TENNIS : Le « nouvel élan » de Jade Psonka

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Vice-championne de France de tennis des 17-18 ans le mois dernier à Roland-Garros, Jade Psonka quitte le pôle Espoirs de la Ligue des Hauts-de-France pour rejoindre son nouveau coach, l’ancien pro Julien Obry, à Albert.

Si elle a été battue en finale des championnats de France de sa catégorie d’âge le 20 août dernier, l’Amiénoise Jade Psonka a largement de quoi positiver. Dominée sur le court n°14 de Roland-Garros par la Parisienne Jenny Lim (-15) 6-1 6-2, la joueuse classée -4/6 n’avait pas perdu le moindre set jusqu’à la finale. Sortant 6-2 6-4 en demi-finale la N°1 Chloé Noël (Ligue des Pays de la Loire), qui menait 2-0 dans leurs affrontements. 

Plus largement, à 17 ans, Jade Psonka a ressenti le besoin de tourner une page et donne l’impression de s’épanouir. De quoi nourrir des ambitions qui lui ressemblent : raisonnables mais déterminées.

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Jade Psonka dans les locaux de Gazette Sports à Amiens lundi 5 septembre.

La rentrée scolaire vient d’avoir lieu : où en es-tu sur ce plan-là ?

J’aurai le bac à passer en fin d’année, avec physique et SVT en spécialités et les maths en option. Je continue les cours par correspondance avec le CNED. Après le bac, ça dépendra du tennis. Je pense déjà passer le diplôme pour être prof de tennis, au moins j’aurai ça sous le coude. M’orienter vers la kiné du sport sinon peut-être, aussi. On verra bien…

Ta dernière actualité, c’était sinon les championnats de France où tu as atteint la finale. Tu les avais déjà disputés ?

Oui, plusieurs fois, sauf une année où j’étais blessée. On se qualifie en gagnant les championnats régionaux et souvent les finalistes sont repêchées pour qu’il y ait assez de joueuses pour faire un tableau de 32. Mais c’était la 1ère fois que je jouais les championnats de France à Roland-Garros ! J’avais juste fait des entraînements à Roland mais encore jamais de match. À cause des travaux ces dernières années (depuis 2018, la rénovation du court Philippe-Chatrier et des courts annexes ainsi que la construction du court Simonne-Mathieu, ndlr), les championnats étaient organisés ailleurs : l’année dernière à Dijon, une fois à Rouen, donc ce n’était pas pareil. Sauf que pour aller au bout, il y a toujours 5 matchs à gagner en 5 jours !

Et tu en as remporté 4. Quel était ton objectif au départ ?

Ce n’était pas prévu, entre guillemets, que j’aille en finale ! Je voulais juste faire un bon tournoi, profiter parce que ce n’est pas tous les jours qu’on joue à Roland… J’étais surmotivée, trop contente d’être là ! Je me disais : si je gagne, demain, je serai encore là, donc ça m’a poussée.

Tout ce qu’on avait prévu s’est passé, c’est assez rare quand on prépare un match

Tu as donc pris match après match… 

Oui, je ne regarde jamais les tableaux. Quand je joue mon premier match, je ne sais pas qui je peux potentiellement jouer après. Pour en savoir plus, il faut vraiment avoir un don parce que c’est rarement celles qu’on attend qui vont en finale… C’est plus la joueuse qui est bien sur le moment. 

Sur tes adversaires, tes matchs, quels sont tes souvenirs, tour après tour ?

On se connaît toutes, on est de 2005 et 2004, donc c’est vraiment ma génération. Mon match le plus serré, c’est au 2ème tour, contre Louane Lutringer (Ligue Centre – Val de Loire) où j’ai failli perdre le premier set. Je menais 5-4 40-15, donc balle de set, mais elle me rattrape, puis avantage pour elle. J’ai encore 2 ou 3 balles de set que je ne mets pas, avant d’y arriver enfin ! C’est un petit tournant dans le match, où c’était super serré. 1h20 pour le 1er set et 20 minutes seulement pour le 2ème. Donc, pour le coup, on peut même dire que la fin du 1er set a été un gros tournant !

Après, contre Chloé Noël (Pays de la Loire) en demi-finale, j’ai vraiment réussi à appliquer tout ce qu’on avait vu avec mon nouveau coach, Julien Obry. Une petite stratégie, comme elle avait gagné nos deux premiers matchs. Elle a un jeu très atypique, elle ne fait quasiment que des chips avec son revers à une main, elle monte, elle fait service-volée, elle est costaud physiquement aussi. C’était un peu une opposition de styles et tout ce qu’on avait prévu s’est passé, c’est assez rare quand on prépare un match. Du coup, on en est sorti super contents ! Ça arrive une ou deux fois dans une saison, maximum.

Pendant un match, le temps de s’adapter, c’est déjà trop tard…

La finale, face à Jenny Lim (Ligue d’Île-de-France) qui avait gagné vos deux premiers duels, tu l’as abordée confiante, comme tu n’avais pas perdu un set. Ou bien tu savais que ça allait être difficile ?

