Revenu dans sa ville natale après des années difficiles sur et en dehors du ring, Daniel Blenda Dos Santos s’est confié à l’occasion d’une séance où le boxeur amiénois a pris le rôle d’entraîneur, dimanche dernier, à l’Amiens Boxing Academy.
Depuis la retraite de Johann Duhaupas, il est incontestable que le numéro un de la boxe dans notre région est le mi-lourd Daniel Blenda Dos Santos. Ce dernier, né à Amiens, a effectué ses débuts avec Jérôme Fouache avant de partir pour Pont-Sainte-Maxence et de se placer sous la coupe de Giovanni Boggia. Dans l’Oise, Dos Santos a réalisé l’essentiel de sa carrière, qui l’a mené jusqu’au titre de champion d’Europe des mi-lourds le 15 juin 2024. Mais par la suite, le combattant a connu ce mal qui touche de plus en plus les sportifs de haut niveau : la dépression. Alors qu’il devait défendre son titre, Dos Santos a dû déclarer forfait, la pire chose possible lorsqu’on est un boxeur professionnel.
Sa carrière a alors été mise en sommeil, et le club de Pont-Sainte-Maxence a été contraint de lui rendre sa liberté, compte tenu de problèmes financiers. Car aujourd’hui, la boxe ne fait plus vivre un professionnel, même s’il est en haut de l’affiche. À 35 ans, Daniel Dos Santos ne voulait pas arrêter sa carrière, et c’est ainsi qu’il est revenu récemment dans sa ville natale, à Amiens, non plus chez Jérôme Fouache, mais à l’Amiens Boxing Academy. Dimanche dernier, dans la salle du club, rue Dejean, à Amiens, nous l’avons rencontré alors que, pour l’occasion, il se mettait dans la peau d’un entraîneur et donnait la leçon à des jeunes et moins jeunes souhaitant croiser les gants avec lui.
« Les valeurs ressemblent beaucoup à celles du rugby, avec l’abnégation, et le fait de s’entraîner en groupe amène de la cohésion »
Julien Carlier, ancien président du RCA
Parmi eux figurait Julien Carlier, ancien joueur et président du RC Amiénois, visiblement heureux de participer à cette séance. “J’ai fait trente ans en tant que joueur et dirigeant du RCA, souligne Julien Carlier. Et depuis un an, je me suis initié à la boxe pieds-poings. Ce dimanche, j’ai eu l’opportunité de faire cette séance de préparation physique avec Daniel Dos Santos. C’est super technique, super complémentaire et cela permet de se dépasser. La boxe est un sport que je découvre. Les valeurs ressemblent beaucoup à celles du rugby, avec l’abnégation, et le fait de s’entraîner en groupe amène de la cohésion. Et puis faire la connaissance de Daniel, c’est vraiment super. C’est un garçon vraiment exemplaire.”

Pour sa part, Daniel Blenda Dos Santos se réjouit de revenir dans sa ville natale et de replonger dans ses souvenirs : “Je suis parti d’Amiens en 2013. J’ai eu la chance d’intégrer à Pont-Sainte-Maxence un club et une ville qui ont mis les moyens pour la boxe et pour que les boxeurs puissent se produire régulièrement. Au début, je faisais l’aller-retour Amiens-Pont, et je n’ai habité Pont qu’à partir de 2019. C’est à Pont-Sainte-Maxence que j’ai gagné tous mes titres. Ce ne fut jamais facile. Mon meilleur souvenir reste ce combat en Allemagne pour le titre de l’Union européenne. J’étais en terrain hostile et tout le public était contre moi. Mais j’étais galvanisé et j’ai gagné.”
Son palmarès professionnel comporte 25 combats pour seulement deux défaites. Mais il a ensuite dû faire face à la dépression : “Il n’y a pas que le côté sportif qui en est à l’origine, car il y a aussi le côté humain. J’ai été touché gravement par la vie, car j’ai perdu deux frères et rencontré de nombreux problèmes familiaux. J’avais perdu le goût de pratiquer mon sport, mais pas que. Heureusement, je suis parvenu à me relever. Cela peut arriver à tout le monde, mais j’ai su relever la tête. J’ai eu aussi beaucoup de blessures et cela n’a pas arrangé la situation. J’ai su repartir et j’ai disputé mon dernier combat en août à l’étranger.”

En juin dernier, Dos Santos est aussi remonté sur un ring à Frévent, mais, tenez-vous bien, c’est lui-même qui a dû payer la bourse de son adversaire et régler les frais annexes, soit une somme avoisinant les cinq mille euros. “C’est vrai que pour financer ce combat, j’ai dû chercher des sponsors pour payer mon adversaire. Je l’ai payé de ma poche, en France, ce n’est pas du tout commun, reconnaissait-il. Vous savez, la boxe n’est pas un sport qui vous rend riche. C’est vrai qu’à l’étranger, on peut avoir de bonnes bourses. Maintenant que je suis à Amiens, mon ambition est de pouvoir boxer régulièrement dans ma ville. Je rêve de combats comme ceux livrés à l’étranger. Je souhaite revivre les belles soirées de boxe dans ma ville, au Cirque ou au Coliseum. Mais je pense aussi au futur, à une vie d’entraîneur, car je suis proche de la fin de ma carrière. Je souhaite faire profiter de mon expérience. Ce dimanche, j’ai voulu montrer ce qu’est la journée d’un boxeur de haut niveau, avec deux entraînements par jour et une préparation physique.”
En nous quittant, Daniel Blenda Dos Santos nous assure qu’il renouvellera ce genre d’expérience mais pas forcément un dimanche. Et de nous affirmer qu’en 2027, il boxera bien à Amiens.
Lionel Herbet
Crédit photo : Théo Bégler – Gazettesports.fr

