Mené puis poussé par son public, l’Amiens STT, toujours invaincu, est venu à bout du Pays Compiégnois (3-2), son voisin picard, grâce à ses recrues.
Une nouvelle fois, l’Amiens STT amenait ses supporters au bout de la nuit, avec comme finalité la victoire et son lot d’émotions. Premier touché, le coach Arnaud Sellier ne cachait pas son soulagement en fin de rencontre face au Pays Compiégnois : “Ça fait deux fois à Amiens, c’est le public qui est content. On s’attendait à un match serré, j’avais annoncé qu’elle (l’équipe de Compiègne, ndlr) était dangereuse, ça s’est vérifié. On a eu peur et en même temps je me disais que ça allait le faire. J’ai gardé confiance.” Si les Amiénois se faisaient peur avec les défaites successives de Joao Monteiro (0-3) et Denis Dorcescu (0-3), les Poulpes avaient su tirer leur force d’une salle Labaume chauffée à blanc par le scénario de la soirée. “Sur le banc, je me suis dit qu’on devrait commencer les rencontres à 2-2 parce que c’est là qu’il commence à y avoir de l’ambiance. On sent que tout le monde est très motivé, très concerné. Mais j’aime bien gagner 3-0 aussi”, en rigolait l’entraîneur, décontracté après avoir célébré avec le public.
Le sacré show de Seungmin
Le premier à avoir ravivé la flamme chez les Amiénois était sans conteste le Sud-Coréen Seungmin Cho (n°40). Tombeur d’Adrien Mattenet 3-1 lors du premier match, il retrouvait la table lors de la quatrième rencontre pour affronter Nicholas Lum (n°15), dominateur contre Monteiro. Si, une nouvelle fois, Cho devait lancer la machine, il devenait vite irrésistible, au point de faire perdre l’équilibre à son adversaire (3-1). “Cho a un peu de mal à se mettre en route à chaque fois. Mais quand il est en route, franchement, il joue très très bien. Il a fait un troisième, un quatrième set où il était quand même bien au-dessus”, expliquait son coach, à court de mots pour qualifier sa prestation. L’entraîneur-joueur Adrien Mattenet ne tarissait pas d’éloges sur son rival de la soirée : “Il a imposé un sacré niveau de jeu, surtout en service-remise des premières balles. Là, c’était impressionnant. […] On sent que mon joueur était plus faible dans ce compartiment. Il l’a battu vraiment parce qu’il était plus fort. Il faut dire les choses.”

Après le moment de célébration du Sud-Coréen avec les supporters, encouragé, pour ne pas dire poussé, par son président enthousiaste, la lourde responsabilité de clôturer la soirée revenait au Portugais Joao Monteiro. Opposé à la légende du ping français Adrien Mattenet, “Monti” jouait avec les émotions du public et de son entraîneur : “Joao était favori. Il a souffert. C’est vrai que là, il y a quelques fois où je me suis dit : ça ne va pas le faire.” Pourtant mené 2-1 par le Compiégnois, il finissait par l’emporter 3-2, comme le score final de la soirée. “Face à Lum, je ne me suis jamais senti à l’aise contre lui. […] Au cours de ma carrière, j’ai souvent connu cette situation du 2-2. Et je pense être un bon joueur dans ces moments-là. Le plus important, c’est le mental. Parce que je perdais 2-1. Si je n’avais pas été fort mentalement, ça aurait été très difficile de gagner”, analysait Monteiro, qui lui aussi avait été sensible à l’accueil du public. “Je suis très heureux d’être dans ce club. Je me sens comme chez moi. À chaque fois que je viens à Amiens, j’ai l’impression d’être au Portugal parce que les gens sont très gentils avec moi”, ajoutait-il avant de souligner également sa bonne intégration grâce à ses coéquipiers et à tout le staff.

Malgré ses deux défaites, l’entraîneur-joueur des Compiégnois avait lui aussi le sourire, avec le constat d’une belle soirée pour ce derby picard : “Même si on perd, on a fait tout ce qu’il fallait. De notre côté, on a rempli un certain objectif. On espérait deux points. On les a eus.” Si, bien sûr, la victoire était accessible, la combativité de ses hommes et la “super ambiance” lui permettaient de mieux faire passer la pilule. Adrien Mattenet, ancien olympien aux Jeux de Londres en 2012, sait aussi que ses meilleures années sont derrière lui. Un constat qui ne l’empêchait pas pour autant d’être frustré après sa défaite contre Monteiro : “Après, je sens quand même que c’est difficile de tenir un niveau stable tout le long. C’était mon problème ce soir où je sens que je peux faire de grandes choses. Je faisais des fois trop de fautes. […] Je suis agacé parce que je sais comment je jouais avant. Et je sais que je peux les mettre. […] Plus on avance dans le match, plus ils tenaient le coup pour que je fasse des fautes. Et moi, j’ai craqué.”
« C’était dur ce soir, mais l’essentiel est là. »
Arnaud Sellier, entraîneur de l’Amiens STT
Aléas du calendrier et des championnats continentaux, les deux clubs étaient réduits à trois pongistes de part et d’autre. “C’est un choix un peu forcé parce qu’on a deux joueurs au championnat panaméricain puis un joueur au championnat d’Afrique, concédait Arnaud Sellier. Donc ce soir, on n’avait pas d’autre solution, un petit peu comme Compiègne. Maintenant, il n’y a que trois joueurs qui jouent, donc trois joueurs, ça suffit.” Portés par leurs recrues depuis le retour du championnat de Pro B, les Poulpes pouvaient se féliciter d’un mercato plus que réussi, comme le racontait le coach : “Je réfléchis en termes d’équipe. Tant que l’équipe gagne, c’est qu’on a fait un bon recrutement, qu’on a fait une bonne proposition d’équipe, qu’on a aligné les bons joueurs. C’était dur ce soir, mais l’essentiel est là.” Sellier et ses hommes sont toujours invaincus et ont conquis le cœur du public : y a-t-il meilleure manière de commencer la saison ?
Pro B, 3e journée :
Amiens STT – Compiégnois TT : 3-2
Thomas Jourdan
Crédit photo : Léandre Leber – Gazettesports.fr