J’étais bien, confiante après avoir fait quatre super matchs avant, bien physiquement comme mes matchs n’avaient pas été très longs. J’étais contente d’être là, je voulais profiter. Mais elle était vraiment au-dessus de moi, avec un niveau de jeu supérieur. En plus, elle avait gagné quelques semaines avant son 1er tournoi pro (l’ITF W15 des Contamines-Montjoie en Haute-Savoie) et pas par hasard. Alors que moi, je n’ai pas encore réussi à passer les qualifs dans cette catégorie de tournois.

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Jenny Lim, ici à l’entraînement à l’AAC en mars dernier, lors du tournoi ITF W15 d’Amiens.

Je savais que je n’allais pas l’avoir facile, comme elle me prend tout le temps du temps, qu’elle est toujours en avance sur moi. Je n’ai pas pu montrer tout ce que je sais faire, pas vraiment eu de temps pour jouer comme contre les filles que j’avais jouées avant, donc oui, c’était dur. Et je n’ai pas l’habitude de jouer contre des filles qui jouent à ce niveau-là non plus, donc il faut le temps de s’adapter. Et pendant un match, le temps de s’adapter, c’est déjà trop tard… (sourire) 

J’aime bien mettre l’adversaire dans le dur physiquement

Le 1er set a donc été compliqué… Mais dans le 2ème, tu as pu rivaliser un petit peu ?

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Oui, un petit peu mieux. Je commence à sentir un peu là où elle va jouer, à m’habituer un petit peu. Mais après, globalement, elle avait un niveau supérieur au mien. Le résultat est logique. Jenny est de toute façon une fille super cool, super gentille, autant sur le terrain qu’en dehors, ultra fair-play. De ce côté-là, je savais que le match allait bien se passer.

Comment définirais-tu ton jeu ?

Je joue beaucoup avec mon coup droit, j’aime bien décaler et je n’aime pas trop jouer en deux-trois frappes. Je préfère construire, toucher des zones et mener le point comme j’ai envie, avant de conclure. J’aime bien aussi mettre l’adversaire dans le dur physiquement, pour la faire craquer. Comme quand je gagne parfois le 1er set difficilement et le 2ème plus facilement, parce que la fille est un peu plus fatiguée ou que nerveusement, ça devient dur de faire 10-15 frappes à tous les échanges. Je suis plus dans cette filière-là, qui convient bien aussi sur terre battue. Sur un terrain, je suis très endurante. Mais il y a des filles qui sont encore bien plus fortes que moi dans ce domaine-là et je me fais avoir à mon propre jeu, en craquant avant… Alors j’essaye de travailler ça, savoir y aller, savoir tout faire, monter, casser le rythme. Mais faire des ronds, maintenant, à mon âge et à ce niveau, ça ne fonctionne plus trop…

Ton jeu a beaucoup évolué, non, récemment ?

Ah oui ! J’ai changé pas mal de choses : j’essaye déjà de moins chiper en revers, de beaucoup plus recouvrir pour ne pas perdre l’avance que je peux avoir, en construisant en coup droit. Pour que, si j’ai un revers à faire, il ne me handicape pas. J’essaye aussi, dès que j’ai l’occasion, de vraiment y aller, de la saisir. Pas attendre d’avoir trois-quatre occasions et au final me faire contrer. Je travaille aussi mes montées à la volée et le service. Je tape beaucoup plus de 1ères balles qu’avant, quand je faisais beaucoup de “1ères secondes”. J’arrive à gagner quelques points avec mon service, ça soulage un peu. Ma demi-finale au championnat de France contre Chloé Noël est un match-référence, on peut dire, parce que j’ai réussi à tenir mon plan de jeu pendant tout le match. J’ai très bien servi. Je breake juste une fois, ça me suffit pour gagner le set. Comme j’ai une filière de jeu assez longue, je suis toujours obligée de faire pas mal de frappes pour gagner un point, donc pouvoir compter sur son service, c’est plutôt mieux.

Tant que j’ai envie et que (…) j’ai une marge de progression, je continuerai

Et que serait une carrière réussie pour Jade Psonka ?

Pouvoir vivre du tennis peut être un objectif ?

Ah oui… Soit en étant joueuse, même si peut-être un jour j’en aurai marre, mais tant que j’ai envie et que je sens que j’ai une marge de progression, je continuerai. Soit autour parce qu’il y a plein de gens autour des joueurs. Soit en tant que coach. De toute façon, meilleur sera mon classement et plus j’aurai des opportunités pour travailler dans le monde du tennis. Je ne sais pas si ce sera le cas, mais au moins ça m’ouvrira plus de portes.

