En conclusion d’un week-end de compétition réussi, Joshua Jacques Phinera s’est défait au bout du suspense et de l’effort de Benjamin Aubert, tenant du titre, en finale. Une belle récompense pour celui qui avait participé à toutes les éditions de cet événement organisé au Multiball d’Amiens par le Raquette Club Amiens Montières.
Une finale masculine à la hauteur de l’événement ! Ce dimanche, se déroulaient les finales de l’Open national d’Amiens, notamment celle des garçons qui a donné lieu à une bataille homérique entre Joshua Jacques Phinera et Benjamin Aubert, têtes de série 3 et 4 du tournoi, qui étaient parvenus à éliminer les deux favoris (Edwin Clain, n°2, et Macéo Lévy, n°1) lors de leur demi-finale respective. L’an passé, les deux hommes s’étaient déjà affrontés pour le titre et c’était le second cité qui l’avait emporté trois jeux à un. Et on se dirigeait vers un doublé pour l’Amiénois qui menait aisément 2-0 (11-6, 11-3). Mais loin de baisser les bras, Phinera allongeait les échanges pour pousser son adversaire dans ses retranchements en l’usant physiquement. Une stratégie payante puisqu’il remportait les deux manches suivantes pour l’emmener à la belle (11-6, 11-7). Le Parisien n’éprouvait pas le besoin de prendre l’intégralité de son temps de pause entre les jeux et enchaînait rapidement les points, à l’inverse d’Aubert qui tentait, les mains sur les genoux, de gratter de précieuses secondes pour récupérer. Avec son expérience, le vainqueur sortant de l’Open faillit jouer un mauvais tour à celui qu’il avait, en plus, battu quelques jours auparavant dans une autre compétition. Mais plus frais et plus lucide dans le money-time, Joshua Phinera s’adjugeait le 5e jeu et le titre (11-9).

C’est au terme d’un combat de près d’une heure durant lequel les points exceptionnels se sont succédé que le numéro 11 français a triomphé pour la première fois à l’Open d’Amiens, un tournoi dont il fait partie des rares à avoir participé à toutes les éditions depuis sa création. Ce succès récompense donc l’abnégation du joueur de 23 ans qui a aussi fait preuve de ressources mentales importantes pour remonter au score et venir à bout d’une de ses bêtes noires. « Peu importe le joueur, je ne suis pas dans l’analyse, je fais en sorte de jouer mon jeu le plus possible, balaye le principal intéressé, qui ne s’intéresse que peu aux statistiques. Je me sentais bien physiquement. J’ai fait en sorte de rester droit, parce que Benji sait saisir les opportunités. J’ai essayé d’être le plus près possible, de varier devant, derrière, de faire des petits changements de direction. Même si je n’étais pas très bien parti, j’ai fait en sorte de tenir, de me battre et d’aller jusqu’au bout. » Joshua Phinera collabore avec un nouvel entraîneur depuis septembre et il voit déjà les fruits du travail effectué. Cette victoire est une première étape vers un sommet dont l’altitude n’est pas connue : « On va continuer de monter le plus possible. Je ne suis pas dans le calcul, je n’ai pas de limites. Plus tu joues, plus tu seras amené à aller loin. Je cherche surtout le niveau de jeu avant le résultat. Et le résultat viendra du niveau de jeu. »
Chez les féminines, Énora Villard tient son rang
Grande favorite annoncée dans le tableau féminin, Énora Villard, 4e joueuse française, a largement dominé les débats, ne perdant aucun jeu du tournoi, y compris en finale où elle n’a laissé aucune chance à la talentueuse mais inexpérimentée Leeloo Laporte (11-0, 11-2, 11-6). « J’aime bien m’exposer un peu à jouer contre les petites jeunes qui ont les dents longues et qui essayent de faire des perfs. C’est toujours moi qui arrive un peu avec la pression, donc je suis contente de ne pas avoir laissé un jeu du tournoi », lançait-elle, tout sourire. L’ancienne 38e mondiale s’est réjouie de l’organisation d’un tournoi féminin à Amiens et n’a que très peu hésité avant de s’inscrire : « J’en avais beaucoup entendu parler par les garçons qui disaient que c’était vraiment un super tournoi, où ils prenaient bien soin des joueurs. Et puis, ce n’est pas très loin de Paris et c’était un petit moment où je n’ai pas trop de tournois internationaux. Je me suis dit, allez, on y va. » Car l’ambition première de la pensionnaire du Stade Français est de briller à nouveau au niveau international.

