ACTUALITÉS : « Préserver la santé mentale des jeunes », une conférence autour du burn-out en compagnie de Camille Lacourt

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De retour au Coliseum, cette fois-ci en dehors des bassins, l’ancien nageur Camille Lacourt est venu parler de santé mentale ce vendredi, en compagnie de la psychologue Ophélie Glachet, pour briser le tabou du burn-out auprès des jeunes lorsqu’il s’agit de performance.

Un lycéen sur cinq présente un risque important de dépression, et environ un tiers des troubles mentaux de l’adulte débutent avant l’âge de 14 ans. Pour balayer les tabous qui entourent le burn-out, CCMO Mutuelle invitait le quintuple champion du monde Camille Lacourt au Coliseum, en partenariat avec les Gothiques et Moha, pour une rencontre intitulée : « Préserver la santé mentale des jeunes ». Autour d’un échange également mené avec la psychologue Ophélie Glachet, l’ancien nageur est revenu sur son expérience mais a aussi répondu aux questions de la cinquantaine de personnes présentes ce vendredi 16 octobre, pour les aider à reconnaître les signes et à en parler.

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“C’est la maison”, disait-il en plaisantant, moins d’un mois après sa venue lors de l’événement Swim Legends. “C’est important d’en parler parce que c’est encore un sujet qui est un petit peu tabou, qui est dur à révéler, et puis parce qu’aujourd’hui, c’est quelque chose qui fait partie de ma reconversion professionnelle. Je suis préparateur mental, je suis en train de travailler sur les neurosciences, plus au niveau de l’entreprise, mais en essayant de vraiment comprendre comment fonctionne le cerveau pour être plus performant. On commence à se poser des questions une fois que ça ne va pas bien. Je pense qu’il faut essayer de trouver des solutions pour continuer à aller bien.”

La désillusion des Jeux de Londres

En 2012, Camille Lacourt ne se posait pas encore ces questions : le nageur avait connu toutes les réussites possibles, tant sur le plan personnel, avec l’arrivée de son premier enfant, que sur le plan professionnel. Mais sa success story était stoppée net à la suite de son échec aux Jeux olympiques de Londres, après sa 4e place sur le 100 m dos. Le manque de motivation s’installait ; le champion du monde avait du mal à sortir du lit, mais aussi à manger autant qu’avant. La situation commençait à l’alerter avec des idées plus concrètes. “De temps en temps, je voyais des escaliers et je me disais, sans avoir des idées noires : si je tombe et que je me casse une jambe, au moins, je suis une semaine à l’hôpital, et là, j’ai une vraie excuse pour ne plus aller nager, pour ne plus m’entraîner, et je suis au calme. […] Il y en avait un autre qui m’a vraiment fait peur, et c’est là que j’en ai pris conscience. J’avais l’impression d’avoir un dédoublement de personnalité. Lors des repas, dans un moment de communion, je faisais rire, j’arrivais à être la personne à peu près bien. J’étais spectateur de moi-même, qui jouait ce rôle. On était très loin de la personne triste qu’il y avait au fond de moi”, témoignait Lacourt.

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Camille Lacourt bien entouré lors de Swim Legends avec Mélanie Hénique et Jérémy Stravius à sa droite et Roman Fuchs à sa gauche

Il a fallu de nombreuses années pour que le quintuple champion du monde mette le mot burn-out sur les symptômes qu’il avait vécus : “À cette époque-là, ce n’était pas forcément un mot qu’on utilisait, mais il y a eu un vrai mal-être psychologique, de vrais moments compliqués”, expliquait-il avant de se remémorer un moment avec sa mère. “Ce n’est que de la piscine”, lui avait-elle dit, tentant de le rassurer, alors qu’à ce moment-là, ce n’était pas le cas pour lui : “C’était de la maladresse mais je me suis dit qu’elle ne comprenait pas ce que je ressentais. Ça faisait 15 ans que je faisais de la piscine, que ma vie tournait autour des entraînements. […] Cet échec-là, ce n’est pas juste de la piscine, c’est un échec de vie”, confiait le nageur, qui s’était senti en déconnexion avec sa mère.

Il y avait trop de sacrifices par rapport à la récompense que son cerveau attendait : la balance n’était pas équilibrée. “On a perdu un petit peu le sens de tout ce qu’on faisait”, résumait-il lors de la conférence. L’arrivée de sa fille était alors le déclic pour avancer : “L’échec olympique et la parentalité arrivent au même moment. Je pense qu’il fallait que je change totalement mes priorités, parce que ça n’allait plus. […] Quand j’ai repris ma carrière, il fallait que j’organise mon temps avec ma fille, parce que c’était vraiment le plus important. C’était de réussir à prendre des créneaux le mercredi matin et échanger avec mon entraîneur. Au début, c’était super compliqué de faire bouger ça, parce que les gens ne pensent pas que c’est pour la perf.” C’était aussi ce message qu’il voulait faire passer au Coliseum ce vendredi : la performance est dans la durabilité.

