HOCKEY SUR GLACE – Hugo Gallet : « Ce n’est pas un hashtag qui va changer ma carrière »

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Du jeune Amiénois qui s’immisce dans le vestiaire des Gothiques au défenseur apprécié qui voit son nom en haut de l’affiche des championnats du monde, Hugo Gallet fait le point sur sa jeune carrière pour Gazette Sports.

Tout d’abord, comment as-tu découvert le hockey à Amiens ?

Mon père aimait le hockey et aurait voulu en faire étant jeune. Il allait voir les matchs puis il s’est installé dans une entreprise qui est devenue partenaire du club. Il avait une loge au Coliseum et il était présent à chaque match, alors je l’ai suivi. J’ai commencé avec le roller-hockey puis le hockey sur glace. J’ai finalement décidé de me diriger vers la glace. C’est un peu le schéma classique du père qui nous met dedans et ça a fonctionné.

En assistant aux matchs des Gothiques étant jeune, avais-tu des idoles ?

Oui, Kevin Hecquefeuille lorsqu’il est revenu à Amiens. Je l’ai vu jouer une ou deux années. Très très jeune, j’avais les frères Rozenthal comme idoles, surtout François. J’avais la chance de les côtoyer parce que mon oncle a fait un film sur le titre de 1999, j’avais le droit de les voir, d’aller dans les vestiaires, ils sont venus chez moi pour mon anniversaire. Le rêve pour un enfant !

Kevin Hecquefeuille et Hugo Gallet sous le maillot de l’Equipe de France, au Coliseum.

C’était un choix d’être défenseur ?

Oui, je pense que c’était un choix. J’avais des qualités pour ça, j’ai toujours été un passeur plus qu’un buteur. J’aime bien faire la bonne passe et j’ai aussi une bonne vision de jeu, ça me permet de bien relancer. Ça s’est fait assez jeune et après c’est resté. J’ai joué une année en attaque parce qu’on manquait de joueurs devant, en U15.

Quand on regarde tes statistiques en hockey mineur, tu accumulais les points alors que tu étais défenseur et plus jeune que la plupart…

Oui, mais c’est aussi parce qu’on avait une génération de malades et qu’on a tout gagné ! Sur 20 joueurs de cette génération, il y en a peut-être 10 qui sont devenus pros. Je me souviens de la première ligne en U15, lorsqu’on a gagné à Viry, c’était Métais, Bouvet, Kazarine, Leclerc et moi. Il y en a trois qui ont fait des championnats du monde et tout le monde joue en pro maintenant. C’est aussi pour ça que les stats étaient bonnes. Si on regarde cette année-là, si j’ai 20 points, Guillaume (Leclerc) en a 60.
C’était une génération de fous, on a tout gagné ! Encore hier j’étais avec Maurin Bouvet et Fabien Kazarine, on en parle toujours.
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Évoluer dans une équipe comme ça, ça explique ton niveau actuel ?

Il y a plein de choses, ça fait déjà 8 ans que j’ai quitté Amiens. Mais évoluer avec eux qui étaient plus vieux alors que j’avais deux ans de moins qu’eux, ça m’a tiré vers le haut. Au Pôle Espoirs, le niveau était assez intense par rapport au niveau à ce moment-là. Même en équipe de France, on était 7 ou 8 d’Amiens. Aller à l’école ensemble, s’entraîner ensemble, c’était génial.

J’adore cette ville, je me vois clairement revenir à Amiens.

Aujourd’hui on se retrouve à Amiens, c’est ton attachement à la ville qui t’y fait revenir ?

J’adore cette ville, je me vois clairement revenir à Amiens. C’est sûr que je reviens beaucoup pour ma famille, je peux retrouver mon frère que je n’ai pas l’occasion de voir souvent, de m’entraîner avec lui. Ma copine est basée à Amiens aussi, c’est vraiment des retours aux sources à chaque fois. Normalement, je devrais rester en Finlande l’été, mais c’est quelque chose que j’ai négocié, je ne peux pas ne pas revenir. Je suis capable de m’entraîner ici, avec la glace des Gothiques. J’ai besoin de ce retour aux sources. C’est une ville que j’adore, j’ai beaucoup voyagé, alors j’ai quelques perspectives de comparaison et c’est vraiment une super ville !

As-tu toujours un œil sur les résultats de la Ligue Magnus et même d’Amiens plus particulièrement ?

Oui, je regarde tous les résumés de Magnus, j’ai du temps en Finlande. Évidemment, je vais davantage suivre mes potes et mon petit frère. Mais c’est sûr que je suis les résultats d’Amiens et de Bordeaux parce que j’ai joué là-bas. C’est d’ailleurs les deux seules équipes que je suis sur Instagram par exemple. À chaque fois que je reviens l’été, je viens jouer avec eux, Tomas Simonsen que je n’ai jamais côtoyé je le vois tous les étés, j’étais au roller avec lui cette semaine. Il y aura toujours ce lien.

Je commençais à comprendre que je pouvais faire quelque chose dans le hockey.

Après ton hockey mineur, tu es parti pour les États-Unis…

Ce qui me motivait, c’est que je commençais à comprendre que je pouvais faire quelque chose dans le hockey. Guillaume Leclerc était parti l’année précédente et m’en avait dit du bien. J’ai eu cette opportunité, d’apprendre l’anglais, de changer de culture. Je n’ai pas eu le succès que Guillaume a eu là-bas, c’est peut-être les années les plus dures de hockey que j’ai rencontrées. C’est peut-être grâce à ça que j’ai du succès aujourd’hui, que ça se passe bien dans mon club en Finlande et que je commence à prendre de la place en équipe de France. Je ne regrette pas ce que j’ai fait.

