ATHLÉTISME : Portrait de William Aubatin (rediffusion)

Ⓒ Gazette Sports

Début juillet, nous avions rencontré William Aubatin, le sauteur en hauteur de l’Amiens UC. Un entretien au long cours, dans lequel l’athlète se confiait avec passion sur l’athlétisme.

Depuis, le succès a été au rendez-vous pour William Aubatin qui est devenu champion de France de saut en hauteur, fin juillet, avec un bond à 2m16. En août, aux championnats d’Europe par équipe, il ramenait 7 points à son équipe grâce à son meilleur bon de la saison à 2m17 (6ème du concours). Une compétition collective, où la France prenait d’ailleurs la 3ème place derrière la Pologne (1er) et l’Allemagne (2ème). Plus récemment, le 22 septembre, lors du Tour Régional de la coupe de France à Amiens, William Aubatin a remporté le concours en franchissant une barre à 2m00.

 

On va donc en premier lieu parler de ta découverte de l’athlétisme. Tu te licencies tôt en club. Comment cela est arrivé et quels sont tes premiers souvenirs ?

L’athlétisme est venu à moi dans le sens où, en 2005 on disait à ma mère que j’étais un enfant hyperactif et qu’il fallait que je fasse du sport pour me canaliser. A cette période on me proposait de jouer au football. Un intervenant scolaire venait nous faire pratiquer en cours et il m’avait proposé de poursuivre en club. A ce même moment mes meilleurs amis avaient commencé l’athlétisme. Ils me disaient “c’est trop bien, on court pendant 15 minutes, on n’est même pas fatigués, on fait des relais à la fin”. On avait l’air de s’y amuser beaucoup. Je me suis donc dit qu’il fallait essayer les deux.

“Les amis qui m’avaient convaincu sont restés une année et moi je suis encore là”

Petit je jouais énormément au football, dès que j’avais du temps libre, en extra-scolaire. Dans la même semaine je découvre le football et l’athlétisme en club. Là tout de suite je ressens deux esprits différents. Au football l’entraîneur criait, haussait facilement le ton pour donner des consignes. A l’athlé j’avais l’impression que nous étions plus libres, joyeux, c’était un peu plus “fun”. J’ai opté pour l’athlétisme. Mes parents m’ont suivi dans ce sens-là. J’ai commencé comme ça. Les amis qui m’avaient convaincu sont restés une année et moi je suis encore là (rires).

Comme tous les jeunes tu touches alors à toutes les disciplines avant de découvrir le saut en hauteur…

Je devais être poussin, j’ai commencé par le moins drôle, les cross (rires). C’était une des seules choses obligatoires dans mon groupe. Comme je venais souvent à l’entraînement, un petit groupe s’est créé avec les plus assidus et on est partis avec les minimes. On a doucement glissé de l’amusement à la performance. Le groupe était sympa, on était six du même âge et on allait titiller les minimes. J’ai tout de suite aimé ce petit challenge, proposé par Christine Bougis.

Le tournant de spécialisation véritable arrive en 2012 alors que tu rejoins Beauvais. C’est Yann Vaillant qui t’entraîne (spécialiste du saut en hauteur, record à 2 mètres 10, depuis devenu conseiller technique à la Ligue des Hauts-de-France). Comment prends-tu cette décision de te lancer pleinement dans la hauteur ?

J’ai toujours été intéressé par la hauteur mais je continuais de faire d’autres choses. En plus je n’avais pas le profil physique pour sauter haut. C’était depuis le départ la discipline qui me plaisait le plus, mais je n’y étais pas bon. J’étais petit, je faisais moins d’un mètre soixante à 15 ans. Quand je me suis spécialisé c’était pour me donner des chances.

Je commençais à me fixer des objectifs chiffrés, le premier c’était 1m56, c’était facile (rires). Je sentais qu’il y avait à apprendre. Je me suis dit “essaye d’aller le plus haut possible”. Je voulais me donner toutes les chances pour voir jusqu’où je pouvais aller. C’est avec Yann que j’ai repris la hauteur. Il m’a donné tous les outils nécessaires à ma progression. Il était là pour moi.

