FOOT US – Wilfried Pene : « Dès ma deuxième année de Pôle, mon objectif c’était les US » (2/2)

Ⓒ Gazette Sports

Après nous avoir parlé de ses premiers pas dans le monde du football américain, Wilfried Pene nous raconte son départ pour les écoles américaines et son intégration chez l’Oncle Sam, terre de la discipline.

Comment parvient-on jusqu’aux États-Unis ? Est-ce que c’est à toi de te « créer un réseau » seul ?

C’est ça. Il faut que tu te fasses un highlight, c’est-à-dire une combinaison de tes meilleures vidéos, tes meilleures actions pendant les matchs. C’est à toi de travailler sur le montage et l’assemblage de toute ces vidéos puis tu envoies tout ça à des coaches : soit ils vont kiffer et te répondre, soit ils ne vont pas kiffer et donc, ne pas te répondre. Ils peuvent même kiffer mais ne pas te répondre parce que tu es Français et ils ne connaissent pas forcément le niveau. Avec moi ils ont un peu fait ça à l’aveugle, ils avaient vu que j’avais un bon physique avec mon mètre 93 et mes 110 kilos : c’est un bon physique pour un Français, mais aux États-Unis c’est presque normal ; on peut dire que c’est grand, mais pas impressionnant.
Mais ça reste ton rôle de devoir contacter les coaches. Une fois en high school tu es un peu plus aidé par tes coaches qui vont en appeler d’autres en disant “j’ai tel joueur qui pourrait peut-être t’intéresser”. Mais ça reste ta responsabilité de bien jouer pour avoir de bonnes vidéos qui vont te permettre de les envoyer à des coaches qui vont ensuite te contacter 

Après avoir débuté, dirais-tu que ton parcours s’est enchainé rapidement ?

J’ai fait mes deux premières années en tant que cadet sur Tours : la première année j’étais cadet simple, mais la suivante j’étais déjà « cadet surclassé junior » donc même si je jouais avec les cadets de temps en temps, je jouais principalement avec les juniors. Ce surclassement m’a permis de participer aux détections pour l’équipe de France où j’ai été pris dès ma deuxième année de jeu. Ça m’a aussi permis d’accéder à la coupe d’Europe 2017 où l’on avait terminé vice-champions. J’ai fait deux années de Pôle en étant double surclassé senior, de par mon niveau et le fait que j’ai joué en équipe de France. J’ai donc également joué avec l’équipe senior des Spartiates d’Amiens l’année où on a pu monter en Élite, en 2018. 

Après cette année-là, j’ai eu l’opportunité d’avoir un contact aux États-Unis qui m’a fait venir pour montrer ce que je donnais sur le terrain. Ce qu’ils ont vu leur a plu, alors ils m’ont donné ma chance de jouer là-bas et maintenant après deux ans à STM j’ai eu la chance de recevoir une offre de Virginia Tech : l’équipe joue en Division 1 du Power 5, c’est-à-dire qu’elle fait partie des meilleures conférences américaines.

Quand tu as commencé, étais-tu déjà dans l’optique de vouloir partir outre-Atlantique ? 

Mes premiers coaches de Tours m’avaient mis en position de running back et on me disait toujours de regarder un maximum de vidéos d’un joueur Américain particulièrement, Derrick Henry (ndlr : running back chez les Titans du Tennessee). Et à force de regarder ce joueur en action, je me suis dit que moi aussi j’aimerais jouer aux États-Unis un jour. On va dire que c’était un rêve oui, mais pas forcément un réel objectif de partir pour essayer de jouer en NFL. C’est après que je sois arrivé au Pôle, en entendant certains joueurs parler et dire “moi je veux partir au Canada” mais moi le Canada ça ne me plaisait pas trop, je visais un peu plus haut. En les entendant parler je me disais “moi, il faut que je parte aux États-Unis”. Et dès ma deuxième année de Pôle, mon objectif c’était de pouvoir partir aux US. 

Comment s’est passé le transfert et l’adaptation d’un pays et sa culture à l’autre ?

J’avais déjà quitté ma ville d’origine vers 16 ans pour intégrer le Pôle d’Amiens et je ne rentrais pas non plus tous les jours à Tours. Donc ça m’avait déjà un peu habitué à être longtemps loin de chez moi et à faire des sacrifices pour le foot. Dès que je suis arrivé aux États-Unis, à part la barrière de la langue parce que je ne parlais pas trop anglais, ça s’est bien passé.

Quel rôle joue donc la famille dans ce type de sacrifice ?

Si ça n’avait pas été moi qui prenait l’initiative de partir, ma mère n’aurait pas été spécialement pour mon départ. Mais j’ai un très fort caractère et en général quand je veux quelque chose, j’essaye de l’obtenir en faisant tout ce qui est possible. Elle savait que j’aimais beaucoup ce sport parce qu’avant ça, j’en avais pratiqué d’autres, mais jamais plus de deux voire trois ans, et c’était différent pour le foot US. Ça faisait déjà quatre ans que je jouais donc elle a vu qu’il y avait une différence entre ce sport et les autres et elle aussi a fait les sacrifices nécessaires pour que je continue là-dedans. Mais s’il n’y avait pas eu ce petit soutien de la part de ma mère et mes amis, ça aurait sûrement été compliqué au début. 

Comme on dit, il vaut mieux essayer et échouer, plutôt que de ne rien faire et avoir des regrets.

Wilfried Pene

Une fois sur place, est-ce qu’il y a des moments de doute qui viennent s’installer de temps à autre ? 

