OMNISPORTS : Étouvie Solidaire, retrouver du lien par le sport et la culture

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Ⓒ Gazette Sports

Ce samedi 1er mai, c’était le 3ème rendez-vous d’Étouvie Solidaire. Gazette Sports était présent. Retour sur un événement plus proche de la fête de quartier que du forum des associations.

Lorsque l’on arrive sur le parking du Gymnase Emile-Moiroud, qui sert d’entrée à l’événement, nous voyons d’abord quelques barnums puis, en s’avançant, des affichettes au nom des clubs présents disséminés sur les installations sportives jouxtant le gymnase. En bref, on pourrait tout à fait se croire à un forum des associations. Et pour être honnête, cette dimension est présente. On la retrouve notamment dans les présentations, tout au long de l’après-midi, des associations présentes au micro de Dimitri Durier.

Un moyen de rapprocher les clubs de potentiels futurs adhérents ?

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Aymeric Poumeyrol et l’APH était présent pour la première fois à Étouvie Solidaire

On le retrouve aussi dans la motivation de certains acteurs quant à leur venue. C’est notamment ce que nous explique Aymeric Poumeyrol, responsable de la filière jeune de l’Amiens Picardie Handball. Informé par Dimitri Durier, l’Amiens PH n’a pas hésité à rejoindre l’événement lors de cette 3ème édition. En effet, dans un contexte compliqué pour un sport de contact et d’intérieur et donc parmi les « plus impactés, […] on profite de ce type d’événement pour se faire connaître auprès de certaines personnes qui ne nous connaissaient pas forcément. […] Notre politique, c’est de promouvoir les jeunes, ça va totalement dans ce sens là aujourd’hui. » Le son de cloche est similaire du côté de Pascal Darguel, président de l’Amiens PFC qui se réjouit de cette dynamique, donnant même l’exemple d’« un jeune qui est venu samedi dernier avec ses parents qui ont pris des renseignements et qui est venu à son premier entraînement mercredi. »

Mohammed Oudji, à l’initiative de cette série d’événements débutée deux semaines plus tôt, reconnaît également cette dimension. Y ajoutant un aspect fondamental, la possibilité de rapprocher des clubs et certaines pratiques des publics éloignés du sport, citant notamment l’AMVB, l’APH, mais également l’ASTT et l’AUC Badminton, présents une semaine auparavant, et dont il estime qu’ils « ne seraient pas venue à Étouvie s’il n’y avait pas eu Étouvie Solidaire. » Car si l’initiative a plusieurs origines, le dirigeant de l’Amiens SC Boxe Française nous explique qu’elle « est née d’une observation sur le quartier Étouvie qu’il n’y a pas grand chose de fait en direction des populations éloignées des activités sportives et culturelles. »

Se remettre au sport, tout simplement

On retrouve aussi au rang de ce qui a poussé à la création de ces rendez-vous et à l’importance accordée au sport dans ces événements l’implication constante de Mohammed Oudji, depuis « près de 40 ans dans le domaine du sport », et à la réponse positive de « tous [s]es amis. » Une implication qui, au sein de l’Amiens SC Boxe Française, dont les activités sont à l’arrêt, lui a fait vivre l’expérience de « parents m’appellant régulièrement pour me dire « Mohammed, aide moi, mon enfant a envie de faire du sport » » expliquant avoir aussi « eu envie de le faire pour eux. »

Une importance de relancer l’activité sportive qu’a également ressentie Pascal Darguel au sein de son club expliquant que « les seniors comme les jeunes sont pressés que l’activité reprenne d’une façon normale. » Et qu’il partage, estimant que, même du point de vue de la santé, c’est important d’avoir pu proposer de nouveau une activité sportive : « On a longtemps été chez nous et le fait de pouvoir ressortir à nouveau, refaire du sport à nouveau, ne peut que faire du bien à tout le monde. Le sport, c’est la santé. Le fait de pouvoir prendre l’air et jouer, ça redonne un peu d’entrain. »

Un événement festif

Si l’aspect sportif était donc bien visible, avec plusieurs ateliers encadrés par les membres des structures invitées, telle Saliha Rarbi pour l’Amiens UC, cela restait également un moment festif. Au-delà du mélange entre sport et culture, avec la présence de DJ Jos, des jeux de Carava’Lud et du Centre social et culturel Alco et de l’atelier de graph de l’association Samuraï, les activités sportives étaient elles aussi pensées en ce sens.

