HOCKEY SUR GLACE – Mario Richer : « C’est un beau projet, mais il va falloir être patient »

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Après avoir été consultant sportif en février, Mario Richer a été nommé entraîneur et manager général des Corsaires de Dunkerque. Le Québécois souhaite bâtir une équipe à son image et celle de la ville pour monter en Ligue Magnus d’ici trois saisons.

Comment s’était faite votre arrivée à Dunkerque en février après la fin de votre aventure avec le club russe du Traktor Tcheliabinsk ?

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Quand je suis revenu, j’ai regardé avec mes agents pour trouver un poste un peu partout à travers le monde. Il n’y a rien eu de vraiment concret même si j’étais sur la liste de certaines équipes. Puis en janvier, Ludovic Duchesne (directeur sportif des Corsaires, qui a assuré le rôle d’entraîneur par intérim depuis le départ de Jonathan Lafrance en novembre) m’a appelé. Il a eu l’humilité de demander de l’aide parce que ça ne se passait pas comme il le voulait et il voulait s’assurer de faire les play-offs. Il m’a appelé, j’étais à Amiens, je me remettais en forme, je m’entraînais très fort à la salle de musculation. C’était ça mes journées, bien m’alimenter, me remettre en forme après les trois opérations que j’avais eues l’été dernier.

Parfois, ce n’est pas que ça me démangeait, mais j’aurais aimé être sur le banc.

Mario Richer, entraîneur et manager général des Corsaires de Dunkerque

En quoi consistait véritablement votre rôle de consultant sportif ?

L’objectif était juste de venir aider. Ce n’était pas un travail en tant que tel. Je devais superviser, regarder, voir comment je pouvais les aider. J’ai logé à Dunkerque, j’ai suivi l’équipe, puis j’ai commencé à faire les entraînements, à faire des vidéos avec les joueurs, collectives et individuelles, à faire des corrections entre les périodes. J’ai aussi beaucoup parlé avec les entraîneurs au niveau de la stratégie, du coaching. J’ai apprécié ce rôle, mais la seule chose un peu dérangeante, si on peut le dire, c’est que je n’allais pas sur le banc car je n’étais pas entraîneur, j’étais juste là pour les aider. Des fois, ce n’est pas que cela me démangeait, mais j’aurais aimé être sur le banc même si j’avais refusé d’y être quand je suis arrivé. Je ne voulais pas interférer dans les décisions avec les entraîneurs, ce n’était pas mon rôle à ce moment-là.

Malgré une 12e place en saison régulière, Dunkerque a connu un beau parcours jusqu’à cette demi-finale perdue contre Caen.

On a eu le temps de travailler sur certains points au niveau du système, de l’esprit et de la cohésion d’équipe pour être sûr que tout le monde comprenne bien son rôle. Ce sont des détails, mais ils sont très importants. On a commencé les play-offs en battant Lyon, qui était le cinquième au classement de la saison régulière, ensuite on a battu Neuilly, qui était quatrième au classement. Contre Caen, on a vu qu’ils avaient une meilleure équipe. Au moins, on a bataillé, on a compétitionné. Par rapport à Caen, on avait une moins bonne profondeur de banc, ça n’a pas aidé. Il y a beaucoup de nos joueurs qui ont joué blessés. Ils ont joué pour l’équipe, pour le bien de l’équipe. C’est ça les play-offs, tu donnes tout et parfois tu joues blessé. C’étaient de bons play-offs, on a passé deux tours, on s’est rendu dans le carré d’as. Ça fait en sorte qu’une saison difficile a finalement une meilleure tournure en étant dans les quatre premiers, puis en perdant contre le premier de la saison qui est Caen.

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Mario Richer était déjà été sur le banc à Dunkerque, mais c’était dans la peau de l’entraîneur des Gothiques d’Amiens en septembre 2024 lors d’un match amical.

Était-ce la suite logique de poursuivre avec le club nordiste qui a un projet ambitieux de monter en Ligue Magnus ?

Déjà, le fait d’être à Dunkerque en tant que consultant, ça m’a permis de voir l’environnement, l’organisation et de voir comment cela fonctionnait. Voir les installations, la patinoire et ce projet. Il va y avoir une nouvelle patinoire de 4500 places, le Boréal, le plan est déjà fait, elle sera là dans deux ans. Il va y avoir l’équipe de hockey et l’équipe de handball. C’est un beau projet. Ils veulent remonter en Ligue Magnus et on va travailler pour avoir une équipe compétitive pour être dans les premiers et se rendre le plus près de la finale année après année. Mais il faut savoir que ce n’est pas facile d’aller gagner. Il n’y a qu’à prendre l’exemple de Rouen cette année qui a survolé la phase régulière et qui s’est fait sortir en demi-finales. Éliminé en 4, ce n’est pas juste sortir, mais sortir en quatre matchs. On n’est jamais sûrs de rien, sauf sur le fait qu’on va amener une équipe qui sera compétitive. On verra, c’est un projet sur trois ans.