On peut encore te voir notamment sur 110 mètres Haies de temps en temps aux Interclubs pour dépanner. Il y a un petit manque parfois de ces épreuves de sprint ou de haies par lesquelles tu es passé ? 

Dire que ça ne me manque pas serait mentir, mais il n’y a pas de monotonie en hauteur. Parfois je me demande simplement, compte tenu de ma progression actuelle, ce que j’aurais pu faire sur les haies notamment mais aussi pour la longueur où je me plaisais beaucoup. 

J’ai un challenge : quand j’aurai arrêté l’athlétisme je veux avoir passé 2 mètres 20, passer les 7 mètres en longueur (6 mètres 67 en 2017) et courir le 100 mètres en dessous de 11 secondes (11″25 en 2016) (rires). J’ai réfléchi à ça à mon arrivée à l’Amiens Université Club.

Beaucoup doivent se demander comme se passe l’entraînement d’un sauteur en hauteur. Combien de fois t’entraînes-tu et comment ? 

En arrivant à l’AUC, j’ai commencé par 4 à 5 entraînements par semaine. A certaines périodes je faisais du bi-quotidien jusqu’à 10 entraînements hebdomadaires. Au fur et à mesure on est passé entre 5 à 7 séances. Le volume est variable mais on fait un vrai travail de qualité. Les semaines comprennent de la technique saut, des séances de musculation, des éducatifs orientés pour le saut en hauteur, et des séances où on couple plusieurs éléments. On fait toujours une orientation hauteur que ce soit de la course, de la musculation ou de la préparation physique générale.

“On a essayé de transformer mon physique pour m’adapter à la discipline”

Si je remonte à deux ou trois ans en arrière c’était plus général. Il y a quelques années je faisais 83 kilos, je ressemblais plus à un décathlonien qu’à un sauteur en hauteur. On a essayé de transformer mon physique pour m’adapter à la discipline. On a mis tous les moyens en place que ce soit avec Yann ou Jean-Paul (ndlr : Bourdon, son entraîneur actuel) pour que je ressemble à un sauteur en hauteur.

Il y aussi ce qui se passe en dehors. Est-ce-que tu considères que tu as évolué aussi en adaptant ton quotidien au-delà de l’entraînement ?

Cela s’est fait progressivement ces dernières années. On est conscient que si l’on veut vraiment être performant il faut vraiment mettre toutes les chances de son côté. J’en parle parfois avec ma sœur (ndlr : Rebecca, triple-sauteuse de niveau national). Il faut manger correctement, bien dormir, s’hydrater régulièrement.

“Si on veut faire du haut-niveau on n’a pas le choix”

C’est avoir une bonne hygiène de vie. Je sais que quand je ne suis pas optimal là-dessus je ne peux pas m’attendre à faire de grandes choses ni à l’entraînement ni en compétitions. Si on veut faire du haut-niveau on n’a pas le choix, on fait au mieux pour que notre hygiène de vie soit bonne.

Tu as été sélectionné pour la première fois en Equipe de France. Qu’est-ce que cela représente pour toi ?

Cela représente tout. C’est l’accomplissement de toutes ces années d’entraînement. J’imagine que tout athlète voulant faire du haut-niveau ambitionne de porter les couleurs de l’Equipe de France. Mon rêve s’est réalisé. Cela faisait un moment que j’attendais cela. J’ai parlé d’Albi. Ce concours là ouvrait à la Coupe du Monde par Equipe (Juillet 2018 à Londres). C’est ce que je visais à ce moment-là. C’était beaucoup de frustration. Ne pas être sur le podium, manquer une sélection, c’était difficile à digérer. Il m’a fallu du temps pendant la pause estivale. Je me suis remobilisé pour passer au delà et repartir à fond. Petite satisfaction en octobre où l’on fait deuxième à la Coupe de France par Equipe.

“La prochaine sélection est en ligne de mire, clairement”

Une première sélection c’est magique. Je n’ai presque pas de mots. Ce que j’ai vécu là-bas c’était incroyable. L’organisation, tout ce que j’ai pu voir, je n’ai jamais connu ça. Cela donne envie d’y retourner. La prochaine sélection elle est en ligne de mire, clairement (ndlr : sélection validée pour la Coupe d’Europe par Equipe à l’issue de son titre en Elite).

