EDITO : Le racisme dans le football, Prince Gouano l’a connu

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Depuis mardi soir, toutes les chaines de télé multiplient leurs commentaires sur l’arrêt de la rencontre qui opposait le Paris SG aux Turcs de Basaksehir d’Istanbul. C’est évidemment grave et pour la première fois, les joueurs des deux équipes ont décidé de rentrer aux vestiaires. 

Nous ne pouvons qu’applaudir cette initiative. Et du coup,  on évoque le racisme, ce fléau qui gangrène le sport mais il n’est pas le seul car ce matin, un nouveau cas de viol dans le patinage artistique a été dévoilé. Ce qui s’est passé mardi soir au Parc des Princes est grave, très grave même.
Il a soulevé la colère et parfois même de personnalités politiques qui étaient restées bien silencieuses ces derniers temps quand se produisaient le même cas de figure. Alors, nous allons leur rafraîchir la mémoire et rappeler qu’à cette époque, pas si lointaine du reste, aucune suite n’avait été vraiment donnée et notamment sur le plan judiciaire.

Contentons nous de donner deux exemples dont un qui intéresse l’Amiens SC. En avril 2019, l’ASC joue à Dijon. Dans les tribunes, un abruti insulte le capitaine de l’ASC Prince Gouano et lui lance des cris de singe. L’arbitre arrête momentanément le match qui reprend et ira à son terme. La Ligue professionnelle de football inflige au club de Dijon un point de pénalité mais avec sursis mais nous restons abasourdis au plan pénal. La Justice ne met pas en examen le pseudo-supporter de Dijon qui  n’est désigné qu’en témoin assisté. Incompréhensible.

La même période, un commentateur de télévision, ancien international Daniel Bravo se lâche dans un commentaire à connotation raciste lors du match Reims-Strasbourg : « Ce joueur a de bonnes statistiques. C’est pas mal pour un noir. » Que nous ne sachions, ce genre de propos est aussi grave que celui de l’arbitre roumain mardi soir. C’est une insulte mais le joueur Da Costa se montre magnanime et il pardonne Daniel Bravo qui s’était excusé. On constate qu’en moins de deux ans, les mentalités ont beaucoup évolué et c’est tant mieux.

Depuis plus de cent ans, le racisme gangrène le sport

Le racisme a toujours existé. Depuis que le sport existe, le racisme a toujours existé et parfois à des degrés bien supérieurs à ceux de mardi soir. Rappelons nous aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936, il n’était pas bon d’être athlète de couleur. Jesse Owens avait pourtant défié Hitler en emportant quatre médailles d’or. Rappelons nous encore les Jeux de Mexico en 1968 avec ces deux médaillés américains qui brandissent haut leur main droite gantée de noir et ce afin de protester contre le racisme. Et puis Cassius Clay qui allait changer de nom ne voulut pas aller faire la guerre au Vietnam. Sans oublier cet immense champion de boxe poids lourd Jack Johnson. Il était de couleur et il s’était marié avec une femme blanche. Un crime pour la population américaine.

La presse a aussi beaucoup évolué puisque par exemple au début du siècle dernier, les journalistes français utilisaient le mot « nègre » pour désigner un sportif qu’il soit français ou étranger. Et puis, un dernier exemple avec celui de la boxe chez les  poids lourds au début du siècle. Quand on remonte dans le temps et qu’on consulte les journaux sportifs de l’époque, on constate que le langage a beaucoup évolué. Notamment au sujet de l’origine des champions. C’est ainsi qu’au début des années 1900 et bien au-delà, un athlète de couleur était tout simplement un… nègre. Aujourd’hui cette appellation est irrespectueuse, raciste tout simplement.

Le mot nègre était surtout utilisé dans le monde de la boxe dont nous rappelons aujourd’hui qu’elle a fait son apparition en Angleterre en 1719 avec le premier champion du monde des poids lourds et qui s’appelait James Figg. Celui-ci avait rendu la boxe populaire dans ce qu’on appelle la haute société anglaise. En 1889, Sullivan considéré comme le premier champion de l’ère moderne, n’a jamais voulu se mesurer à un boxeur noir. A cette période, Peter Jackson boxeur de couleur qui sera invaincu de 1884 à 1898, est un adversaire potentiel très dangereux.  Mais il est noir et Sullivan ne veut pas en entendre parler.   Un peu plus tard, la catégorie des poids lourds est dominée par Jack Johnson.

Un noir champion du monde, quasiment imbattable de surcroit, cela ne plait pas à la… race blanche et notamment au syndicat occulte des boxeurs de race blanche (mais oui). Celui-ci a tout fait  pour que soit destitué Jack Johnson. Jack Johnson était quasiment imbattable et les boxeurs blancs ne se pressaient pas pour le rencontrer. Un fut contraint de le rencontrer : le Canadien Burns.
Celui-ci obtint que le combat ait lieu en Australie en 1908 à Sydney. Mais Johnson était trop fort et l’emporta en 14 reprises. De fait, c’est la police qui vint arrêter le combat en voulant éviter que le boxeur blanc ne prenne une belle raclée.

Jack Johnson était certes un immense champion mais trop arrogant. Il aimait parader et faire le beau mais cela ne plaisait pas à la race blanche ; mieux, Jack Johnson aimait les femmes… blanches. Quel culot ! La suite fut moins glorieuse puisqu’il fut poursuivi par la police. Il se retrouva en prison,  dut partir incognito en France et surtout, il a perdu l’argent qu’il avait gagné sur les rings. 
Dans le papier qui lui est consacré, dans le Miroir des Sports de juin 1921, le journaliste conclut : « C’est la première fois qu’un nègre a été champion du monde de boxe. Mais il a payé cher sa royauté. Elle montre à quel point la haine de l’homme de race noire est tenace aux Etats Unis.« 

En 1921, le tenant du titre des lourds est Jack Dempsey qui a battu l’année précédente le Français Georges Carpentier. Dempsey a juré que jamais il ne rencontrerait un boxeur nègre. D’où cette conclusion du journaliste : « Il faut donc s’attendre à ce qu’un jour, il y ait deux champions du monde : un blanc et un noir. Et si la race jaune vient à s’en mêler ? »



Lionel HERBET

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Publié par Lionel Herbet

Journaliste historique du sport Picard et Amiénois. Lionel est la mémoire des plus grands exploits sportifs de la région.