Était-ce votre priorité de rester à Dunkerque ?

J’avais d’autres offres. J’avais presque signé en Allemagne et j’avais aussi une offre au Danemark. Mais ici, c’était un contrat sur trois ans, mais surtout j’ai aussi été nommé directeur général en plus d’être entraîneur. Cela signifie que je n’ai pas de patron au-dessus de moi qui va me dire quoi faire au niveau hockey. Je vais être mon propre patron et je vais faire ce qu’il faut pour gagner. Mais ces trois années de contrat ne sont pas négligeables, je vais avoir 61 ans (le 23 avril prochain), cela veut dire que ça m’amène jusqu’à mes 64 ans. Et peut-être 67 car il y a deux ans en option. Le hockey m’a fait beaucoup voyager dans le monde durant toute ma carrière. Je pense qu’il est temps de se poser un peu et c’est un beau défi.

Il faut avoir une expérience en Magnus pour savoir à quoi s’attendre si jamais on monte.

Mario Richer, entraîneur et manager général des Corsaires de Dunkerque

Qu’estimez-vous pouvoir apporter à ce club de Dunkerque ?

Je vais amener mon expérience, mon expertise. Il faut avoir une expérience en Magnus pour savoir à quoi s’attendre si jamais on monte. S’ils montent déjà l’an prochain, il faut savoir comment s’y préparer. Il faut être sûr d’avoir le bon budget. Si on monte et qu’on redescend l’année d’après, ça ne sert à rien. C’est de bien préparer l’environnement, de trouver des nouveaux sponsors. Mais on ne sera pas les seuls à vouloir monter, il peut y avoir Lyon et Caen. Il y a les championnats du monde en 2028 à Lyon. Les Jeux olympiques 2030 ne seront pas loin. S’il n’y a pas de construction à Nice, il va peut-être y avoir une construction à Lyon. Si je ne me trompe pas, le groupe de Parker est à Lyon. Ils ont acheté Rouen, donc s’ils peuvent avoir deux concessions en Magnus, ce serait encore mieux pour eux. Donc il faut lire entre les lignes et voir comment la Ligue décide qui elle veut voir monter en premier.

Le projet de Dunkerque semble vous correspondre. Le fait de bâtir sur le long terme pour atteindre des objectifs ambitieux à l’image de votre premier passage à Amiens entre 2016 et 2020 avec deux Coupes de France remportées en 2019 puis 2020…

Lors de ma première année, j’étais arrivé sur le tard, donc on a pris ce qu’on avait. Ensuite, on l’a améliorée saison après saison. Les deux dernières années, on a gagné la Coupe. Ça a pris trois et quatre ans. C’est la même chose ici à Dunkerque, on a un projet sur trois ans et il faudra essayer d’avoir du succès sur cette période. Il faut amener une identité à l’organisation, aux Corsaires. Il faut qu’on ait une équipe qui, comme je le dis tout le temps et même quand j’étais à Amiens, va mouiller le maillot pour ses partisans et pour la ville de Dunkerque. Je veux une équipe représentative des supporters. Ici, ce sont des cols bleus, beaucoup de personnes travaillent dans l’industrie, dans les usines, ce sont des travailleurs, ils ne sont pas dans des bureaucrates. Ce sont des gros travailleurs, donc on veut amener la même identité sur la glace.

Qu’en est-il de la construction de l’effectif pour la saison prochaine ?

Tout a commencé depuis mercredi. Après la conférence de presse, de 16h à minuit, je n’ai pas arrêté de faire des textos, des e-mails. Ce matin (jeudi), ça ne s’arrête plus. J’ai eu des réunions ce matin, je rencontre les sponsors, je rencontre aussi les abonnés ce jeudi soir. Je rencontre les joueurs en entretien vendredi, le recrutement a commencé. Là, je reçois plein de coups de téléphone de joueurs d’un peu partout, en Magnus ou en D1, qui veulent venir jouer à Dunkerque. Ça va se débloquer dans les prochains jours. Mais pour trouver les joueurs que tu veux, des fois ça prend du temps. C’est un projet excitant mais il va falloir être patient. On veut une équipe qui veut gagner, l’organisation veut gagner mais ce ne sera pas facile. Aussi parce qu’on n’est pas associé avec une autre équipe comme le sont Cholet avec Angers ou Lyon avec Marseille et ils peuvent se faire prêter des joueurs. Il faut bâtir de façon intelligente et il y a des choses qu’on ne peut pas faire.

Propos recueillis par César Willot
Crédit photo : Théo Bégler, Kevin Devigne – Gazettesports.fr