Se déroulent actuellement les championnats d’Europe de natation à Paris, où figurent notamment Jeanne Lechevalier et Roman Fuchs, sociétaires de l’Amiens Métropole Natation. Mais un point de règlement pose question, voire agace : la limite de 2 nageurs d’une même nation autorisés à se qualifier en demi-finale.
Dans notre société actuelle et encore plus en sport, nous parlons essentiellement de mérite. Le mérite sportif couronne les meilleurs de leur discipline et encore plus lorsqu’il s’agit d’une pratique individuelle. Dans le cas de la natation, les classements mais surtout les chronos sont rois et ne sont aucunement sujets à interprétation. Ainsi, on pourrait croire que l’équité sportive est parfaitement respectée : les meilleurs nageurs passent les tours et se retrouvent en finale. Mais une règle vient rabattre certaines cartes. Celle-ci stipule que seuls deux athlètes d’une même nation peuvent se qualifier en demi-finale afin qu’au moins deux pays soient assurément représentés sur le podium final. Évidemment, cette limite ferme la porte aux grosses nations dont le vivier permettrait de qualifier 3 nageurs ou plus, mais elle devrait donner le droit, en théorie, aux plus petites d’avoir une chance.
Dans les faits, vous ne verrez jamais un Islandais ou un Croate en demi-finale des championnats d’Europe, leur niveau étant encore trop faible pour espérer quoi que ce soit, même avec une contrainte donnée aux plus grands. Cette limite avantage finalement les pays « moyens » qui voient alors l’un des leurs filer en demie. Mais pour faire quoi ensuite ? Car si, dans les sports collectifs, l’élargissement aux petits pays peut se montrer bénéfique, en témoigne la dernière Coupe du monde de football, il n’a pas vraiment de sens sur les disciplines individuelles où les exploits sont extrêmement rares : un nageur « moyen » ne peut améliorer son record personnel de 2 secondes sur un claquement de doigts. Ainsi, le nageur qualifié grâce à cette règle se retrouve complètement dépassé lors de sa demi-finale et sa présence interroge. Deux écoles s’opposent dès lors : il y a ceux qui apprécient cette diversité quitte à regarder des courses au niveau beaucoup plus hétérogène. D’autres, et c’est mon cas, préfèrent observer simplement les meilleurs nageurs européens dans une épreuve à suspense, même si ce sont 3 Britanniques, 2 Italiens, 2 athlètes neutres et 2 Néerlandais.
Alors oui, peut-être que ce point de vue est faussé par notre prisme français. Ce point de règlement nous est davantage défavorable que favorable tant notre pays est brillant dans bon nombre de disciplines, notamment la natation. Peut-être qu’en tant qu’Islandais, je me réjouirais de cette disposition prise. Oui, il est important de faire briller chaque pays pour que chaque fédération et chaque enfant du monde entier puisse s’identifier à leurs champions et ainsi progresser. C’est d’ailleurs peut-être grâce à ça qu’ils n’auront plus besoin « d’aide » pour se qualifier en demi-finale à l’avenir. Mais en attendant, où est passé le mérite sportif ? Voir Yohann Ndoye-Brouard ne pas se qualifier en demi-finale avec le 5e temps des séries (alors que les 16 meilleurs sont normalement retenus) parce que deux autres Français ont réalisé les 2 meilleurs temps, c’est d’un ridicule et d’un illogisme sportif sans nom.
Je suis le premier à râler lorsque je vois, aux Jeux Olympiques, les Américains et les Chinois rafler toutes les médailles. Mais après tout, ils sont plus nombreux et peut-être mieux formés aussi, donc il relève de la logique de les voir davantage triompher que nous Français. Comme il est logique de voir la France davantage triompher que la Croatie ou l’Islande par rapport à ses infrastructures et à sa population. Quelles que soient les règles qui seront édictées, les grosses nations mondiales et/ou européennes resteront les meilleures. La diversité est importante mais elle ne doit en aucun cas remettre en cause l’essence même de la performance sportive. Aux championnats d’Europe, presque tous les pays ont au moins un représentant en séries. Si l’un d’eux est fort, il sera valorisé. En attendant, laissons les chronomètres parler et laissons ceux qui performent recevoir les louanges qu’ils méritent, qu’importe leur nationalité.
Simon Vasseur
Crédit photo : Théo Bégler – Gazettesports.fr (archive)