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En attendant, 2022 marque un tournant important puisque tu changes de cadre… 

Oui, j’ai quitté avant l’été la Ligue des Hauts-de-France où je m’entraînais depuis six ans, je sentais que j’avais besoin de passer à autre chose. L’année prochaine, je vais jouer à Albert (au Tennis Stade Albert, ndlr). Je rejoins mon nouveau coach, Julien Obry (âgé de 31 ans, le Samarien a fait partie des meilleurs juniors français en 2007/08 et a atteint la 250ème place ATP en 2014). Une partie est prise en charge par le club et l’autre directement avec Julien, qui s’occupe du pôle compétition, où il y a des joueuses et joueurs comme Lou Borez, Clément Legrand et des plus jeunes. On est six ou sept. Lou s’entraîne à Albert depuis longtemps, elle est de 2006 (Jade Psonka est née en juin 2005, ndlr) et classée 0 (2 classements plus bas que Jade, ndlr). Et Julien, qui l’entraîne depuis six ans, je suis allée vers lui un jour où il la regardait jouer à Amiens, en début d’année à l’AAC, dans le tournoi organisé pour gagner une wild card pour le tournoi ITF. On a bien discuté, bien rigolé. J’en ai parlé à ma mère, elle m’a dit pourquoi pas faire un test avec lui…

Mon rêve ultime ? Gagner Roland !

Quelles sont tes attentes à son égard ?

Qu’il transmette son expérience. Il a le niveau de jeu et en plus il a l’expérience des plus grands tournois. Il sait exactement ce qu’on ressent sur le terrain. Il nous comprend peut-être mieux que quelqu’un qui n’aurait pas le même vécu. Il est vachement bienveillant avec nous. Tout de suite, dès les premiers entraînements, il avait déjà repéré plein d’axes d’amélioration. J’ai senti que je progressais. Je pense que Julien y est pour quelque chose. Même avant les championnats de France, j’ai fait plusieurs perfs et pas une seule contre-performance. Plus on gagne de matchs, plus on est en confiance. Ça fait deux ans que c’était compliqué pour moi. Là, avec en plus la fin de la pandémie et des confinements que j’avais très mal vécus, c’est un peu un nouvel élan. Même les pros ne restent pas toujours avec le même coach, il y a des cycles. Le seul inconvénient, pour le moment, c’est qu’au lieu de m’entraîner à Amiens, je fais Longueau – Albert tous les jours, en train. Ma mère m’a dit : dans un an, si tout va bien, tu auras le permis, une voiture, tu seras plus tranquille. 

Quels sont à présent tes objectifs pour la fin de saison ?

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Cette année, pour la 1ère fois, Jade Psonka a franchi un tour de qualifications à l’ITF de l’Amiens AC.

Je n’ai pas vraiment d’objectif en termes de classement. Je vais jouer plusieurs CNGT et des gros Opens, en France, les derniers tournois sur terre battue de la saison. C’est vraiment ma surface préférée, je m’entraîne dessus depuis toute petite, elle convient bien à mon style de jeu. Ou faire aussi les qualifs d’ITF Pro, en France, en Belgique, aux Pays-Bas pour essayer de gagner mes premiers points. Mais je veux juste progresser et après ça suivra, forcément… Mon programme ne va pas plus loin que début octobre, on fera ensuite au fur et à mesure.

Et que représente le padel pour toi aujourd’hui ? Parce qu’on sait que tu te débrouilles pas mal…

C’est totalement un loisir ! Depuis les championnats du monde au Mexique l’an dernier, où j’avais été appelée un peu au pied levé, je n’ai plus touché une raquette de padel mais je reste licenciée padel au TCAM. Il va y avoir les championnats d’Europe en octobre mais je n’ai pas fait les championnats de France. C’est vraiment un loisir pour moi, pour le fun, même si au Mexique, avec Ninon Martinache, on avait fait demi-finalistes en U18 alors que j’étais U16, battues par les futures gagnantes. L’équipe de France avait fini 5ème et je n’avais pas perdu un match, donc ce sont des bons souvenirs !

Pour revenir au tennis, les joueuses et joueurs que tu trouves inspirants, actuels ou passés ?

Roger Federer. J’espère qu’il va revenir. J’aime beaucoup déjà son revers à une main, comme moi. Ou plutôt j’ai un revers à une main comme lui (rire) ! Il va beaucoup vers l’avant, très agressif, c’est inspirant quand je travaille mes montées à la volée. Et chez les filles, j’adore Simona Halep. Elle est très combative. Elle s’en fiche du beau jeu, elle préfère aller au combat, tant pis si ce n’est pas un coup gagnant, elle s’arrache, elle va gagner des points comme ça, j’adore !

Et ton rêve ultime ?

Gagner Roland (sourire) ! Parce que c’est en France, sur terre battue, c’est le tournoi que je regardais tout le temps petite, avec ma mère, alors que je ne jouais pas encore au tennis. Puis je lui ai demandé de m’inscrire, à Longueau, mon premier club.

Propos recueillis par Vincent Delorme
Crédit photos : Kevin Devigne et Reynald Valleron (Gazette Sports)