Ensuite le départ en Finlande, dans un pays où tout semble inconnu…

Je n’ai jamais vraiment pensé comme ça, j’ai toujours cherché le sportif. Ça m’a joué des tours parce que de la même façon que je suis parti aux États-Unis en me disant que j’allais jouer au hockey sans penser au choc culturel, j’ai vécu la même chose en Finlande. J’étais parti parce que Jules (ndlr : son petit frère) était là-bas et que je n’avais pas énormément d’opportunités. Je ne me voyais pas revenir à Amiens tout de suite, j’ai tenté et ça m’a forgé la tête (sic) de trouver des solutions par moi-même.

Ça t’a permis de découvrir deux styles de hockey bien différents…

C’est sûr, je sais jouer sur une petite patinoire comme sur une grande, je sais jouer un style un peu plus conservateur et je sais tenter des choses. C’est ce qui prouve qu’il y a toujours eu du positif dans mes expériences, je suis peut-être un joueur plus complet depuis.

En 2018, tu retrouves la France en signant à Bordeaux, pourquoi ?

J’ai fait un Mondial avec la France à Copenhague en 2018, ça m’a permis d’avoir une offre en République Tchèque. J’ai passé un essai de six semaines et le dernier jour j’ai appris que je n’étais pas conservé. L’après-midi même, je suis parti. Gap et Bordeaux m’ont contacté directement suite à ça et j’avais besoin de trouver un endroit où on me voulait vraiment. Je savais que Phillipe Bozon m’appréciait. Cela m’a fait du bien de rejouer avec des potes, en France, l’ambiance est tellement différente ! Ça a reboosté ma carrière, ça m’a remis en question sur le fait de prendre du plaisir en jouant.

Puis retour en Finlande, un pays que tu n’as pas quitté depuis…

Je suis reparti en Mestis (le 2e niveau) dans un endroit que je ne connaissais pas du tout, je me suis fait confiance. J’ai eu des dirigeants au téléphone qui m’ont convaincu et je suis tombé dans un endroit incroyable. La ville est petite, il y a deux restaurants et c’est entouré de lacs. Le cadre est sympa mais je n’avais rien à faire (sic). Cette même année, je suis parti un peu en Liiga (l’élite finlandaise), ce que je n’aurais jamais imaginé avant. Je pensais que j’allais me battre toute l’année pour être dans le lineup à tous les matchs, au final je me suis rendu compte que j’étais parmi les deux meilleurs défenseurs de l’équipe. Je savais que j’étais proche de signer à Kalpa alors j’ai décidé de rester.

Kalpa a décidé de te faire confiance pour les deux prochaines saisons : quels sont tes objectifs ?

Je suis hyper content d’être dans un projet comme ça ! De la même façon que j’ai changé de mentalité, je veux juste prendre semaine après semaine et profiter des gens là-bas. Il y a des objectifs que tu ne peux pas vraiment quantifier, juste bien jouer et améliorer certains aspects du jeu. Je n’ai pas de tableau dans ma chambre où j’écris « je veux 10 buts et 10 assist » pour me motiver !

Tu reviens d’un championnat du monde avec les Bleus, quel avis as-tu sur ce tournoi, avec le recul ?

Je pense qu’il est réussi, on aurait voulu prendre un match de plus ou deux contre les équipes que l’on a accrochées mais je pense que dans notre cas il faut être réaliste. On a fait ce qu’on avait à faire, on est à la place où on devait être. Dans le groupe, il y en avait peu qui avaient déjà été à ce niveau-là et justement l’expérience qu’on a prise sur ces équipes (Danemark, Allemagne et Slovaquie), je pense qu’elle nous aidera l’année prochaine ou l’année suivante pour gagner ces matchs importants. Il n’y a vraiment pas de négatif à avoir perdu ces matchs-là, tout le monde a vu ces petites choses qu’il manquait pour gagner. On a eu un peu chaud contre les Italiens et les Kazakhs, mais ça fait partie du sport et on a su montrer notre force de caractère. Le groupe a vraiment bien vécu, même avec le changement générationnel. On a plein de bons souvenirs à raconter.

C’est flatteur mais je ne m’enflamme pas !

Dans cette aventure, il y a aussi eu le #GalletEnNHL

Ça fait toujours plaisir, après je suis quelqu’un d’assez réaliste et assez humble. Je sais que ce n’est pas ce hashtag qui va changer ma carrière mais je suis content que mon travail soit récompensé aux yeux du public. C’est flatteur mais je ne m’enflamme pas ! Ça a été repris dans L’Equipe, on a bien rigolé avec ça et ça a mis une bonne ambiance.

Est-ce que tu imagines un retour en Magnus plus tard dans ta carrière ?

C’est dur à dire en vivant saison après saison, je n’ai que 25 ans, alors j’espère que ça ne sera pas tout de suite. C’est sûr que j’aimerais bien refaire une saison en France, que ce soit pour partager ça avec ma famille et puis aussi parce qu’une année en France, c’est génial. Je n’ai pas d’équipe en particulier, je pense que ça serait Amiens. Ou Bordeaux parce que j’avais adoré mon année là-bas. C’est sûr que c’est dans un coin de ma tête.

Ton presque homonyme Hugo Allais, également amiénois et défenseur, s’est envolé vers les Etats-Unis 8 ans après toi : tu en avais connaissance ?

Oui, je le connais bien, il a joué avec mon petit frère toute sa jeunesse. Il fait un bon petit truc là-bas donc c’est bien pour le hockey amiénois aussi. Je le suis comme pas mal de joueurs de ma génération et celle de Jules, je regarde ses résultats le week-end. Le monde du hockey, c’est un petit monde.


Propos recueillis par Kevin Devigne
Crédit photo : Kevin Devigne / Jérôme Fauquet – Gazettesports.fr