HOCKEY SUR GLACE (Ligue Magnus) – Mario Richer : « Si on ne progresse pas sur certains points, on ne va pas évoluer ou on va descendre »

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Près de deux semaines après l’élimination en quarts de finale des play-offs face à Grenoble, Mario Richer nous a accordé un long entretien. L’entraîneur québécois fait le bilan de la saison et le constat criant sur l’indispensable évolution que doit avoir le club sur certains aspects pour rester compétitif en Ligue Magnus.

Pendant plus d’une heure, l’entraineur des Gothiques s’est confié sur la saison qui vient de se terminer. Il aborde aussi, sans complexe, la situation d’Amiens face à la concurrence en Ligue Magnus qui risque d’être de plus en plus puissante dans les années à venir. Le Québécois évoque aussi certains leviers que le club pourrait lever pour pallier certains retards, au risque de subir un certain déclassement qui a peut-être déjà débuté…

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Six mois après votre retour à la tête des Gothiques, vous avez pu façonner l’équipe et imprimer votre patte pour cette nouvelle saison. Quel bilan faites-vous ?

Globalement, c’est une saison où on aurait aimé faire plus. Sauf qu’il y a des choses qu’on ne contrôle pas, c’est pour cela que je dis toujours qu’on va regarder le classement à la fin de la saison. Comme l’an passé, le dernier match de la phase régulière a été très important, on avait accroché les play-offs au dernier match. Cette année, le match qu’on a joué à Marseille, on s’est buté au meilleur gardien de la ligue et on avait beaucoup de blessés. Si on allait chercher le nul, on finissait cinquième, ce point-là aurait pu faire une grande différence dans les play-offs parce qu’on aurait joué contre Bordeaux. Des fois ce sont des petits détails dans la saison qui font qu’au niveau du classement, tu vas faire la saison de tes rêves et te permettre d’être quatrième. Quand tu ne l’as pas tu ne termines pas quatrième.

Avez-vous des regrets sur certains matchs, qui auraient pu vous permettre de terminer plus haut au classement ?

Non je n’ai pas de regret, ce n’est pas un mot que j’utilise, sinon tu peux en avoir toute ta vie (rires). Il y a des matchs qu’on a gagnés et on n’aurait pas dû, et des matchs qu’on a perdus alors qu’on aurait dû gagner donc ça s’équilibre. À la fin de la saison, c’est facile de pointer tel ou tel match. Tu as 44 chances d’aller chercher des points. Il y a des matchs où tu tentes quelque chose et ça ne fonctionne pas, sur un autre ça fonctionne. Ce sont des choses qu’on ne contrôle pas.

Je ne veux pas répéter l’expérience et je veux m’assurer d’avoir mes quatre joueurs de centre dès que la saison commence.

Mario Richer, entraineur des Gothiques d’Amiens

Alors sans parler de regret, est-ce que vous auriez fait les choses différemment dans votre façon de composer votre effectif au début de la saison ?

Quand je suis revenu, on avait neuf joueurs importés. Souvent plus tu attends, plus les salaires descendent, ou alors les joueurs qui n’ont pas de club, leurs salaires vont descendre. Mais cela veut dire qu’entre les deux, il y a trois mois durant lesquels le joueur peut partir. Il nous manquait un spot de joueur de centre qu’on n’avait pas comblé et ensuite il y a eu la perte de Joey West. Donc on s’est retrouvé avec deux joueurs de centre en moins début septembre, c’est une chose qui nous a fait très mal. Je ne veux pas répéter l’expérience et je veux m’assurer d’avoir mes quatre joueurs de centre dès que la saison commence. Ça n’a pas fonctionné avec Tomas Pitule qui n’a pas aimé l’environnement, très vite il a souhaité partir. Tu ne sais jamais quand tu vas chercher un joueur. Mais on a déjà eu des changements qui ont rapporté immédiatement, je pense à Louis Belisle qui a remplacé Giffen Nyren puis Bastien Maïa qui a remplacé Dimitri Thillet, ces deux changements ont complétement changé l’équipe. Ça a fonctionné avec Janis Svanenbergs qui était une belle trouvaille.

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Mario Richer, entraineur des Gothiques d’Amiens

Cette saison, vous avez décidé de changer votre tactique en portant le jeu beaucoup plus sur l’attaque, pourquoi ce choix ?

Parce que le hockey a changé, il est plus axé sur le jeu. Quand tu regardes en France, il y a moins de contacts, les arbitres laissent moins place aux joueurs robustes. On a essayé d’aller chercher des joueurs avec des facilités pour compter des buts, ce qui signifie que défensivement ils sont parfois moins bons. L’année passée, la sélection des joueurs avait été faite sur des joueurs plus intenses et physiques. On a essayé de faire différemment cette année. Est-ce que ça a eu l’effet voulu ? C’est facile de dire à la fin si ça a fonctionné ou si ça n’a pas fonctionné. Je le répète, on était qu’à un point de Marseille. Si tu vas chercher ces deux points là-bas, on aurait dit que les choix qui ont été faits avaient été les bons. Mais là avec le nombre de blessés qu’on a eu, on n’a pas été capable d’aller chercher ces deux points.

