C’était évidemment une autre époque, mais même très jeune, un jour d’octobre 1958, toujours étudiant à la cité scolaire d’Amiens mais féru de sport et de journalisme, je décidais d’aller rendre visite à l’entraîneur de l’Amiens AC qui était alors Édouard Harduin.
Les anciens se souviennent de cet homme qui a incarné le football à Amiens après la guerre et, à cette période le club, s’appelait encore Amiens Athlétic Club et évoluait dans un championnat amateur qui serait sensiblement équivalent aujourd’hui au National. L’AAC était redevenu amateur et Édouard Harduin qui, après sa carrière de joueur, était devenu entraineur, avait reçu ce jeune étudiant qui était venu spécialement le voir dans le café qu’il tenait rue Saint Fuscien, à deux pas du stade Moulonguet. Après le football, la deuxième passion d’Édouard Harduin était la manille et, entre deux parties de cartes, il avait accepté de répondre à mes questions et surtout m’avait reçu gentiment alors que je n’étais pas journaliste et que j’avais débarqué chez lui à l’improviste.
Dans cette saison 1958-59, l’AAC avait pris un très bon départ et, après six journées, était leader. Édouard Harduin nous avait alors répondu : « Notre bon début de saison s’explique par notre attaque très efficace mais aussi notre gardien Forcioli, qui est en grande forme. » À cette époque, les joueurs se déplaçaient surtout par le train qui, selon Édouard Harduin, était moins fatigant que le car. Enfin, à la question pensez-vous qu’un jour Amiens redeviendra un club pro, Édouard Harduin nous avait répondu ainsi : « Le jour où il y aura un mécène. » C’était l’époque où le football était différent, les joueurs n’étaient pas millionnaires et avaient un emploi et, surtout, étaient attachés à leur club. J’ai eu ensuite l’occasion de revoir Édouard Harduin derrière son comptoir, cigarette aux lèvres et toujours passionné de foot et amoureux de son club de toujours. Il est décédé en 1987 à l’âge de 65 ans.
Lionel Herbet
Crédit photo : Lionel Herbet – Gazettesports.fr

