Deux jours avant la reprise de l’entraînement sur la glace de ses joueurs, Bruce Richardson, le nouvel entraîneur de l’équipe, s’est confié à Gazette Sports, dessinant les contours de sa venue, ses aspirations, ses valeurs mais aussi ses ambitions avec les Gothiques d’Amiens.
Tout d’abord, dites-moi comment s’est passée votre venue. Est-ce qu’on vous a sollicité ou est-ce que vous avez sollicité le club ?
L’année passée, les dirigeants m’avaient sollicité pour que je vienne et j’avais décidé de ne pas poursuivre la discussion pour raisons familiales. J’étais aussi et déjà impliqué dans un programme, je m’étais déjà engagé et j’aime respecter mes engagements. Mais cette année, quand ils m’ont sollicité encore, j’ai réfléchi et j’ai parlé avec ma famille. Je voulais essayer, relever le défi. C’est pour ça que j’ai accepté.
Vous êtes venu avec votre famille finalement ?
Non, ma famille est encore au Canada. Ma femme a un boulot là-bas, mes enfants sont plus vieux, 25 et 20 ans, ils sont à l’école. Mais on va réussir quand même à se voir de temps en temps, ils vont venir ou moi, j’y retournerai quand on aura des congés.
J’imagine que c’est un peu particulier de succéder à Kevin Bergin avec qui vous avez travaillé ?
Oui, ça a été mon adjoint pendant 5 saisons. Il m’a beaucoup poussé, il m’a parlé en bien de l’organisation, de la ville. Il a essayé de me convaincre. C’est sûr et certain que ça m’a aidé, mais il faut que tu fasses tes propres analyses aussi. C’est ça que je fais depuis que je suis arrivé.
Vous connaissiez Amiens, la ville, le club ?
Pas vraiment. Je connaissais le club parce que je suis dans le monde du hockey. J’ai joué en professionnel pendant 14 ans, notamment en Allemagne et au Royaume-Uni. J’ai beaucoup d’amis qui ont joué dans la Ligue. Alors oui, je connaissais le club, mais je ne connaissais pas la ville.
Et qu’est-ce que vous en pensez ?
Je suis très surpris, honnêtement. C’est une très belle ville. Il y a beaucoup de choses à faire à l’extérieur du hockey, beaucoup de restaurants, beaucoup de gens très sympathiques, une belle ville propre. Je suis très bien installé. J’ai très hâte que ma femme vienne pour qu’elle voie ça parce que c’est une ville qui me fait penser un peu au cœur de Montréal, au Vieux-Montréal, qui est plus européen. J’adore la ville.
C’est la première fois que vous venez entraîner en France, vous n’y avez même jamais joué, c’est donc un challenge qui vous a un peu titillé l’esprit ?
Oui, c’est sûr. Il n’y a pas d’école d’entraîneur. Il faut que tu ailles vivre des expériences pour bâtir mon CV. L’important aussi, c’est d’aller dans une organisation professionnelle. Avec les informations que je suis allé chercher, je pense qu’Amiens fait partie d’une classe élite au niveau de la Ligue Magnus. La Ligue Magnus, c’est quand même une ligue professionnelle très renommée, très connue à travers l’Europe. Et le fait que l’on y parle français fait aussi en sorte que ça aide un peu.
Est-ce que c’est le plus gros challenge en tant qu’entraîneur pour vous de venir entraîner en France ?
J’ai été beaucoup impliqué avec l’équipe Canada. J’ai été impliqué dans les programmes d’excellence aux championnats du monde des moins de 17 ans, des moins de 18 ans, des moins de 19 ans. J’ai été beaucoup impliqué au niveau international. Quand tu coaches l’équipe Canada, c’est beaucoup de pression, c’est le prestige. Le Canada, c’est là où le hockey a été créé quasiment. Pour nous autres, c’est comme une religion. Ça, ça a été des gros défis, mais c’est sûr qu’au niveau professionnel, Amiens est un de mes plus gros défis. C’est un défi que je suis content d’affronter.
Vous n’avez pas forcément de pression en arrivant ici ?
Non, je pense que j’ai bâti une équipe à mon image, une équipe compétitive, une équipe qui va avoir de la profondeur. Une équipe qui va jouer avec l’intensité, qui va être physique, qui va être dure à jouer. J’ai fait mes devoirs cet été mais on est encore en préparation. Là, on doit apprendre à connaître un peu plus les joueurs personnellement, les Français aussi et l’organisation. Ça va prendre un petit peu de temps. C’est pour ça qu’il y a un camp d’entraînement. On ne commence pas avant le 15 septembre la saison. La pression fait partie du sport, mais ce n’est pas quelque chose qui me fait peur.

Depuis que vous êtes arrivé, j’imagine que vous avez déjà un peu échangé avec les joueurs. Vous vous sentez déjà une alchimie avec eux et entre eux ?
Ça va super bien, honnêtement. Je pense que les joueurs, entre eux, commencent déjà à créer des liens. Les Français sont vraiment accueillants aussi. Ce qui est fun, c’est qu’on a beaucoup de nouveaux joueurs cette année. Ça fait en sorte que les Français aident beaucoup ces nouveaux joueurs-là. Ça les aide à s’intégrer soit à la vie à la française, soit à la mienne, soit au niveau hockey. C’est important parce que ces joueurs-là font un excellent travail pour que les joueurs se sentent chez eux.
Vous avez aussi sûrement beaucoup échangé avec Joey West. Avez-vous les mêmes valeurs, la même façon de penser le hockey ?