Au début oui, on doute de temps en temps. On se dit que c’est dur parce que tu vois tous tes amis s’amuser quand tu vas sur les réseaux, tu vois qu’ils sont en boite ou à des anniversaires pendant que toi tu es là, dans ta chambre sans pouvoir être avec eux. Tu ne profites pas comme eux, tu dois faire certains sacrifices pour obtenir ce que tu veux. Certes quelques fois ça met un petit coup au moral parce que tu te dis “trop de sacrifices pour ce sport”, quand tu échoues un peu à un entrainement tu repenses à tout ça et tu demandes pourquoi tu es là pendant que tes potes vivent leur meilleure vie entre eux. Mais après quand tu penses à tous les sacrifices qui ont été faits jusque-là, tu te dis “autant continuer maintenant que tu es lancé” parce que sinon ils auront été faits pour rien. Comme on dit, il vaut mieux essayer et échouer, plutôt que de ne rien faire et avoir des regrets.

Tu disais vouloir montrer que les Français aussi sont bons au foot US. Est-ce qu’en arrivant tu t’es rendu compte immédiatement des différences entre les deux cultures ? 

Oui, que ce soit au niveau des coaches ou des joueurs, on voit vraiment un écart. Le coaching staff français par exemple agit différemment de celui qu’on trouve ici : c’est bien plus rythmé, ils s’y connaissent bien mieux. En France on a des coaches qui s’y connaissent vraiment bien, mais aux États-Unis c’est encore autre chose ; c’est un peu comme les Français avec le soccer, on s’y connait bien mieux qu’eux parce qu’on y joue depuis tout petit, c’est la même chose chez eux avec le foot. Ça se voit même au niveau des joueurs, certains ont déjà le même niveau que les meilleurs coaches français, ils sont vraiment à niveau supérieur que ce soit en termes de stratégies et d’équipements par exemple. Ils sont vraiment très bons parce que beaucoup commencent dès l’âge de six ans, ils ont cette culture du foot.

Qu’est-ce qui t’a le plus marqué dans toutes ces différences ?

Le truc qui m’a le plus choqué c’est leur vitesse de jeu, c’est très vif et rapide, la mise en place du jeu se fait vite : en France on fait des huddles, c’est-à-dire que l’on se regroupe, on attend que le quarterback ait le jeu, nous l’annonce et ensuite on se met en place. Aux États-Unis, c’est complètement différent puisque tous les joueurs sont sur le terrain et regarde la touche : le coach fait alors des signes que tu dois connaitre et on met en place le jeu. Ça va très vite, c’est ce qu’on appelle du « no huddle » et ils jouent beaucoup avec ça. Les joueurs sont très disciplinés dans ce qu’ils font, ils ne vont pas chercher à faire plus que ce qu’on leur demande contrairement à ce qu’on peut voir en France et c’est vraiment ce qui m’a le plus choqué quand je suis arrivé. 
Il y a aussi beaucoup plus d’heures d’entrainement ici : en France on a deux-trois séances par semaines tandis qu’aux États-Unis on en a cinq jours sur sept. 

Tu as donc déjà été frappé par les différences aux entrainements, mais qu’en est-il des matchs ?

C’est pas du tout pareil, ça ressemble vraiment au soccer chez nous : en France parfois les parents viennent voir leurs enfants jouer, parfois non. Ici, dès qu’il y a un match de foot, tout le monde est au courant ! Que ce soit les parents, les amis des parents… tout le monde vient ! C’est vraiment autre chose en termes d’ambiance, jouer dans un grand club en France ça équivaut à jouer en high school niveau ambiance. Une fois que tu rentres à l’université, c’est comme si tu jouais au PSG : le stadium de Virginia Tech par exemple fait plus de 66.000 personnes. Les fans aussi sont complètement fous, les parents sont vraiment à fond derrière l’équipe de leur enfant. C’est vraiment un autre univers. 

On entend souvent parler « d’étudiant-athlète » lors des testing days, comment tu t’en sors pour conjuguer les deux ?

Ce qui est bien aux États-Unis c’est qu’ils sont plus adaptés qu’en France pour les sportifs, et c’est aussi l’une des raisons pour lesquelles j’ai choisi de partir. Même en étant sportif de haut niveau en France, on n’a pas un emploi du temps si bien aménagé que ça : on peut avoir des cours de 8h à 18h alors qu’aux États-Unis en high school je commençais vers 8h aussi, mais je finissais à 14h30 en général. Ça permettait d’être concentré sur les études le matin et d’avoir l’après-midi consacré au sport ! Et puis dans tous les cas le sport ne durait jamais cinq heures donc on avait aussi le temps de faire nos devoirs après. 
En université ça sera pareil avec deux-trois classes par jour, ce qui permet d’avoir pas mal de temps libre pour pouvoir aller à la salle, s’entrainer et faire ses devoirs le soir.

Un message à faire passer aux jeunes qui sont actuellement au Pôle ou qui souhaiteraient vivre de leur passion plus tard ? 

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Je dirais qu’il faut savoir faire des sacrifices pour ce que l’on veut sinon ce que l’on veut deviendra le sacrifice. Même si tu aimes sortir, essaye de ne plus sortir, essaye de te donner vraiment à fond dans ce sport ; va à la salle même si tu n’aimes pas ça parce que tu en as besoin. On n’a rien sans rien, j’ai travaillé dur pour en arriver là : j’ai fait des sacrifices pour mon rêve et maintenant mon rêve se met en place.  




Propos recueillis par Océane KRONEK

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