« J’ai voulu faire évoluer un peu les choses pour moi parce que je savais que j’avais des compétences et des besoins qui étaient différents des autres. »

Camille Lacourt

Le consultant sportif revenait pour nous sur cet équilibre trouvé, en fin de conférence, avec l’objectif de faire déculpabiliser ceux qui en seraient victimes : “Il faut être un peu égocentré, ça fait partie du jeu quand on veut être le meilleur… Il y a un équilibre à trouver et chacun doit trouver le sien. […] Et c’est pour ça que je raconte cette anecdote où, quand je suis arrivé, j’ai voulu faire évoluer un peu les choses pour moi parce que je savais que j’avais des compétences et des besoins qui étaient différents des autres. Et à force de travail et de discussions, j’ai réussi à faire comprendre que ce n’était pas du laxisme, mais que c’était du professionnalisme.”

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Camille Lacourt renfilait le maillot à l’occasion de Swim Legends

Moins soudaine et moins violente, cette fatigue, tant mentale que physique, s’est de nouveau installée chez le sportif de haut niveau lors de sa retraite en 2017, après son dernier titre de champion du monde. “La petite mort du sportif” était de réaliser qu’il n’était pas l’être humain qu’il voulait être. Une nouvelle fois, c’est dans son rôle de père qu’il trouvait la force, après s’être dit qu’il espérait que sa fille ne trouverait pas un “homme comme [lui]”. Aujourd’hui, il est lui-même concerné, avec sa fille, par ce côté performance au niveau scolaire. Il veut trouver les bons mots pour qu’elle ne soit pas déçue, et éviter qu’elle tombe à son tour dans la déconnexion. Pour ce faire, il n’hésite pas à montrer ses failles : “Le fait d’expliquer aussi ce que moi, je ressens en tant que papa, ça lui permet aussi de mettre, j’ai l’impression en tout cas, une certaine lumière sur ce qui pourrait arriver […] Je trouve que c’est aussi par ses failles qu’on se définit. Et j’ai envie de lui montrer qu’en avoir, ce n’est pas grave. Par contre, les surmonter, c’est bien”, se réjouissait le papa poule, dont la vie n’a pas de secret pour sa fille, qui avait lu son livre.

« Demander de l’aide n’enlève rien à la force qu’on a aussi derrière.« 

Ophélie Glachet, psychologue

Au premier abord, faire appel à un sportif de haut niveau pour parler de la santé mentale des jeunes n’était pas le plus évident. Pourtant, la psychologue Ophélie Glachet, présente ce vendredi pour accompagner Camille Lacourt lors de la conférence, se félicitait des similarités dressées entre ces deux catégories : “Cette notion d’être dans un environnement où on ne baigne pas dans une zone de confort, où on est constamment déstabilisé, tiré vers le haut, tiré vers les exigences, on peut faire des parallèles. Ce qu’il faut bien comprendre aussi, et les messages qu’on peut transmettre aux jeunes aujourd’hui, c’est qu’on peut avoir tout ce qu’il faut dans la vie, bien s’en sortir à l’école, bien s’en sortir sportivement, et ça n’empêche pas de vivre certaines difficultés psychologiques. Et demander de l’aide n’enlève rien à la force qu’on a aussi derrière.”

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Parents et jeunes étaient réunis pour écouter le témoignage de Camille Lacourt et les conseils d’Ophélie Glachet

“On est sur un modèle d’une personne qui est très forte, qui est en capacité, aussi bien physiquement que mentalement, d’aller dépasser et repousser continuellement certaines limites. Même chez des personnes qui ont cette force qui pousse à l’admiration, on peut malgré tout vivre certaines difficultés, et c’est un message qui est extrêmement important à transmettre pour casser certains tabous”, concluait la psychologue au sujet de la présence de l’ancien nageur à Amiens, elle qui conseille d’ouvrir le dialogue sans vouloir gagner le débat avec la personne touchée. « Pour performer, il faut être bien à tous les étages et le cerveau, c’est peut-être celui qui prédomine tout le reste », résumait parfaitement Camille Lacourt. Un message qui s’adresse donc tout autant aux athlètes professionnels qu’aux plus jeunes sportifs.

Thomas Jourdan
Crédit photo : Thomas Jourdan et Théo Bégler – Gazettesports.fr (archives)