EDITO : Dans la boxe, tout a changé sauf sur le ring

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Pour organiser son gala du samedi 2 avril, au cirque Jules Verne d’Amiens, Jérôme Fouache avait mis tous les atouts dans son jeu. Surtout dans ce qui concernait l’organisation en elle-même, avec ce souci de ne pas perdre d’argent.

Alors, l’ami Jérôme était allé à la recherche de sponsors et il avait frappé à la porte de la Ville d’Amiens. Celle-ci a joué le jeu en permettant que cette réunion retrouve son cadre prestigieux avec ce ring installé au milieu de la piste centrale. La veille, le célèbre journaliste de Canal + Jean Philippe Lustyk, venu présenter son livre et nous rappeler cette belle histoire de la boxe depuis deux siècles, avait déclaré de façon péremptoire que la Boxe était éternelle. C’est exact sauf que voici un bon siècle, les champions de ce sport, surtout les poids lourds, jouissaient d’une popularité exceptionnelle.

Il faut se rappeler que le fameux championnat du monde des poids lourds entre Dempsey et notre Georges Carpentier en juillet 1921 avait attiré plus de 80.000 spectateurs à Jersey City. Un record pour cette époque ce qui faisait de la Boxe, le sport numéro un.

Le journal l’Auto puis l’Équipe avaient l’habitude de relater les combats sur des pages entières. Hélas, ce n’est plus le cas aujourd’hui et notre exemple est évident. Quand l’Amiénois Sabri Sediri est devenu champion de France professionnel, pas une ligne dans la presse parisienne. Cela démontre qu’un boxeur, fut-il un grand champion, a du mal à intéresser les médias. Pourtant, la France possède quelques grands champions tel Tony Yoka mais tous doivent s’exiler aux Etats-Unis pour se faire connaître ou avoir la chance de disputer de grands combats. Il faut aussi avoir la chance d’avoir une chaine télé pour assurer le succès de la réunion et samedi à Amiens, il n’y avait personne de ce côté.

Toujours les mêmes valeurs

Mais quel rapport me direz-vous, avec le cirque d’Amiens et la réunion de samedi ? Le fait que depuis un siècle, la boxe n’a pas changé sur le ring. Vous avez toujours en effet deux boxeurs amateurs ou professionnels, hommes ou femmes qui se respectent, se battent avec cœur pour vaincre l’adversaire et qui, dès le gong final, se congratulent.

Ces images nous les avons revues, non sans émotion, samedi alors que nous étions au bord du ring. L’endroit où l’impact des coups est ressenti beaucoup plus que si vous êtes perché là haut, dans les gradins. Certes, les gants ont un peu évolué car jadis, les coups étaient plus meurtriers et le mot n’est pas trop fort. Sinon, à cette époque, déjà on parlait de crochet, de direct et d’uppercut.

La boxe est éternelle, soulignait Jean Philippe Lustyk qui insistait néanmoins sur le fait qu’en ce qui concerne les poids lourds, aujourd’hui, ils mesurent au minimum plus de 2 mètres et pèsent plus de 100 kilos. Des géants de la boxe en quelque sorte. Jérôme Fouache a découvert un jeune boxeur qui dépasse le quintal et qui peut-être sera le champion amiénois de demain. D’autant qu’il a une histoire et nous y reviendrons. Sur le ring, rien n’a vraiment changé. Pour résister à son adversaire, le boxeur quel qu’il soit, doit être en bonne condition physique. On ne franchit pas les cordes du ring et on ne boxe pas si on n’est pas préparé physiquement. Là aussi, rien n’a changé. Pour être prêt, il faut beaucoup courir à l’entrainement, faire du shadow soit la boxe contre son ombre.

Dans le film consacré à Georges Carpentier voici un siècle, on constate que le grand champion français avait à son service toute une équipe, trois kinés, un médecin, un cuisinier etc. Sans oublier son manager qu’il a eu toute sa vie. Ce qui a changé c’est tout simplement l’environnement. Voici encore quelques dizaines d’années, la boxe était un sport avant tout. Elle l’est toujours mais pas tout ce qui précède le combat. À commencer par la pesée officielle qui se déroule la veille, mais surtout l’entrée des boxeurs sur le ring avec tout un jeu de lumières et de musique. Sans oublier le groupe musical, voire le chanteur qui se produit sur le ring avant le début de la réunion. Et puis, samedi, quel changement avec toutes les tables installées autour du ring. Les invités dégustaient leur coupe de champagne et s’apprêtaient à apprécier le repas que les premiers combattants prenaient place sur le ring.

Franchement, cela nous a fait tout drôle mais après tout, ce phénomène qui a pris naissance dans le football s’est aussi développé dans le cyclisme et bien d’autres disciplines. Sauf que pour la boxe, jamais les invités d’honneur tel par exemple Alain Gest président d’Amiens-Métropole n’avaient été aussi proches du spectacle car à ce niveau, on peut très bien utiliser ce mot.

Jérôme Fouache et ses amis ont donc réussi leur pari car le public avait répondu son appel. Le programme qui comportait des combats de débutants, d’amateurs et des  professionnels, nous a permis de nous plonger dans nos souvenirs.

Quand nous allions bavarder jadis avec un boxeur comme Jean Claude Lafarge, Jean Michel Loir, Cristo Sebire ou Antoine Fernandez le jour où il est devenu champion d’Europe, nous étions dans le même vestiaire exigu mais qui respire l’embrocation que samedi.

On vous l’avait déjà signalé, la boxe est vraiment éternelle surtout quand elle se pratique dans le cirque d’Amiens.


Lionel Herbet
Crédit photo : Kevin Devigne – Gazette Sports

Publié par Lionel Herbet

Journaliste historique du sport Picard et Amiénois. Lionel est la mémoire des plus grands exploits sportifs de la région.