ATHLÉTISME : L’Amiens UC vise le top 5 aux Interclubs

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Chaque année, deux dimanches de mai sont consacrés aux deux tours Interclubs. Compétition traditionnelle en athlétisme, elle réunit un grand nombre d’athlètes qu’ils soient lanceurs, sauteurs, coureurs ou marcheurs. La performance de chacun sera associée à un nombre de points dans une table de référencement et participera à un total du club. C’est ce total qui déterminera les changements de divisions entre les clubs.

Nous avons rencontré Bruno Dilly, président de l’Amiens Université Club ainsi que Christophe Guibon, directeur technique et responsable du haut-niveau. Les deux hommes ont travaillé ensemble dans l’élaboration des équipes pour ces deux compétitions déterminantes. Les amiénois qui étaient montés sur la troisième marche du podium national en 2016, ont battu leur meilleur total la saison dernière remontant par la même occasion en Elite A (64 131 points). Ils seront donc cette année encore dans la lutte face aux meilleurs clubs français.

En comparaison aux sports collectifs, les Interclubs sont une échéance où l’on  joue des montées et descentes de divisions et aussi un moment où un sport qui est individuel toute l’année devient collectif l’espace de deux journées. Quelle est votre vision de ces Interclubs ?

BD : Il y a aussi un enjeu financier. Le résultat aux interclubs détermine une grande partie de nos subventions donc tout ce qui va avec, le fonctionnement du club, l’ensemble des services que l’on peut rendre, les trois salariés qui sont ici. C’est aussi un moment particulier, c’est un sport collectif pas seulement par l’addition de points mais aussi dans une ambiance qui soude un club et qui le lance sur une saison avec un point de repère collectif.

Cela reste dans les mémoires et constitue un moment important. Tous les clubs y sont attachés en France et depuis de nombreuses années. Cela rapporte de l’argent mais cela en coûte aussi . Quand on se déplace (ce ne sera pas le cas cette année) avec une équipe de 70 à 80 personnes sur un week-end complet c’est coûteux.

L’an dernier, Franck Tepe mettait l’ambiance, tambour battant

CG : Les Interclubs c’est parfois compliqué sportivement parce que c’est tôt dans l’année. C’est pour tous les clubs la même chose mais cela cause quand même beaucoup de problèmes surtout lorsque ce sont des athlètes de bon niveau. Certains sortent de stage. Courir des compétitions tout début mai c’est parfois difficile. Il faut les motiver. Ce n’est pas toujours évident à gérer sportivement.

Le premier tour sera ici à Amiens, sur une piste toute neuve, avec j’imagine un public local plus fourni. En quoi cela peut représenter un tremplin pour la journée ?

BD : Cela va être une grande première. Jusqu’à présent nos installations ne nous permettaient pas d’accueillir un Interclubs de ce niveau. Cela peut présenter des avantages mais cela présente aussi des inconvénients d’organiser. On double la charge. Constituer les équipes c’est déjà un vrai casse-tête. Quand on n’a pas à se soucier en plus de l’organisation c’est un moindre mal. Cumuler les deux c’est compliqué, nous ne sommes pas rodés. Il y aura douze clubs, on n’a pas de grandes tribunes, le stade est petit, le parking aussi.

On nous attend, on va être notés, surveillés

Le président de l’AUC craint le « cadeau empoisonné » mais espère un top 5 lors de la finale du second tour

L’intérêt d’organiser chez nous c’est surtout de limiter les frais des déplacements. Par contre on ne sait pas trop comment cela va se passer. On arrive à créer de l’ambiance avec un déplacement en bus, ensemble. Là il y a le risque que chacun arrive pour son épreuve. On est dans l’interrogation. Il va falloir trouver encore plus de bénévoles pour que cela se passe bien. On nous attend, on va être notés, surveillés. J’espère que ce ne sera pas un cadeau empoisonné. Le plus important pour nous sera le deuxième tour. Les résultats du premier tour sont moins importants avec la suppression des bonus de la part de la fédération.

CG : On s’arrache un peu les cheveux pour récupérer des bénévoles. Pour faire tourner une buvette il faut du monde. On attend 800 à 1000 personnes. On a fait appel à Amiens Métropole avec le dispositif « Pass’ ton Permis ». Des bénévoles viennent dans des associations faire des heures et la métropole leur paye leur permis. On va essayer d’avoir plus de forces vives.

C’est j’imagine une mise en place très en amont pour ce genre d’événement. Vous y réfléchissez depuis quand ?

CG : Depuis le mois de janvier on est sur les équipes. On voit comment se passe la saison indoor. Au mois de mars on voit avec les entraîneurs pour les compositions d’équipes. On a le droit à douze mutés ou étrangers ce qui joue aussi dans le calcul. En ce moment ça bouge tous les jours.

Christophe Guibon doit gérer les changements de dernière minute inhérents à la compétition.

BD : Moi je dirais même que les Interclubs 2020 se préparent dès le lendemain du deuxième tour 2019. On y pense déjà, on voit les points forts, les points faibles. Il y a aussi les mouvements d’athlètes. Cela revient souvent dans les discussions au fil de l’année. Sportivement on démarre au mois de janvier en collaboration avec les entraîneurs. On fait des réunions. La mixité (mise en place en 2006) fédère encore davantage.