Avec le retrait forcé d’Henri-Corentin Buysse et le départ de Victor Bodin vers Bordeaux, vous avez dû recruter une nouvelle paire de gardien. Qu’avez-vous pensé de leur saison ?

On s’attendait à une meilleure saison du binôme. Il y a eu une blessure avec Fouquerel et Gilbert est encore un jeune gardien, donc tout ça mis ensemble… On espère que ce sera mieux l’an prochain. Gigi, avant d’être un numéro un, a beaucoup de choses à apprendre, dans sa préparation physique aussi. Il faut qu’il travaille dessus, ça va être la période propice pour le faire. Quand tu perds Henri, tu perds le meilleur gardien français et là tu te retrouves avec des gardiens parmi les sept et quinzième meilleurs donc c’est différent. On le voit avec Cergy-Pontoise et Ylonen qui est le meilleur français dans les buts, ça leur permet d’aller chercher des matchs, comme Henri faisait avec nous.

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Antoine Gilbert a disputé 29 matchs pour sa première saison avec les Gothiques d’Amiens

Amiens a terminé sixième de la phase régulière, est-ce qu’Amiens est à sa place selon vous ?

Est-ce qu’Amiens est à sa place, je ne sais pas. Par exemple Marseille a fait une saison de rêve, avec le meilleur gardien de la saison, devant Pintaric, Stepanek et Cowley. Ça a fait la différence. Actuellement, on est fait pour être entre la cinquième et la huitième place. Et encore, avec les équipes qui vont avoir des plus gros budgets ça va être entre la cinquième et la dixième place.

Justement, n’avez-vous pas peur d’un déclassement lorsque vous voyez les autres équipes se renforcer quand Amiens semble limité dans son évolution ?

Oui c’est dangereux. Moi je vois ça difficilement surtout qu’actuellement, au niveau du centre de formation, on n’arrive pas à développer les joueurs pour stabiliser l’équipe. Quand je suis parti on m’a dit qu’on allait développer le centre de formation de manière incroyable, je ne l’ai pas encore vu. C’était le chantier annoncé, d’avoir une D2 et développer des joueurs mais pour l’instant le chantier est encore en construction. C’est bien beau d’avoir un plan quinquennal, sur huit ou dix ans mais à un moment donné il faut développer les joueurs. Aller chercher des joueurs à l’extérieur, ça coute beaucoup. Lorsqu’on a eu du succès c’est parce qu’on avait pu garder nos bons joueurs avec des gros salaires parce qu’on n’avait pas à payer les joueurs du quatrième trio qui étaient des U20. Pour l’instant on n’est pas capable de faire ça, et tant qu’on ne sera pas capable, on ne pourra pas garder de gros noms dans l’équipe.

Notre progression n’est pas optimale en tant qu’organisation. Alors c’est facile de dire « On doit être là et là », mais il ne faut pas vivre dans le passé. Ce n’est pas parce qu’on a gagné il y a quelques années qu’on va gagner l’année prochaine (la Coupe de France, ndlr). Il y a beaucoup d’équipes qui ont gagné par le passé et qui ont plus de mal aujourd’hui, le meilleur exemple c’est Chamonix, l’équipe la plus titrée de la ligue. Il n’y a rien de garanti, il faut continuer à travailler pour s’améliorer, il faut aller chercher des plus gros sponsors.

On va combler un retard sur un point mais il y en a encore d’autres où l’on est en retard

Mario Richer, entraîneur des Gothiques d’Amiens

L’aspect financier semble montrer les limites du projet des Gothiques d’Amiens ?

Oui mais je le répète il y a les trois grosses équipes avec Rouen, Grenoble et Angers avec qui tu ne peux pas rivaliser. Maintenant tu as Bordeaux qui a réussi à trouver de l’argent, déjà cette année ils nous avaient dépassés au niveau du budget, ils ont aussi été chercher des joueurs que l’on voulait. Et puis il y a Marseille, ils sont arrivés en Magnus avec un petit budget, l’an prochain ils vont budgéter avec 5 000 personnes dans les gradins, les sponsors vont arriver et leur budget va exploser. Marseille est aussi une grosse ville, avec beaucoup d’activités donc ils vont émerger.

