Deux ans après la déception des Jeux de Paris, Amaury Bellenger et l’équipe de France ont remporté la Nation Cup et se veulent ambitieux pour les prochaines échéances. Un succès qui est le fruit d’une profonde remise en question et de changements apportés dans l’équipe et le staff.
Ce vendredi, une trentaine d’enfants, la plupart licenciés à l’Amiens Sports Club, ont pu partager une après-midi autour de leur passion avec Amaury Bellenger, joueur formé au club évoluant aujourd’hui en Belgique et au sein de l’équipe de France de hockey sur gazon. « J’avais l’occasion d’intervenir dans pas mal de clubs aux alentours mais pas encore à Amiens », confie-t-il. « Ça fait très longtemps que je suis parti, mais évidemment j’ai toujours Amiens dans mon cœur, donc j’essaye le plus possible de faire des choses. On n’avait pas réussi avant et j’espère qu’on pourra en faire de plus en plus dans le futur. » Mais entre plusieurs interventions, Amaury Bellenger a un calendrier sportif bien chargé avec les Bleus. Il y a deux semaines, la France soulevait le trophée de la Nation Cup en Afrique du Sud, compétition du 2e échelon mondial. La récompense d’un groupe qui a largement progressé ces derniers mois : « On faisait des bons résultats, on avait déjà terminé 4e à l’Euro, 2e aux qualifications à la Coupe du Monde, mais on n’avait pas encore gagné de tournois, donc on est contents d’enfin pouvoir en gagner un. »

Pour l’emporter, cette équipe de France a dû se défaire de nations situées entre le 9e et la 15e rang mondial. Invaincue durant toute la compétition, elle a notamment battu certaines qui lui avaient causé du tort comme l’Irlande, vainqueur en finale des qualifications pour la Coupe du Monde, le Japon, l’une des meilleures équipes d’Asie, ou encore l’Afrique du Sud, pays hôte de cette Nation Cup que les Bleus ont battu à deux reprises, en poule et en finale, alors qu’ils n’étaient pas parvenus à le faire à Paris, en 2024. Outre la médaille d’or, Amauray Bellenger garde un beau souvenir de ce tournoi disputé dans un pays où le hockey sur gazon tient une place importante : « C’était à la fois surprenant mais très sympa. Le stade était rempli à tous les matchs. Le fait qu’on joue l’Afrique du Sud fait qu’il y avait une super ambiance. J’ai trouvé que c’était super bien, pour une compétition de cette importance, qui n’est pas une compétition comme les JO ou la Coupe du Monde, qu’il y ait autant de monde et un tel enthousiasme. » Grâce à ce titre, les Tricolores évolueront, la saison prochaine, en Pro Ligue, laquelle réunit les neuf meilleures nations mondiales.
La reconstruction après les Jeux
Cette accession au premier échelon international était difficilement imaginable deux ans auparavant. Lors des JO de Paris, l’équipe masculine était complètement passée à côté de son tournoi avec un nul et quatre défaites. Une réelle déception pour Amaury Bellenger qui avait confié, quelques mois avant dans nos colonnes, viser une médaille. Dès lors, une grande restructuration a eu lieu dans les rangs français les semaines suivantes : « Pour nous, c’était dur, c’était le rêve de tous. C’était tous nos premiers JO et ils se sont très mal passés. Pendant deux mois, on a fait une sorte de rapport individuel, une introspection de l’équipe. Pratiquement tout le staff a changé, sept joueurs ont arrêté », se souvient le défenseur central de 27 ans. Depuis les JO de Paris, un nouveau staff est arrivé, avec des nouveaux joueurs, surtout des jeunes, et une nouvelle stratégie qui ont lancé une nouvelle dynamique. « Les JO, maintenant, sont derrière nous. On a recréé une équipe de A à Z. Donc, on ne pense plus du tout aux JO. On a tout recommencé depuis janvier 2025. Et là, on voit que ça porte ses fruits, justement avec ce titre en Nation Cup. »
Dans le passé, peut-être qu’on travaillait dans des sens inverses. Maintenant, tout le monde travaille dans la même direction.
