Humiliés sur leur patinoire du Coliseum par des Dragons de Rouen impériaux, les Gothiques d’Amiens avaient la mine des mauvais jours en conférence de presse. Car si leurs adversaires ont très bien joué, eux ont livré une partition ne contenant que des fausses notes.
« Pire performance à domicile », « vraiment catastrophique », « performance désastreuse » : les mots pour qualifier la déroute de ce mardi face aux Dragons de Rouen ne manquaient pas dans les bouches amiénoises. Après deux dernières victoires, dont une assez probante face à Angers, une grosse écurie du championnat, Kevin Bergin, entraîneur des Gothiques, n’explique pas ce non-match : « Je n’en reviens pas. Ce soir, on a oublié comment jouer au hockey. Je pense qu’en première période, on a eu un tir. La raison ? On n’était pas capable de se faire une passe. En plus, on faisait des erreurs défensives individuelles. Quand tu joues la meilleure équipe de la ligue, voilà ce que ça donne. »
Je ne sais pas ce qui s’est passé. On a été des fantômes.
Gauthier Gibert, joueur des Gothiques d’Amiens
Buteur à Anglet, Gauthier Gibert avait également du mal à comprendre l’incapacité de lui et les siens à se mettre au niveau de l’adversaire, et ce durant toute la partie : « Je ne sais pas ce qu’il s’est passé. On a été des fantômes. Franchement, personne n’était là. On a montré un visage qu’on ne veut pas montrer. On a beaucoup parlé dans le vestiaire [durant les pauses] pour essayer de se relancer, mais rien n’a changé. Je suis le premier désolé pour les gens qui sont venus nous voir. » Pour le numéro 97 des Gothiques, c’est « un manque d’énergie monstrueux » qui a, en grande partie, causé la perte de son équipe : « On jouait comme des juniors face à des pros, on s’est laissé marcher dessus tout le match. Je ne nous ai pas reconnus. Je ne pensais pas qu’on pouvait descendre aussi bas sur un match. Il va falloir que tout le monde se réveille, ce n’est pas possible de refaire quelque chose comme ça. »

S’il a, de son côté, estimé que l’engagement y était tout de même, le technicien québécois justifie cette mauvaise prestation par une maladresse inacceptable lors des rares possessions du palet, lequel a été la plupart du temps dans les crosses rouennaises qui plus est : « Ça n’a aucun sens de ne pas être capable de se faire une passe. Tu es professionnel, il n’y a personne qui peut le faire pour toi. Tu as une passe à 2 mètres à faire, tu la manques et ça finit en échappée dans l’autre sens. » Et en plus d’un manque d’implication physique, Gauthier Gibert concédait, lui aussi, de grosses lacunes techniques et l’absence d’adaptation du jeu proposé en fonction du contexte : « Toutes les équipes vont avoir des matchs où ça ne marche pas, où on n’arrive pas à faire des passes. Dans ces cas-là, tu refais les choses simples, tu reprends les bases. Tu ne t’embêtes pas à essayer de faire le dribble de trop. Là, on n’a même pas été capable de faire un jeu simple. »
Oublier Rouen avant de retrouver… Rouen
Selon toute vraisemblance, Picards et Normands devraient se retrouver en play-offs. Amiens est 8e, 9 points devant Chamonix qui n’avance plus et alors qu’il reste 12 points à distribuer. Devant, Briançon est à 8 points et, à moins que les Diables Rouges ne s’écroulent, les Gothiques ne passeront pas devant, sauf s’ils entament une série fantastique, laquelle pourrait d’ailleurs débuter face à ces mêmes Briançonnais, vendredi. De son côté, Rouen a quasiment validé sa première place puisque Grenoble est 11 unités derrière à quatre journées de la fin de la phase régulière. Ce succès retentissant était peut-être une manière pour les Dragons de marquer le coup et d’augmenter un capital confiance déjà très élevé en vue du probable, et au moins, quadruple duel.
Pour les Samariens, il faudra oublier cette soirée pour espérer rebondir d’ici là : « On n’a pas le temps de rester sur un match comme ça. On ne va pas rester deux semaines à pleurer. Il faut aller de l’avant et rester soudés », estime Gauthier Gibert, pour qui la phase finale signe le début d’un nouveau championnat : « Ça s’est déjà vu plusieurs fois. Tu peux prendre une piquette à un match, et le lendemain, tu rejoues, et tu ne sais pas pourquoi, ça marche et tu gagnes. En play-offs, les cartes sont rebattues pour tout le monde. » Pour Kevin Bergin, cette lourde défaite est une dernière piqûre de rappel après les deux précédents succès : « On se croyait peut-être bons, on s’est fait remettre à notre place. La seule bonne nouvelle, c’est qu’on sait ce qu’il ne faut pas faire en play-offs. Si tu ne fais pas ça, tu as une chance de gagner. » Face à une équipe de Rouen qui n’a jamais paru aussi forte que cette saison, la tâche s’annonce dans tous les cas très complexe. Et, quoi qu’il arrive, les Gothiques pourront difficilement faire pire que lors de ce dernier derby des Plaines de la phase régulière.
Simon Vasseur
Crédit photo : Théo Bégler – Gazettesports.fr

