Les sourires étaient sur tous les visages après la victoire des Gothiques face aux Spartiates de Marseille. Mais la joie restait mesurée car il appartient désormais aux Amiénois de maintenir le niveau de jeu et le caractère affichés sur la durée s’ils veulent prétendre à jouer le haut du tableau.
Les Gothiques étaient en quelque sorte attendus au tournant, ce vendredi. Ils avaient gagné leurs trois derniers matchs face à des équipes de deuxième moitié de tableau et ils avaient pu engranger de la confiance avant de défier le cador marseillais qui ne se trouvait néanmoins pas dans les dispositions idéales avec un match disputé la veille à Rouen, défaite à la clé. Mais même avec ces circonstances favorables, rien n’était joué d’avance et Bruce Richardson, entraîneur de la formation amiénoise, savourait pleinement ce nouveau succès : « On a montré beaucoup de caractère aujourd’hui. Je pense que ça a été un bon spectacle pour les gens qui étaient là, on leur devait ça aussi. Ils ont été avec nous depuis le début. D’aller chercher une grosse victoire comme ça à la maison, ça fait du bien. » Ça fait du bien, c’était aussi exactement les mots employés par Kieran Craig, soulagé : « Je pense qu’on jouait du bon hockey au début de l’année. Je pense qu’on méritait plus, on a eu beaucoup de « bad bounce ». À la maison, on en a perdu beaucoup. Le match contre Nice nous a vraiment fait mal. Ça fait du bien de pouvoir donner un match aux partisans pour que ça leur donne confiance, parce que les partisans sont dans le match avec nous. »
Amiens manque encore de régularité
Mais passée l’euphorie, entraîneur comme joueur savaient que tout n’avait pas été parfait, loin de là. Le technicien québécois confie ne pas avoir apprécié la première moitié du match, surtout la première période : « J’ai trouvé qu’on était un petit peu sur les talons. On les respectait un petit peu trop, on dirait qu’on ne se voyait pas au même niveau qu’eux autres. Après le temps d’arrêt, j’ai senti qu’on se sentait au même niveau qu’eux. » Et il est vrai que le temps mort posé alors que les Gothiques venaient de prendre deux buts coup sur coup a complètement relancé ses joueurs et la dynamique de cette partie mal engagée : « Jusqu’à temps que ça fasse 4-2 et que je cale le temps mort, je trouvais qu’on était mous dans certaines actions de notre jeu. J’ai trouvé qu’après le temps d’arrêt, on a commencé à bâtir notre match. » Pour construire ce succès, les Samariens ont pu compter sur les cadres et les éléments d’expérience pour montrer l’exemple au collectif : « Quand tu es leader d’équipe, il faut que tu joues ton rôle, que, quand les choses vont moins bien dans un match, tu sois présent, mais ce ne sont pas juste les leaders, c’est tout le monde », rectifie le double buteur picard. « Tout le monde a fait des jeux pendant le match. Il y a des leaders, mais tout le monde dans l’équipe doit faire sa part pour que ça se transforme en victoire. »

L’attaquant québécois estime qu’en plus d’un engagement plus important et de jeux mieux amenés, la réussite a changé de camp depuis Anglet. Mais celle-ci se provoque : « On l’a quand on fait les jeux qu’on est supposés de faire pour qu’on fasse des buts et des arrêts. Il y a beaucoup de choses qui fonctionnent en ce moment pour nous. Même si on ne joue pas 60 minutes complètes, ça suffit pour aller chercher la victoire. » Surtout, ce qui a permis aux pensionnaires du Coliseum de l’emporter face au deuxième du championnat sans pour autant avoir bien joué tout du long, c’est la présence aux abords de la cage que Bruce Richardson souhaitait depuis le début de saison : 4 des 5 buts ont été inscrits sur une déviation d’un palet lancé fort dans le slot ou sur un rebond. « On travaille ces choses-là pendant la semaine, on en parle, on montre des vidéos. Quand tu scores des buts comme ça, ça prouve que ce dont on parlait était vrai. C’est le fun pour un coach de voir ça parce qu’ils ont fait les choses qu’on demandait et ils ont été récompensés », s’est enthousiasmé le coach canadien.

Le plus dur reste maintenant à faire pour les Gothiques : alimenter la dynamique positive et être capables de reproduire ce genre de prestation lors de la suite de la saison afin de prouver que la victoire acquise ce vendredi n’était pas un feu de paille. Bruce Richardson l’assure, chacun en est conscient : « Les gars sont contents mais ça fait juste monter les attentes un petit peu plus haut. On sait comment on est capable de jouer, donc à partir de maintenant, nos attentes vont s’élever. » D’autant que, parmi les 4 succès, 3 se sont soldés par un but d’écart, démontrant un équilibre fragile qui pourrait basculer dans l’autre sens au moindre relâchement : « Il y a encore beaucoup de travail à faire, on joue tout le temps avec le feu. Ce sont tout le temps des games à 3-2, 2-1, encore aujourd’hui 5-4. Il faut essayer d’être plus constant dans nos performances. »
On s’est creusé un trou en début d’année. Il faut continuer à remettre de la terre pour se sortir de ce trou-là.
Bruce Richardson, entraîneur des Gothiques
L’entraîneur samarien veut conserver la mentalité qui est la sienne depuis qu’il est arrivé au club, celle de rester toujours mesuré et ce dans les deux sens : « Je dis tout le temps qu’au hockey, même dans la vie, il ne faut jamais être trop haut, il ne faut jamais être trop bas. Quand on avait perdu six matchs, on n’était pas trop bas. On voyait du positif pour continuer à travailler fort. Là, on gagne, mais il ne faut pas être trop haut. Il faut s’assurer qu’on ne devienne pas trop excités, qu’on ne devienne pas nonchalants, qu’on ne se croie pas comme dans nos pantoufles. Il y a encore beaucoup de travail parce qu’il reste encore beaucoup de hockey. On s’est creusé un trou en début d’année. Il faut continuer à remettre de la terre pour se sortir de ce trou-là. » Il concède malgré tout que cette victoire va apporter beaucoup de confiance à ses hommes et les faire prendre conscience qu’ils sont capables de battre les meilleurs. Pour les adversaires aussi, la donne devrait changer : « Les équipes vont dire : ‘Ils commencent à gagner. On ne peut plus les prendre à la légère.’ Et c’est ça qu’on veut. » Ce vendredi, les Gothiques semblent en tout cas avoir définitivement chassé leurs démons du passé.
Simon Vasseur
Crédit photo : Théo Bégler – Gazettesports.fr