Actuellement 83e mondiale, elle se sert des tournois français dits PSA Satellite (3e niveau de compétition internationale) comme celui d’Amiens pour travailler, engranger de la confiance et un peu d’argent : « Les tournois nationaux, au niveau financier, c’est quand même très intéressant. En général, moi, je suis une ou deux du tournoi en tête de série puisque les filles qui sont au-dessus ne se déplacent pas trop pour les nationaux. C’est bien pour faire des matchs où il y a moins de pression que lorsqu’on part sur des circuits internationaux, où il y a les points, il y a le classement qui rentre en jeu. » Symbole de sa volonté, à 32 ans, de continuer à progresser et de rester compétitive, Énora Villard a récemment changé d’entraîneur et de préparateur physique pour permettre à son jeu « à l’ancienne » de rester efficace : « Le niveau général augmente. Le jeu change. C’est un jeu qui devient beaucoup plus agressif, beaucoup plus physique. Il faut être beaucoup plus vivace, explosif. J’ai appris un jeu un peu plus dans la construction, posé. Mais tant que j’ai encore l’envie et que le corps suit, on continue. » On devrait la revoir en 2027 puisqu’elle a confirmé qu’elle tenait à défendre son titre.
Une organisation proche d’un idéal
Du côté d’Antoine Osmont, président du RCAM et organisateur de la compétition, le parcours s’est arrêté dès le premier tour, comme pour Loïc Planquart et Anthony Mortas qui avaient cependant remporté leur tour préliminaire. Mais l’essentiel n’était pas là. Cette nouvelle édition de l’Open national d’Amiens est une franche réussite, tant dans la prise en charge des joueurs que dans le déroulé du tournoi : « Il y avait encore plus de densité que l’année dernière parce que les demi-finales étaient complètement indécises, commence-t-il en évoquant le tableau masculin. Ce n’était pas du tout sûr que ça serait les deux mêmes en finale parce que les demi-finales étaient très serrées. » Et lorsqu’on lui demande si l’événement a vocation à s’installer parmi les meilleurs tournois français : « Il est installé. Cette année, on a même eu Monsieur Philippe Signoret, qui est un entraîneur national, ancien entraîneur de l’équipe de France féminine, qui est venu en me disant en arrivant : « J’ai beaucoup entendu parler de ce tournoi, donc je voulais voir de mes propres yeux comment ça se passait. » On a vraiment de plus en plus de gens du milieu du squash qui viennent pour voir ce tournoi. »
Le format choisi cette année a correspondu aux attentes et a de grandes chances de se pérenniser dans les prochaines années. Le tableau masculin à 48 joueurs avec un tour préliminaire permet à la fois d’accueillir les meilleurs joueurs et d’offrir l’opportunité aux joueurs locaux de participer à une grande compétition. L’instauration d’un tableau féminin est aussi une fierté et Antoine Osmont espère que celui-ci obtiendra de plus en plus de succès : « C’était notre première édition, donc je pense que les années suivantes, le bouche-à-oreille va faire son œuvre et qu’on va avoir plus de filles pour compléter le tableau. » Quant au prestige des têtes d’affiche, le président du RCAM souhaite maintenir la dynamique sans pour autant vouloir attirer de plus gros noms encore : « Notre ambition, ce n’est pas d’accueillir le meilleur français parce que finalement, on voit que ça peut aller vite les déséquilibres entre certains joueurs ou joueuses. C’est plus intéressant d’avoir une forte densité pour avoir des enjeux sur les finales. » Cette cinquième édition de l’Open a tenu toutes ses promesses tout en franchissant un nouveau cap, que ce soit dans l’organisation ou le statut des meilleurs joueurs qu’il attire. L’année prochaine, Joshua Phinera et Énora Villard auront probablement fort à faire pour conserver leur couronne.
Open national d’Amiens :
Finale homme : Joshua Jacques Phinera (n°3) – Benjamin Aubert (n°4) : 3-2 (3-11, 6-11, 11-6, 11-7, 11-9)
Finale femmes : Énora Villard (n°1) – Leeloo Laporte (n°6) : 3-0 (11-0)(11-2)(11-6)
Simon Vasseur
Crédit photo : Alexis Cazeel – Gazettesports.fr

