Alors à la peine en National, l’Amiens SC a vu sa saison basculer après une soirée passée à Pau, au soir d’une énième défaite, en décembre 2000.
Cette histoire est longtemps restée la propriété d’un petit groupe de joueurs et d’entraîneurs. Nous sommes dans les derniers jours du mois de décembre 2000, et l’Amiens SC, entraîné par Denis Troch, n’arrive pas à décoller dans le championnat de National. L’ASC dispute son dernier match aller à Pau et s’incline. À ce moment précis, on est encore loin d’imaginer que cette même formation amiénoise va totalement se transformer dès la reprise de la compétition, en janvier 2001. Les équipiers de Laurent Strelczak vont non seulement caracoler en championnat, mais aussi atteindre la finale de la Coupe de France et les quarts de finale de la Coupe de la Ligue, avant de retrouver, en mai, leur place en Ligue 2.
Ce magnifique redressement en a surpris plus d’un, mais avec le temps, les langues se sont déliées et nous avons appris que, ce soir de défaite à Pau, à quelques jours de Noël, l’effectif amiénois avait prolongé la nuit et s’était quelque peu écarté du comportement attendu de sportifs de haut niveau. Nous avons profité samedi de la présence de Denis Troch, alors entraîneur, et de David Ducci, alors directeur sportif, pour leur demander de nous raconter cette fameuse nuit de Pau.

“Après le match, une grande partie de l’effectif s’est réunie à l’hôtel. Nous discutions et essayions de trouver des solutions par rapport à notre classement, car nous étions alors à trois ou quatre points des premiers », se rappelle Ducci. En discutant autour d’un verre, les Amiénois ont de fil en aiguille prolongé la soirée : « Cela nous a rapprochés. Ce fut une réunion spontanée et c’est vraiment rare dans le milieu. C’était un tournant important. Tout se passait bien et, franchement, il y avait une bonne ambiance dans le groupe. Avec le coach, l’adhésion était totale. Nous savions qu’il ne nous manquait pas grand-chose et il fallait simplement un déclic. Et il a bien eu lieu après cette réunion. En janvier, nous nous qualifions facilement en Coupe et, surtout, nous récupérons en championnat des points sur tapis vert face à Noisy-le-Sec. La Coupe nous permettait alors de ne pas gamberger entre les matchs de championnat et nous avons fait une deuxième partie de saison exceptionnelle.«
« Ce genre de situation ne se produit que rarement et cela ne s’explique vraiment pas »
David Ducci
L’ancien directeur sportif se remémore aussi la place de Denis Troch qui n’était pas encore préparateur mental à l’époque : « On voyait déjà qu’il savait mener un groupe, qu’il savait comment l’emmener, et il était vraiment en avance. Ce genre de situation ne se produit que rarement et cela ne s’explique vraiment pas. Ce sont des moments au cours desquels les choses que vous ressentez sont surnaturelles. Je souhaite aujourd’hui que les jeunes puissent vivre de tels moments. Je peux dire enfin que, cette année-là, nous avions un véritable esprit de famille.”
Quant à Denis Troch, qui est resté quatre saisons à Amiens, il a encore en tête cette fameuse nuit : “Pau a été un déclencheur. À la fin du match que nous avions perdu, Jean-Paul Abalo est venu me voir, car il avait remarqué que j’avais un peu la tête dans le trou. Il m’a alors dit : ‘Coach, on va y arriver et on va monter.’ D’autant que c’est vrai que nous sommes vraiment montés en D2 à la fin des matchs retour, en recevant justement Pau. C’est vrai que nous étions en grande difficulté. Aujourd’hui, ce ne serait plus possible.”
Lionel Herbet
Crédit photo : Théo Bégler – Gazettesports.fr (illustration)

