’instant je suis sur le foot américain et le hockey, mais peut-être que plus tard ça sera le basket ou le hand et c’est vraiment là-dessus que je veux m’orienter.
Le foot américain c’est surtout ma passion donc c’est quelque chose que j’adore, seulement ce que j’apprécie le plus dans ce sport c’est vraiment de coacher une position précise ; mais je ne veux pas rester coincé que sur ce sport. 

Actuellement tu es runing back chez les Spartiates, peux-tu expliquer quel est le rôle lié à ta position ? Qu’est-ce qui t’a amené vers ce poste plutôt qu’un autre ?

Par rapport à la stratégie adoptée par l’équipe, on nous donne souvent le ballon et on doit réussir à se faufiler entre les blocs de nos camarades pour aller le plus loin possible. Les principales qualités d’un runing back je dirais que c’est tout d’abord sa vitesse, mais aussi sa capacité à ré-accélérer et à souvent changer de course. 

Foot Us Spartiates Vs Villeneuve D'ascq Kevin Devigne Gazettesports 28

Quand on est en catégorie jeunes, généralement on n’est pas beaucoup alors on est amené à jouer en « double plateau », c’est-à-dire à la fois en attaque et en défense. Donc j’ai déjà joué en défense, c’est un poste qui me fait plutôt rigoler, dans le sens où j’ai toujours aimé ça, mais pas assez pour rivaliser avec l’attaque. J’ai toujours été attiré par ce poste, peut-être parce que j’aime avoir le ballon, parce que j’aime me faufiler et avoir des gens qui essayent de m’attraper. C’est vraiment l’adrénaline qui me pousse et que j’aime sur le poste d’attaquant, le fait de savoir qu’on est « chassé » en quelque sorte. 
Je pense que c’est aussi ça qui a fait que je me suis toujours dirigé plutôt vers des sports collectifs, il y a toujours cette ambiance d’équipe, de famille presque.

As-tu une référence dans ta discipline ? Un joueur, une équipe ou un entraîneur ?

J’ai toujours été derrière les anciens Spartiates. Je ne donnerais pas de nom de NFL parce que ces gars-là je ne les connais pas, on peut très bien les voir sur un terrain mais en dehors de ça ils sont peut-être cons (sic), je ne sais pas du tout. Donc je dirais plus des anciens Spartiates comme Pierre Thorrignac, Gaëtan Parhuitte ou Thibaut Caudelle ; ce sont surtout des personnes qui m’ont pris sous leur aile dès que je suis arrivé. Ça m’a permis de me développer en tant qu’athlète, mais aussi en tant qu’homme. Je suis plus axé sur l’humain parce que je pense que les joueurs qui réussissent ont une partie humaine qui est grande avec la partie collective et familiale. Quand on regarde les joueurs de NFL qui se donnent tant de mal, au final c’est pour faire vivre leur famille : la plupart viennent des ghettos des États-Unis donc ils se donnent du mal pour pouvoir faire vivre leur famille sans avoir rien eu de base. Je pense que cet aspect que j’aime le plus, le fait de se donner à fond pour quelqu’un d’autre.

À l’image de ton coéquipier Ryan, est-ce que tu as également des rituels d’avant-match ?

J’en ai énormément oui ! Déjà de base je ne fume pas, mais la veille d’un match je ne bois pas d’alcool de la journée, après pendant le match j’ai toujours un habit que je ne change pas : lui c’est son caleçon, moi c’est ce qu’on appelle le suspensoir. C’est mon meilleur ami qui me l’avait acheté et depuis je l’ai toujours. J’ai aussi toujours le même t-shirt et je m’échauffe toujours avant tout le monde : je vais sur le terrain vingt minutes plus tôt et ensuite je reviens, je me mets dans ma bulle en quelque sorte. Après c’est bon, je peux jouer, mais si je ne fais pas tout ça, je ne suis pas bien.

Après avoir pratiqué pendant dix ans, dirais-tu que le rythme « accéléré » d’une saison s’impose naturellement à toi ? Ou est-ce que tu as encore une nouvelle phase d’adaptation chaque saison ? 

Non je pense que ça se fait naturellement maintenant puisque j’ai l’habitude, je sais comment ça se passe. De plus je suis aussi mieux préparé physiquement étant donné que je suis suivi par une préparatrice physique : avant la saison je suis toujours bien, physiquement parlant, et c’est ce qui permet d’être performant dans un match. Je ne ressens plus tellement physiquement l’arrivée de la nouvelle saison : si on est prêts on peut y aller, on n’est pas surpris par l’enchaînement des matchs. Et puis pour l’instant l’enchaînement reste correct, on est sur un rythme d’un ou deux matchs toutes les trois semaines jusqu’ici.

Sur tes dix années de pratique, quel souvenir ressortirais-tu comme le plus intense à vivre ?

Je dirais que c’est lorsque l’on a gagné le titre de champions de D2 à la maison. C’est un moment que j’ai adoré. Mais à part ça, la saison dernière on a joué un match de play-off à domicile le 1er juin, jour de mon anniversaire, c’était vraiment un jour agréable et en plus je me souviens que l’on avait fait un bon match ce jour-là. C’était un beau cadeau d’anniversaire pour moi. 

Dirais-tu qu’il y a également des différences avec les championnats européens ?

Oui bien sûr ! Quand on regarde le championnat autrichien, ou allemand par exemple, on sent qu’il y a une différence juste culturelle pour commencer. Ils ont une culture bien plus sportive que nous, ils sont plus intéressés par le foot US également. Et puis comme on dit “l’argent est le nerf de la guerre” : en Allemagne et en Autriche les fédérations payent, donc il y a plus de gens, plus de médiatisation et obligatoirement tous les bons joueurs Français partent là-bas parce qu’ils seront payés, ils sont pros ou semi-pros. C’est ce qui est intéressant pour les personnes qui ne jouent que pour le foot.

Selon toi la discipline manque donc cruellement de médiatisation en France ?

Totalement ! Les gens connaissent le foot américain, mais ils ne savent peut-être pas qu’il y en a en France. Mais il y a beaucoup de facteurs qui jouent dans ce manque de médiatisation, dont le facteur culturel : on n’est peut-être tout simplement pas très ouverts sur d’autres sports que le soccer. Aux États-Unis on paye des millions aux joueurs de foot, ici on fait la même chose dans un autre sport. Mais quand on regarde les autres disciplines comme le judo par exemple, si on ne fait pas des grosses performances comme celles de Teddy Riner, c’est très dur de vivre du sport en France ; tandis qu’en Allemagne, aux USA ou Canada, dès que l’on a un certain niveau sportif on peut gagner notre vie et continuer à s’entraîner. 
De plus, je pense que le football américain ne sera jamais un sport Olympique. C’est aussi une question de chocs : au rugby on ne trouve que le rugby à 7 aux JO parce que sinon c’est beaucoup trop compliqué pour les organismes de jouer tous les trois jours.

Je te laisse le mot de la fin.

On a toujours envie de remercier le public parce que c’est aussi grâce à eux que l’on fait tourner le club, ce sont eux qui sont là à chaque match. Là où je suis vraiment content de jouer dans ce club c’est surtout parce que c’est un grand esprit de famille que nous maintenant, anciens (même si je ne suis pas bien vieux), on essaye de continuer à faire marcher. C’est vraiment cool de vivre dans un groupe comme ça. 


Propos recueillis par Océane KRONEK

Crédits photos : Jérôme Fauquet / Kevin Devigne – Gazettesports.fr