C’est notamment ce que souligne pour nous Pascal Darguel. En effet, s’il était de toute façon impossible d’organiser un vrai match de football du fait des restrictions sanitaires et de l’espace alloué, et si les pratiques proposées, alternativement, d’une semaine à l’autre, le fit-foot et le tennis-ballon, permettent « d’avoir un nouveau public », le président de l’Amiens PFC a pris en compte la « dynamique fête de quartier. Du foot pour du foot, ça ne plaît pas spécialement à tout le monde. Par contre, si on met en place des petits ateliers, ça attire du monde et tout le monde trouve sa place. […] Tout le monde s’y retrouve en fonction de son activité sportive. On va avoir cette notion de prendre du plaisir, d’essayer. On n’est pas ici dans la compétition mais dans la découverte. »

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Mohammed Oudji (au centre), à l’initiative d’Étouvie Solidaire

Un point de vue que partage Mohammed Oudji pour qui Étouvie Solidaire, « c’est comme un village, une fête de village à travers le sport et la culture. » Ce côté festif et orienté vers le plaisir, c’est aussi un aspect qui a motivé Rudy Dufossé, président de la MABB, club de basket majoritairement tourné vers la pratique féminine et basé à Étouvie, quant à la présence de son club. Ainsi, « il s’agit de passer un bon moment. On n’est très honnêtement pas là pour leur faire faire du basket de compétition ou leur apprendre à jouer, on est là pour qu’elles se retrouvent, s’amusent et que ce ras-le-bol général qu’on sent n’atteigne pas les enfants. »

Un lieu de vie sociale

Mais pour Rudy Dufossé, c’est aussi bien plus que cela. « La priorité pour nous, c’est la reprise du lien social plus que la reprise du sport en lui-même » insiste-t-il évoquant « de jeunes filles, qui se connaissent depuis qu’elles ont 6 ans et qui ne se voient plus. » Mais si le contexte actuel renforce cette importance, le président de la MABB souligne qu’y travailler « est très important, le sport peut être fédérateur. » « On a une formation très stricte mais notre objectif reste social, nous explique-t-il ainsi. On est aussi fiers d’une gamine qui va réussir à l’école qu’une gamine qui va réussir sportivement. C’est vraiment notre axe et notre leitmotiv. » Une philosophie qui rend la présence de la MABB à Étouvie Solidaire « plus que légitime et plus que nécessaire. »

Car c’est en effet une philosophie partagée par Mohammed Oudji : « J’ai toujours réussi à concilier le sport et le social. Je considère que le sport et le social, ça va ensemble. Là, on a fait encore mieux avec le sport, le social et la culture. Et ça fonctionne ! » Ce point de vue est alimenté également par l’idée que « si on est là à œuvrer pour faire en sorte que nos jeunes puissent avoir une activité et une animation, ce sont tous ceux-là qu’on ne verra pas traîner les rues et faire de futurs délinquants. » Rudy Dufossé ne dit pas autre chose : « Pour moi, les quartiers dits populaires, sont vraiment une richesse mais il ne faut pas qu’elle bascule et que ces événements-là fassent en sorte que ces enfants se retrouvent, qu’on puisse leur parler. » Car l’aspect social de ces acteurs du sport ne tient pas qu’en ce lien qu’il permet de créer ou de conserver mais aussi, de façon très concrète en « des programmes d’aide au devoir, plusieurs choses que l’on met en place. » Cet événement est donc aussi « l’occasion de reprendre contact avec eux, de savoir comment ça se passe. »

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Étouvie Solidaire, ce n’est pas que du sport, et le jeu était bien présent grâce à l’association Carava’Lud

Encore des rendez-vous à venir

« Ça a l’air d’un grand rassemblement sportif mais pour moi, c’est avant tout un grand rassemblement social où l’on va se retrouver » conclue ainsi Rudy Dufossé. Un grand événement où l’on va continuer à se retrouver, puisque Étouvie Solidaire se poursuit encore pour 4 rendez-vous, « jusqu’à fin mai », comme nous le précise Mohammed Oudji, avec à chaque fois, « de nouvelles activités, de nouveaux projets, de nouveaux thèmes. »

« C’est beaucoup de travail pour nous, reconnaît-il d’ailleurs. Parce que c’est toutes les semaines et qu’il n’y a que des bénévoles, mais on ne lâche pas. Si vite arrêté, le lundi, on reprend l’opération, à rappeler les associations. » Car avec un bilan « positif » et un public bien présent, Mohammed Oudji est tout simplement « heureux ». Et vu le succès, on ne peut pas douter qu’il ne soit pas le seul.


Morgan Chaumier

Crédit photos : Reynald Valleron – Gazettesports