Amaury Bellenger au sujet de l’équipe de France
L’explication de ce retour en force de cette équipe de France, une alchimie née des joueurs d’expérience dont fait partie le joueur amiénois du haut de ses (seulement) 27 ans et d’une jeunesse extrêmement talentueuse. « On a la chance d’avoir deux générations qui ont fait des médailles mondiales en U21, deuxième et troisième. En plus de leur jeunesse et de leur envie, elles apportent beaucoup de qualités techniques. Ces deux générations de jeunes sont vraiment performantes et se mêlent à une génération de joueurs plus anciens dont je fais partie. Là où, dans le passé, peut-être qu’on travaillait dans des sens inverses, maintenant, tout le monde travaille dans la même direction. Les résultats sont déjà là, mais on espère qu’ils seront encore plus grands. » Et cela voudrait dire ramener une première médaille européenne ou mondiale. L’an dernier, les Bleus étaient passés tout proches, terminant 4e de l’Euro après avoir battu l’Angleterre en poule, un des favorits, et avoir longtemps tenu la dragée haute aux Pays-Bas, champions olympiques en titre, en demi-finale.
La Coupe du Monde en ligne de mire plutôt que les JO
Et à peine un mois après l’événement mondial qui se déroule actuellement, la Coupe du Monde version hockey sur gazon se tiendra du 15 au 30 août, à Amsterdam, aux Pays-Bas, et à Wavre, en Belgique. Comme pour le football, cette compétition ne se déroule que tous les 4 ans. Les occasions d’y glaner une médaille sont donc rares. Et s’il sait combien il sera difficile d’en glaner une, Amaury Bellenger veut cependant rester ambitieux : « Notre objectif, c’est d’être performant à tous les matchs, d’être compétitif. Et on espère que la pièce qui n’a pas tourné du bon côté l’an dernier à l’Euro tournera du bon côté à la Coupe du Monde. » Mais pour espérer faire mieux qu’une 7e place, la meilleure performance française jusque-là dans ce tournoi, il faudra s’extirper d’une poule très relevée contenant la Belgique, l’Allemagne et la Malaisie. Pour celui qui fêtera bientôt ses 10 ans en équipe de France, cette Coupe du Monde qui se déroulera dans deux des plus grands pays de hockey sur gazon représente encore plus que les Jeux olympiques : « Les stades seront pleins, tout le monde ne parle que de ça. Il y a plein d’affiches, ça va passer à la télé, la médiatisation est énorme. Je crois que c’est vraiment la fête du hockey là où les JO sont plutôt une fête du sport. »

Et si, pour lui, cette compétition à venir est de la plus haute importance, c’est aussi parce qu’il n’a jamais eu la chance de la disputer puisqu’il avait été blessé lors des deux dernières éditions pour lesquelles il était éligible à une sélection. « J’ai déjà fait les JO. Je n’ai pas encore fait la Coupe du Monde, donc j’ai vraiment hâte de voir ce que ça va être. Pour moi, c’est plus symbolique. » S’il a brièvement évoqué Los Angeles 2028, l’ancien joueur de l’Amiens Sports Club n’en fait clairement pas un objectif. D’abord parce qu’ils sont encore loin et qu’il préfère prendre chaque événement à la fois, ensuite parce que se qualifier quand on ne fait pas partie du ou des pays hôtes relève presque de l’exploit. « Il n’y a que 12 équipes aux JO, dont le pays hôte, les USA, qui sont une nation très faible du hockey, mais qui ont déjà leur place garantie. Donc finalement, il n’y a que 11 équipes. Rêver des JO, ça va être dur. » Pourtant, avec cette équipe de France qui progresse de compétition en compétition et qui a désormais l’expérience d’une échéance olympique, nous, on pourrait y croire.
Simon Vasseur
Crédit photo : Théo Bégler – Gazettesports.fr