Maintenant concrètement comment cela se présente pour l’équipe première ? 64 131 points, le record de points établi l’an dernier est-il améliorable ? 

CG : C’est pour l’instant plutôt bien sur ce premier tour. On va tester les athlètes, voir comment ils répondent. On ne peut pas séparer les deux tours. Tous les jours on a des plus ou moins bonnes nouvelles. Je pense qu’on a une grosse équipe, encore meilleure que l’année dernière. C’était déjà bien, on s’est renforcé, tous les athlètes de 2018 sont là ou presque et certains sont venus renforcer l’équipe. Notre second tour devrait même être meilleur.

William Aubatin et Nadine Broersen ici lors du Meeting de Hauteur de cet hiver, devraient faire partie des grosses côtes.

Ce sera un avantage pour nous d’être à Villeneuve d’Ascq. Un gros déplacement aurait été fatiguant. Les équipes qui sont loin ont le désavantage de ce déplacement lointain. On avait fait troisième il y a trois ans là-bas, c’est un endroit qui nous réussit. Aujourd’hui, sur le papier on a une équipe largement au dessus du total de l’an dernier.

L’objectif c’est le top 5

BD : Cela aurait été la même équipe il y a deux ou trois ans, on aurait dit que l’on allait jouer le podium. Cette année c’est plus compliqué puisque le SCO Sainte Marguerite va aller titiller l’Entente Franconville Césame Val d’Oise et le Club Athlétique de Montreuil 93. L’objectif c’est le top 5. Il y a aussi Lille, Clermont-Ferrand avec qui nous devrons lutter. Le podium sera compliqué, il faudrait qu’il y ait des catastrophes et que nous nous soyons parfaits.

A la lecture de l’équipe engagée, on voit trois groupes : des élites avec des sélections ou qui s’en approchent, un grand collectif de jeunes et un troisième plus petit groupe de seniors voire vétérans plus aguerris. 

C’est ce mélange qui fait notre force

CG : C’est cela depuis quelques années. On n’a pas les moyens financiers d’avoir uniquement des athlètes de haut-niveau. On en a quelques-uns et on essaye depuis quelques années que certains soient capables de faire plusieurs épreuves. A coté de cela on a des jeunes qui rentrent de plus en plus. C’est notre seul moyen de lutter. Il y a toujours des seniors qui font de la résistance. C’est ce mélange qui fait notre force.

L’accolade entre l’expérimenté Benjamin Pires et le jeune Antoine Lebecque associés sur 1500 mètres l’an dernier témoigne de ce mélange performant.

BD : C’est une des particularités des Interclubs. C’est un brassage de genre, de niveau mais d’âge aussi. Il faut que la mayonnaise prenne et c’est ça qui est bien. Dans d’autres pays c’est beaucoup plus réduit. Un lanceur peut faire trois lancers, c’est axé sur les têtes d’affiche du club.

CG : Des jeunes vont courir avec Pierre-Ambroise Bosse (ndlr : champion du monde du 800 mètres en 2017 et lillois). Avec la rentrée d’Hamid Oualich au second tour il restera une place. Ils savent que peut-être ils vont courir avec Pierre-Ambroise, ils vont se battre (rires).

Fort de ses 900 licenciés, le club aligne également une belle équipe B. C’est important de considérer tout le monde avec une équipe réserve qui monte d’année en année ? 

CG : On y tient vraiment. On entend dire qu’on fait tout pour la A. Certains ne comprennent pas que la A et la B sont liées. Des interversions peuvent se faire rapidement. Certains clubs n’ont qu’une équipe à gérer. Tous les ans son niveau monte, c’est une équipe de Nationale 2 maintenant. Sur certaines épreuves où l’on a du mal à trouver quelqu’un sur la A ça peut être compliqué. Sur le 110m haies par exemple on a deux coureurs, c’est compliqué d’en trouver dans la B. Elle sera cette année plus complète que les autres années.

L’effectif du club amiénois lui permet d’aligner une équipe B de plus en plus performante

BD : C’est le résultat d’une politique de formation. On retrouve cela dans l’équipe B. Les groupes d’entraînement se sont épaissis indépendamment du niveau. On n’arrive pas encore à former partout, on manque de lanceurs, de coureurs de haies. On est quand même en gros progrès par rapport à ça. On s’est structuré différemment au niveau de l’entraînement. On est vraiment sur un championnat collectif même si les performances individuelles sont regardées de près.

Premier Tour Championnats de France Interclubs – 5 Mai 2019 :

À Amiens (80) : Amiens UC (A) – Elite
À Méru (60) : Amiens UC (B) – Nationale 3
À Noyon (60) : US Camon – Nationale 3

Propos recueillis par Vincent Guyot et Louis De Leersnyder

Crédits Photos : AUC – Benjamin Fauvergue / Facebook Amiens UC Athlétisme / GazetteSports – Kevin Devigne