ÉDITO : Lou Jeanmonnot, un gros globe de cristal sans émotions

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Le sport est fait d’exploits, de performances et de records. Mais le sport, c’est aussi ces alternances de bonheur et de désillusions, d’émotions vécues par l’athlète et ressenties par ses supporters. Et parmi ces deux prismes, lequel est le plus important à vos yeux ?

Ce jeudi soir, Lou Jeanmonnot est entrée un peu plus dans l’histoire du biathlon français, devenant, à l’issue du sprint d’Oslo-Holmenkollen, la cinquième tricolore à décrocher le gros globe de cristal, récompensant la biathlète la plus régulière de la Coupe du monde, une compétition découpée en neuf étapes dans lesquelles sont disputées plusieurs courses. Évidemment, ce succès avant même les deux dernières courses de la saison témoigne d’une réelle domination de la part de la Française qui mérite amplement cette récompense. Mais pour ma part, je ne trouve jamais plus belle la victoire ou plus cruelle la défaite que lorsqu’elles ont été acquises dans l’indécision et l’émotion.

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Cette saison 2025-2026 de biathlon a été largement éclipsée par les Jeux olympiques, si bien que de nombreuses biathlètes en ont fait leur objectif principal, encore plus lorsqu’elles ont subi la loi de Lou Jeanmonnot en première partie de saison, décidant alors de ne pas se lancer dans une hypothétique remontée au classement qui aurait pris beaucoup d’énergie sans garantie de résultat. Au classement, avant les deux dernières courses de la saison, suivent Suvi Minkkinen, solide biathlète finlandaise, mais qui n’a pas l’étoffe d’une vainqueure de la Coupe du monde, puis Lisa Vitozzi et les sœurs Hanna et Elvira Oeberg qui ont, elles, zappé de nombreuses courses pour se consacrer à l’olympiade alors qu’elles ont montré, encore ce jeudi, un niveau extraordinaire en terminant aux trois premières places.

Plus que l’adversité qui s’est désistée ; car on ne peut finalement pas reprocher cela à la lauréate du Gros Globe ; c’est surtout la manière dont a été acquis le trophée qui lui donne une saveur particulière. Si elle a été au-dessus de la mêlée une bonne partie de la saison, Lou Jeanmonnot a largement baissé en qualité de ski et surtout de tir à partir de l’échéance de Milan-Cortina. Depuis février, elle n’a pu enregistrer aucun succès en individuel, seulement de l’or en équipe sur les Jeux, et quelques podiums en Coupe du monde. Un bilan qui aurait été évidemment excellent pour n’importe quelle biathlète mais qui peut décevoir au vu du pedigree de la Française. Symbole d’un succès final en demi-teinte, Lou Jeanmonnot a validé son titre à l’issue d’une moyenne 6e place à 9/10 au tir. Loin de finir en beauté donc.

Alors, je me projette exactement un an en arrière, au moment de cette terrible image où l’on avait vu la Tricolore chuter dans le dernier virage de la dernière course alors même qu’elle était en course pour la victoire et le Gros Globe face à sa rivale du moment, l’Allemande Franziska Preuss. Oui, pour elle, ce moment a dû être extrêmement douloureux et difficile à digérer, si bien que la consécration de cette saison doit être une belle revanche et un réjouissement bien au-delà de celui proposé dans ces lignes. Mais en comparaison, en tant que suiveur des biathlètes de l’équipe de France, j’ai bien plus vibré, crié, sauté et pleuré pour cette 2e place finale. Car si la victoire n’était pas au bout, la saison 2024-2025 nous a permis d’observer un suspense inédit et ainsi de vivre des émotions difficiles à retrouver. Alors, s’il faut choisir entre une cruelle désillusion au bout d’une année de bataille extraordinaire et un succès froid, implacable et prévisible, j’ai choisi mon camp.

Simon Vasseur
Crédit photo : MF976 de Pixabay