Oui, on s’est parlé tout l’été. Ce que j’aime chez Joey, c’est qu’il va s’adapter. Ça fait plusieurs années qu’il est là. Il a travaillé avec Mario Richer, avec Kevin, il travaille avec un troisième entraîneur. Quand tu es un adjoint, il faut que tu sois prêt à t’adapter et à t’ajuster. Je pense que c’est une des forces de Joey. Il va travailler de la manière qu’on veut travailler. Je pense qu’il a beaucoup plus d’expérience que moi, au niveau français. Il a joué ici, ça fait plusieurs années qu’il coache. Je vais me tourner vers lui pour aller chercher de l’information. Ça va être un gros plus pour moi.
Et vous, quel type d’entraîneur êtes-vous ?
Je suis un fou (rire). Je suis assez intense, je suis un gars d’émotion. Mais je suis un gars qui a aussi joué, qui comprend la situation des joueurs. Pour moi, je prends beaucoup en compte la communication. La communication est extrêmement importante dans ma relation avec les joueurs. Si je ne sais pas, je ne peux pas aider le joueur. Si le joueur le garde pour lui, je ne peux pas l’aider. Sinon, je travaille beaucoup avec la vidéo, mais je suis une personne assez intense. Quand tu joues pour moi, si tu ne travailles pas, tu vas avoir de la difficulté et tu n’auras pas beaucoup de temps de jeu. Si tu compétitionnes, si tu arrives avec les bonnes intentions et du travail, tu vas avoir du succès avec moi.
Et sur la glace, est-ce que vous avez déjà un style de jeu bien à vous ?
Quand je jouais, j’étais beaucoup un joueur de puissance, un joueur qui jouait avec beaucoup d’âme. Je suis capable d’emmener de l’offensive, mais je suis un gars qui n’avait pas froid aux yeux. Comme je dis, le hockey, c’est une rondelle et 6 joueurs. Pour avoir la rondelle, il y a des batailles en un contre un. L’élément physique va être très important, le niveau de patinage, savoir jouer rapide, être structuré va aussi être très important. Quand les équipes vont jouer contre les Gothiques d’Amiens, elles savent que ça va être difficile. Ça ne sera pas une partie de plaisir. Si on perd des matchs, au moins, on perdra de la bonne façon parce qu’on a travaillé, on a compétitionné et on a joué dans notre identité. Notre identité, moi j’appelle ça « être dans la face des autres équipes » pour ne pas qu’il y ait du temps et de l’espace.
Donc les joueurs recrutés vont dans ce sens ?
J’ai bâti une équipe autour de ce style-là. Au niveau des Français, il va falloir qu’ils embarquent dans le bateau et qu’ils jouent de cette manière-là, mais ça va prendre un peu de temps et on va travailler avec eux pour les aider à embarquer dans ce style-là.
Quelles sont vos ambitions en venant ici ?
Je me projette d’abord sur cette saison. Parce que le hockey, je le dis tout le temps, ce n’est pas un sprint, c’est un marathon. C’est un marathon de 44 kilomètres parce qu’il y a 44 matchs. En début d’année, peut-être que tout le monde va être en santé et tout le monde va être content, mais la saison est longue. Je fais un match à la fois et je m’assure qu’on prépare le prochain match, qu’on va gagner le prochain match. Ça ne me sert à rien de penser au dixième match, parce que je n’aurai peut-être même pas le même alignement que j’ai eu au premier match à cause de blessures, de maladies ou d’autres choses. Pour l’instant, je veux juste arriver prêt le 15 septembre pour notre premier match. Après ça, on va continuer à travailler match en match. Moi, je suis plus à court terme qu’à long terme. Mais oui, il faut aussi penser un peu à long terme. Je ne vous dirai pas que je suis venu ici pour visiter la France. Je suis venu ici pour gagner des trophées, mais c’est un processus. C’est comme quand tu viens au monde, il faut que tu apprennes à marcher avant de courir et de patiner. On va y aller étape par étape, mais c’est sûr que notre objectif, c’est de gagner tous les trophées. Tous les efforts et le travail vont être mis en œuvre pour gagner tous les trophées. Mais tu ne peux pas gagner un trophée au mois de septembre, tu peux juste commencer à le bâtir. Avant que tu puisses habiter dans ta maison, il faut que tu la construises. Avant de pouvoir gagner un championnat, il va falloir qu’on travaille, qu’on mette des choses en place, une identité. Et après ça, les choses vont arriver.
Que s’est-il passé ces derniers jours pour les joueurs ?
Cette semaine, c’est l’arrivée des joueurs. Il y a eu beaucoup de réunions au niveau médical, au niveau administratif, ils rentrent dans leur appartement. Pour moi, c’est important, avant de commencer sur la glace, que tout le monde soit focus. Cette semaine, c’est vraiment l’introduction, la planification, l’installation, les rencontres médicales. Demain (vendredi), c’est la première réunion d’équipe. Et après ça, samedi, c’est la première session sur glace.
Il doit y avoir un peu d’excitation à revenir sur la glace ?
C’est toujours un moment intéressant de la saison, c’est vraiment le début. En plus, il faisait chaud dehors donc ça va faire du bien d’être sous glaçon, comme ils disent en France. C’est comme retourner à l’école, tu es tout le temps excité, tu rencontres des nouveaux étudiants, ton nouveau professeur. Tu vas passer toute l’année avec eux. Les gars sont excités. Là, ils apprennent à se connaître pour que samedi, quand on va commencer, il y ait déjà une petite alchimie qui se soit créée.
Interview réalisée par Simon Vasseur
Crédit photo : Théo Bégler – Gazettesports.fr