Cela veut dire que les cinq premières places sont déjà prises, nous il faut que l’on se batte avec Cergy-Pontoise, Chamonix, Nice et Anglet. On va être dans ces équipes classées de six à dix ou de six à douze, où on ne veut pas aller. On en est là, donc si on ne progresse pas sur certains points, on ne va pas évoluer ou on va descendre. L’environnement à Amiens n’est pas facile au niveau de l’économie. Des fois, les gens ne comprennent pas pourquoi on ne met pas plus d’argent dans l’équipe, les frais d’existence de l’équipe augmentent. Il faut payer la vie de tous les jours de l’équipe avant de mettre de l’argent dans les joueurs.

On a appris récemment que le club allait bientôt recevoir un nouveau bus couchette. Cela devrait quand même améliorer les conditions de voyage et la récupération des joueurs ?

En tout cas ça ne peut pas être pire, ça peut juste aider. Mais 75% des équipes l’ont déjà, c’est juste qu’on était en retard là-dessus. On va combler un retard sur un point mais il y en a encore d’autres où l’on est en retard…

Lesquels ?

Il n’y a qu’à aller voir les matchs à l’extérieur. Comme à Marseille où c’est un spectacle, avec la foule il y a une ambiance de fou, à Grenoble aussi. Ici on a des bons spectateurs et des bons groupes de fans quand ça va bien mais on pourrait multiplier l’ambiance et la ferveur dans la patinoire, pour l’instant ce n’est pas ça. On a des choses à améliorer, on a des quatre écrans au milieu, deux autres de chaque côté et on ne les utilise pas au maximum. A Grenoble, les écrans sont vivants. Il y a des choses à faire pour mettre plus d’ambiance malgré qu’elle soit bonne, lorsque tout le monde chante ensemble c’est bruyant. Mais quand tu vas à Rouen et que tu compares, tu t’aperçois que le bruit qu’ils font est fou. Quand ils viennent ici, tu as l’impression qu’ils sont à domicile alors qu’ils sont cinquante.

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Les Goth’s Squad, groupe de supporters des Gothiques d’Amiens

L’été dernier, vous avez à nouveau activé ce levier de la filière québécoise et universitaire dans votre recrutement. Qu’a-t-elle de si particulier ?

La filière universitaire est une filière avec des joueurs qui coûtent moins cher au départ, que des joueurs qui jouent sur la côte Est. On est capable de piocher là-dedans. Gap a été le premier club à le faire, ensuite quand je suis arrivé ici et que j’ai vu qu’ils prenaient des joueurs là-bas, j’en ai pris aussi, et ça rentrait dans notre budget. Mais depuis, les universitaires sont pris de partout en France, il y a dix ans il y en avait peu, maintenant il y en a partout, même en Angleterre, donc on n’est plus les seuls, il y a beaucoup de concurrence. Des fois un joueur t’échappe pour 2 000 euros sur l’année parce qu’on n’est pas capable de s’aligner. Amiens devient un club tremplin, un premier club en Europe, mais aussi pour les jeunes français comme Simonsen qui va partir. Dans le fond, on est un club formateur pour les grosses cylindrées en France.

Il y a aussi beaucoup d’équipes qui discutent avec nos joueurs, certains seront difficiles à garder

Mario Richer, entraîneur des Gothiques d’Amiens

L’an passé, peu de temps après les play-offs, la situation concernant certains joueurs s’était éclaircie. Qu’en est-il cette année ? Est-ce que vous savez déjà ce que vous allez pouvoir faire durant le mercato ?

On va discuter avec des joueurs, on va essayer de les attirer ici. On va encore vendre la cathédrale et les 30 jours de soleil par an à Amiens, on est à une heure de Paris. Il y a aussi beaucoup d’équipes qui discutent avec nos joueurs, certains seront difficiles à garder. On a une masse salariale qui est comme une tarte, tu dépenses tant pour tel joueur, tel joueur etc., mais il y a des montants que l’on ne peut pas mettre. Mais le problème vient encore d’en bas, on pourrait avoir des jeunes joueurs qui ne nous coûtent rien mais on n’a pas de joueurs qui peuvent jouer à temps plein dans notre équipe, on n’est pas capable de le faire. Il faut qu’on équilibre notre budget pour avoir des joueurs équilibrés au niveau salarial pour survivre. Ce sera aussi la loi de l’offre et de la demande, est-ce que les joueurs veulent rester, est-ce qu’ils vont avoir des offres où est-ce qu’on les gardera, il faut prendre tout cela en compte. Ce serait trop facile de garder les mêmes joueurs, dans les autres équipes il y a aussi du changement sauf qu’elles sont capables de garder des joueurs parce qu’elles les payent.

Il vous reste un peu plus d’un an de contrat avec Amiens, comment voyez vous l’avenir ?

En tant qu’entraineur, tu ne peux pas trop te projeter, on verra l’an prochain, je n’ai pas de contrôle là-dessus. Ça dépend ce que veut faire l’organisation, on verra.

César Willot
Crédit photo : Kevin Devigne – Gazettesports.fr