BOXE ANGLAISE – Bouziane Oudji : « Pas le genre de la maison d’abandonner »

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Ⓒ Gazette Sports

Une dizaine de jours après la défaite de son poulain, Sabri Sediri, lors du premier round de son combat pour la ceinture nationale des poids légers, Bouziane Oudji nous a accordé un entretien pour évoquer cette grande déception et se projeter sur la suite.

Comment allez-vous plus d’une semaine après le combat ?

On a digéré un petit peu même si c’est très très dur. Mais ça nous renforce dans l’idée qu’il faut multiplier les efforts, multiplier les entraînements, et que l’on a toujours à travailler, quand bien même on pense avoir le niveau et mériter sa place. Il faut toujours : travailler, travailler et travailler.

Même à froid la déception reste très grande ?

C’est une grosse déception, parce que collectivement, même si ça reste un sport individuel, on n’a pas réussi à ramener la ceinture. Donc forcément il y a un constat d’échec, et quand il y a un constat d’échec, forcément il y a des responsabilités à prendre, que ça soit Sabri, que ça soit moi. On a failli pour la première tentative, donc on s’est promis de continuer et de mieux faire les choses pour pouvoir ramener enfin la ceinture sur Amiens.

On a été cueilli à froid c’est comme ça, c’est la loi de la boxe

Le scénario du combat (ndlr : défaite au premier round) rend les choses plus compliquées à digérer après ces mois de travail ?

Contrairement à ce que les gens pourraient penser, en fait c’est tout l’inverse. C’est que l’on n’a pas eu l’occasion de démontrer tout le travail que l’on a accompli et que l’on avait réellement le niveau. On a été éteint d’entrée et on n’a pas eu le temps d’exprimer ce que l’on avait travaillé durant toute cette année. On a été cueilli à froid c’est comme ça, c’est la loi de la boxe.
J’aurais plus été déçu si on avait été dominé pendant les dix rounds. Si on avait été dominés ainsi, ça aurait voulu dire que l’on n’avait pas le niveau, qu’il fallait tout remettre en question, mais ce n’est pas le cas. On s’est posé les bonnes questions, histoire de se remotiver et se dire qu’il reste du travail à accomplir car on a quand même perdu, mais on est dans le vrai. Parce que je sais que Sabri la ramènera la ceinture, c’est une certitude. Mentalement et psychologiquement je ne le lâcherai pas, jusqu’à ce que qu’on ramène cette ceinture.

D’un point de vue technique, tu estimes qu’il y a eu des erreurs ?

C’est l’uppercut qui a fait mal, alors l’erreur a peut être été de rester un petit peu trop dans l’axe alors qu’on l’avait travaillé. Mais c’est la boxe, tu oublies une demi-seconde ce que tu dois faire, et à ce niveau-là, tu le payes cash. On ne devait pas rester dans l’axe, on est resté une seconde trop tard dans l’axe et on a été touché, et dans ces cas-là, tu ne peux pas t’en remettre.

Et pour toi, y-a-t-il une remise en question en tant que coach ?

Forcément, dans la tête il y a plein de choses qui disent que si on n’a pas existé dans le combat c’est qu’il y a des choses que l’on a mal faites. Ce que l’on a mal fait, ce sont des choses en général, pas un truc en particulier. En général, ça a été très compliqué cette année Covid, ce n’est pas une excuse mais malheureusement ça en fait partie. Nos conditions de travail n’ont pas forcément été toutes réunies durant la préparation même si on sait que la ville d’Amiens travaille pour notre situation aujourd’hui. Le club (ndlr : Amiens Boxe Ambitions) existe depuis deux ans et demi maintenant et on travaille toujours avec rien du tout, on ne fait que bricoler. On a réussi, avec Sabri, à atteindre le haut niveau avec du bricolage, mais comme je l’ai expliqué à la ville d’Amiens, aujourd’hui on veut s’inscrire dans le top niveau et pour cela il faut des moyens : humains, financiers, matériels, à travers une salle de boxe, des locaux. Par exemple on a repris l’entrainement ce matin, et on est obligé de reprendre dehors car on n’a toujours pas de locaux. On est très content d’Amiens métropole, de la manière dont ils ont aidé Sabri, et maintenant il faut vraiment qu’il y ait un petit plus.

Ce combat de boxe, il n’y a aucune récompense financière et par dessus le marché tu perds le combat, c’est désastreux

Comment va Sabri, comme l’as-tu retrouvé ce matin ?

Au plus bas, c’est très très dur. Quand bien même on peut imaginer combien c’est dur, il n’y a jamais personne qui peut être à sa place. Avoir investi autant de temps, autant d’années dans la préparation, sans rien toucher en retour… Parce que c’est un effort et des sacrifices qu’il a fait en laissant sa vie professionnelle de côté pour se consacrer à la boxe. Ce combat de boxe, il n’y a aucune récompense financière et par dessus le marché tu perds le combat, c’est désastreux. Mais comme on s’est dit, on est des combattants, des guerriers, et ce n’est pas le genre de la maison d’abandonner et de rester sur un échec. Ce n’est pas le premier échec qu’il subit, malheureusement, mais j’espère que ce sera le dernier. En tout cas on va se donner les moyens de ramener cette ceinture et ne plus jamais revivre un tel échec.

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Après une semaine de repos, Sabri Sediri et son coach ont repris le chemin de l’entraînement

Avez-vous déjà évoqué la suite ?

Je voudrais avec l’accord, le concours et l’aide d’Amiens métropole, organiser un gala en juin au cirque municipal où Sabri pourrait faire sa rentrée. Histoire de le remettre dans le bain, le faire remonter dans les classements, histoire d’avoir une autre chance nationale, en novembre-décembre. Pour ça il faut des moyens, il faut que l’on soit tous ensemble pour aider Sabri, pour retourner le plus vite possible à la conquête de ce titre. En sachant que ce Gala ce serait aussi pour nous l’occasion de lancer dans le grand bain, Théone Adenet Louvet, champion du monde de boxe française et qui décide de se consacrer exclusivement à l’anglaise.



Propos recueillis par Quentin Ducrocq

Crédit photo Eve Gourdain Gazettesports.fr