KENDO : Un stage intense au dojo régional

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Ce samedi 16 mai, avait lieu un stage régional organisé par le CRKDR Hauts-de-France au dojo régional. Une chance pour les 54 disciples réunis puisque ce stage fut honoré de la présence de Kamei Toru sensei.

C’est à partir de 9h et dans une ambiance très calme que les kendoïstes de tout âge et grade ont pu profiter des précieux enseignements de Kamei Toru, 8ᵉ dan hanshi, une distinction réservée à peu de pratiquants de kendo et au terme d’une vie dédiée à cette discipline qui allie rigueur, technicité et spiritualité. Bien que l’événement ait été organisé par le CRKDR Hauts-de-France, un nombre important de licenciés du Kigurai Kendo Amiens étaient présents, aux côtés de kendoïstes venant de toute la région, de Normandie, de Belgique et même d’Italie.

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Jéremy Laurent, professeur du club Kiguraï d’Amiens, délégué technique régional pour le Kendo pour les Hauts-de-France et pratiquant de cette discipline, revient sur les valeurs de celle-ci : « On a vraiment une étiquette qui est très forte en kendo, ne serait-ce que dans la façon de saluer, la présentation du démarrage des combats, tous les éléments qui viennent autour du kendo, on peut voir qu’il y a des explications, c’est très très calme, personne ne parle, personne ne discute comme on pourrait l’avoir sur d’autres sports, pendant qu’un professeur donne des informations. Ça, c’est typique, il y a une très très forte notion de respect qui est très importante.«  Comme d’autres sports de combat, le kendo est avant tout un chemin avant d’être une destination, une vie dédiée à la progression et au perfectionnement de la discipline. « C’est quelque chose qui est très demandant, dans le sens où ça demande une très très forte implication, beaucoup de répétitions, beaucoup de moments de frustration, des moments où on atteint des espèces de plafonds de verre, mais c’est une partie qui est très très intéressante, on est vraiment sur un élément qui permet de continuer à progresser, à évoluer. Quand on prend Kamei-sensei, qui a 72 ans, il pratique encore, donc on peut continuer pour un très très long terme« , explique Jeremy Laurent.

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Kamei Toru sensei, au sommet de son art, continue à partager sa sagesse et son enseignement

En France le kendo reste assez peu développé, « marginal » même selon Jeremy Laurent, avec 5 000 pratiquants en France et des petits clubs régionaux, tous autour d’une vingtaine de licenciés chacun. Pour ce qui est du club Kigurai Kendo, il compte désormais 27 participants, deux professeurs et un autre en formation. Jéremy Laurent explique les perspectives d’évolution du club : « Le but c’est de faire continuer à grandir le club, à le rendre plus visuel, plus engagé. Là ça fait environ 3 saisons qu’on se maintient entre 25 et 30 licenciés. Et l’idée c’est de faire continuer à monter le niveau. On commence à avoir pas mal de ceintures noires, ça c’est déjà une première étape. Plus on aura une base solide dans l’encadrement, plus on pourra aussi grandir. Aujourd’hui on pratique dans la salle de chorégraphie au Coliseum, c’est sûr que quand on arrive et qu’on est 20, ça commence à être un peu petit. Et quand on aura plus d’encadrement, l’objectif sera d’ouvrir aux enfants/ados. » De belles perspectives d’avenir en somme pour celui qui a repris la présidence du club aux côtés de son épouse il y a désormais 8 ans, à une époque où le club comptait 5 membres.

Pour ce qui était des personnes présentes, il y avait tout de même des grands noms de la discipline, comme Koichi Nakabayashi, 6ᵉ dan et membre de l’équipe de France, plusieurs fois champion d’Europe et qui a fini 3ᵉ par équipe lors des derniers championnats du monde, Jonathan Bertout, l’ancien capitaine de l’équipe de France, Agnieszka Nakabayashi, l’ancienne capitaine féminine de l’équipe de Pologne, Andreev, l’ancien membre de l’équipe russe, ou encore Jean-Paul Carpentier, membre de l’équipe de France dans les années 80-90. Carpentier sensei, qui est aussi professeur au sein du club lillois de judo/kendo, revient sur cette matinée : « Aujourd’hui, c’est un entraînement un peu spécifique, puisque l’expert japonais nous remet dans le contexte de l’arbitrage des compétitions. Peut-être que les stagiaires étaient venus pour pratiquer à leur niveau, mais là, il les initie aux bonnes techniques d’arbitrage. Et en le faisant, ils donnent aussi les éléments pour travailler correctement et avoir une bonne attitude dans le dojo, l’espace sacralisé pour une pratique correcte entre partenaires. »

En termes d’organisation de la journée, le matin était dédié au shiai, à l’arbitrage et au yūkōdatotsu tout en détaillant les éléments essentiels pour marquer un ippon, et l’après-midi au travail sur le shikake waza, le debana waza, ainsi qu’à un examen blanc de passage de grade par niveau. Carpentier sensei, fort de son 7e dan et de ses 44 ans d’expérience, rappelle l’importance de garder l’esprit du débutant : « On apprend toujours, et il faut toujours rester dans cet état d’esprit ce que les Japonais appellent shōshin, c’est-à-dire l’esprit du débutant. Il ne faut pas se dire qu’on reste un débutant, ce n’est pas ça, mais il faut garder cet esprit du débutant, garder la curiosité, avoir envie de se perfectionner tout le temps. Là, par exemple, moi, je viens de présenter le 8ᵉ dan, c’est le grand sommet maintenant. J’ai échoué pour la première fois, mais je pense avoir progressé par rapport à la fois précédente, et ainsi de suite. C’est un travail sans fin. »

Même au plus haut niveau, ces maîtres du kendo restent humbles et curieux, même lorsqu’ils présentent leur 8ᵉ dan, dernier niveau de maîtrise de la discipline, après 47 ans, ce niveau réservé à l’élite puisque moins de 1% des pratiquants y accèdent. Carpentier sensei revient sur les commodités de la validation de ce dan ultime : « C’est difficile à expliquer avec des mots et avec la raison. C’est-à-dire que c’est à travers la pratique et l’expérience de la pratique que l’on mesure le chemin qui nous sépare du grade auquel on aimerait bien arriver. Et dans ce grade-là, il y a aussi des classes, c’est-à-dire qu’il y a des 8ᵉ dan ordinaires et puis après il y a des 8ᵉ dan hanshi, donc là on se rend compte que le niveau est encore supérieur. Et puis après il y a des professeurs émérites, et là on est dans quelque chose qui est difficile à expliquer de façon rationnelle et raisonnable, comme tout occidental aimerait bien pouvoir le faire, mais ce n’est pas possible. » Rempli de sagesse, il revient sur le style de progression de ce sport : « On dirait qu’elle est lente et continue, mais c’est lent parce que c’est un engagement exigeant, parce qu’on est un peu à contre-courant des modes de la consommation immédiate, de l’obtention immédiate de plaisir et de satisfaction. Donc là c’est un long parcours, un enseignement un peu fastidieux, il faut faire beaucoup de répétitions de gestes justes. Beaucoup de temps y est consacré, beaucoup d’énergie, beaucoup de rigueur. »

En somme, ce fut une journée très éprouvante tant physiquement que spirituellement, mais remplie de savoir. Le prochain stage régional se déroulera le 13 juin de 10 à 12h.

Retrouvez quelques images du stage :

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Noa Lambert
Crédit photo : Alexis Cazeel – Gazettesports.fr