Tu penses que c’est une bonne chose que l’athlétisme se métamorphose un peu vers un athlétisme spectacle, dynamique et télévisuel ?

Bien-sûr. Cela fait déjà plusieurs années que les athlètes et dirigeants de la Fédération constatent que l’athlétisme n’est pas assez médiatisé. Je pense que ce format de compétition peut amener du public. Il y avait énormément de monde dans les gradins, je n’en ai jamais vu autant. On n’était pas sur des Jeux Olympiques. Ce n’est “que” des Jeux Européens mais il y avait beaucoup de monde.

“Il faut qu’on soit plus vus, plus reconnus”

J’ai eu beaucoup de discussions avec des gens qui me demandaient comment cela s’était déroulé. Le format intéresse. Beaucoup de gens ont voulu suivre l’événement à la télévision mais c’était compliqué (ndlr : La Chaîne l’Equipe a très peu diffusé l’athlétisme au bénéfice d’autres sports comme le judo). Je pense qu’avoir un nouveau format qui ouvre les portes à plus d’athlètes dans les différentes nations, cela peut être sympa. Il faut qu’on soit plus vus, plus reconnus. Moi j’ai adoré. Il faut que cela se diversifie.

Sur du plus long terme, le rêve ultime c’est de faire les Jeux Olympiques, un jour ?

Tokyo c’est très proche. Il y a Paris en 2024, j’espère que je serai encore apte à sauter (rires). C’est une question que l’on m’a souvent posée. Je l’ai toujours dit, je n’avais pas et je n’ai toujours pas le niveau pour. Il ne faut pas se leurrer. C’est dans un coin de ma tête mais j’ai envie de fonctionner pas à pas. Il y a d’autres échéances avant. Là je viens de faire une “petite” sélection. J’ai envie de petit à petit faire des compétitions internationales avant de me dire “tu es capable d’aller aux JO un jour”. Il faudrait se rapprocher des 2 mètres 30. Je ne suis pas encore passé à 2 mètres 20 donc il y a du travail.

L’Amiens UC, malgré une année compliquée sur le plan collectif (descente en Elite 2), semble en phase de développement. Les athlètes témoignent du bon-vivre du club, dans un collectif plus familial qu’il n’y parait. Qu’est-ce que tu as à dire de cela ?

J’imagine que tu parles des Interclubs (rires). On avait toutes nos chances, c’est la beauté du sport et le jeu des Interclubs. L’Amiens UC c’est une belle famille. Je pense que cela résume bien l’ensemble, le fonctionnement des choses. Les jeunes et les grands parlent ensemble. On échange et partage beaucoup. Je trouve ça fabuleux. Même ceux qui ne sont pas spécialistes de ta discipline viennent t’encourager pendant tes concours, pour te soutenir quand ils le peuvent. C’est génial. Les plus grands partagent leurs expériences et c’est enrichissant. 

Scène de joie pour les Amiénois réussissant la remontée en Elite 1 à l’issue du Second Tour Interclubs 2018

La remontée en Elite 1 ne peut donc pas vous échapper en mai 2020 ? 

J’espère, on essayera ensemble. Moi je croyais que le podium était pour nous cette année. Même après la première bulle j’étais déterminé mais ce n’était pas pour cette année. Nous attendrons. 

Je tiens vraiment à remercier tout mon groupe qui est un soutien incroyable. Au delà de mon groupe, ma famille est également très importante. Ma mère, mes frères et ma sœur sont un soutien dont tout athlète a besoin. On ne peut pas évoluer seul dans le sport. On a besoin d’être épaulé et eux m’apportent constamment tout comme Mélanie (ndlr : sa copine). 

 

 

Entretien réalisé le 12 juillet 2019 / Propos recueillis par Vincent Guyot

Crédits photos : CA Montreuil / Yann Vaillant / Amiens UC – A. Rubin / Gazettesports – Léandre Leber – Kévin Devigne