Un peu plus d’une semaine après la fin de la saison et l’échec d’accession en Pro A après la défaite en demi-finales contre Chartres, et alors qu’un premier départ, celui de Benjamin Fruchart, l’entraîneur de l’Amiens STT Arnaud Sellier revient sur cet exercice 2025-2026 et évoque la construction de son futur effectif.
Cela fait désormais un peu plus d’une semaine que le rêve de monter en Pro A s’est brisé. À froid, est-ce que vous avez digéré cette soirée à Chartres qui a été difficile à vivre sur le moment ?
Est-ce que j’ai digéré ? Je ne sais pas, je suis quand même déçu. En termes de promotion et de joueurs de tennis de table, on a quand même fait plein de belles choses cette année. On a aussi réussi à mobiliser 50 supporters pour le match de Chartres en pleine semaine et ça, c’est beaucoup de satisfaction dans tout ce qu’on a réussi à faire autour de l’équipe. Sportivement, forcément, ça reste une déception car je pense qu’on avait les moyens pour monter. C’est comme toujours, quand tu gagnes, ça se joue à quelques détails, quand tu perds, ça se joue aussi à quelques détails. Je suis quand même déçu, on était vraiment très proches. C’est dommage.

Vincent Buignet, votre président, a rapidement dit qu’il fallait peut-être relativiser cet échec car un an plus tôt, Amiens jouait son maintien en Pro B. Partagez-vous aussi cet avis de se dire qu’Amiens revenait de loin et que cette saison a été belle, même si son issue finale n’est pas celle espérée ?
Oui, ça a été une belle saison. Pour revenir sur la promotion du tennis de table et ce qu’on arrive à créer autour de cette équipe, fondamentalement, qu’on soit en Pro A ou en Pro B, c’est quasiment la même chose. On va continuer à faire beaucoup d’efforts pour la communication autour de l’équipe. On va essayer de construire une équipe compétitive pour avoir une bonne chance de monter. Oui, je relativise, mais quand on a des occasions, il faut quand même les saisir. On ne sait pas ce que sera le le prochain championnat, on ne connaît pas les compositions des équipes. On ne peut jamais prévoir exactement comment une saison va se dérouler, même avec un très bel effectif. Cette année, on avait quand même réussi à créer quelque chose de bien entre des jeunes joueurs, des joueurs plus expérimentés. On a raté la dernière marche. Je relativise mais ça ne m’enlève pas la déception d’être passé à côté de quelque chose quand même.
Quel bilan tirez-vous ce cette saison ?
Comme souvent, c’était une saison faite de hauts et de bas. Les hauts, c’étaient les matchs à domicile, je pense au match en phase régulière contre Nice. Il y a aussi le quart de finale contre le Havre, la demi-finale aller contre Chartres. Ça a vraiment été de belles fêtes à domicile. Le déplacement des supporters au Havre et à Chartres, c’était vraiment top pour l’équipe. Concernant les bas, avec un peu de recul, je pense qu’évidemment on perd la montée au retour contre Chartres, mais peut-être qu’on a perdu cette montée un peu plus tôt dans la saison, en s’inclinant à Tours (3-2), une équipe qui descend en National, mais aussi en s’inclinant 3-0 à domicile contre Lille. On a perdu des points importants sur ces rencontres qui nous auraient permis de jouer la demi-finale retour à domicile. Et je pense que ça aurait changé pas mal de choses, parce qu’on n’aurait pas été dans un chaudron comme ça au match aller à Chartres. Par contre, nous, on aurait été bien présents au retour. Ce que je retiens, c’est que la phase régulière a une grande importance. Il faut essayer de faire le plus de points possible, même si dans le discours, on disait que ce n’est pas grave, qu’on est qualifié pour les play-off, qu’on est où on voulait être. Après coup, ça aurait été beaucoup mieux d’être deuxième que troisième.

Cela veut dire que vous avez, même si la saison a été belle où il manque juste l’issue positive, des regrets sur la saison régulière ?
Oui. Après coup, oui j’ai des regrets. Évidemment, je n’aurais pas eu le même discours si on était allé gagner 3-2 à Chartres et passer au nombre de sets. Mais sur le match en lui-même de la demi-finale retour, les joueurs de Chartres ont été bien meilleurs que les nôtres. Ils ont été meilleurs aussi parce que tout ce qu’on avait réussi à créer à domicile, ils ont réussi à le faire chez eux, en s’inspirant d’ailleurs de ce qu’on avait fait. Et si les événements s’étaient passés dans une autre technologie, je pense que le résultat n’aurait peut-être pas été le même. Les joueurs de Chartres, sur la demi-finale retour, ils étaient quand même très forts. Ils avaient aussi, entre guillemets, beaucoup de force pour eux. Je pense notamment au match d’Horacio (Cifuentes) sur le Japonais Yuki Matsuyama qui a fait des points assez incroyables, comme sur la balle de match où il joue à moitié par terre. On avait l’impression que rien ne pouvait leur arriver. Le match de (Bence) Majoros sur Robert Gardos, on avait l’impression qu’il fermait les yeux et que tout allait sur la table. On ne peut pas refaire l’histoire, on n’en sait rien. Mais je ne suis pas sûr que 500 personnes auraient été présentes à Chartres lors du match aller. Là, on s’est rendu compte aussi que le public avait son importance. On l’a vu à domicile pour nous, à Chartres pour eux, le public a joué un vrai rôle dans le résultat final.
Cette gestion de l’effectif, il faut qu’on l’améliore l’an prochain pour réussir à plus faire jouer tout le monde.
Arnaud Sellier, entraîneur de l’Amiens STT
Cela fait sept saisons que vous êtes l’entraîneur de l’équipe première. Cette saison, l’Amiens STT a joué la montée. Que vous a-t-elle appris ?
On apprend toujours des choses. Ce que je retiens, c’est qu’il n’y a aucun match facile en saison régulière et qu’elle est vraiment déterminante. Il y a eu quelques difficultés au niveau de la gestion de l’effectif. On avait fait le choix de souvent se déplacer avec les cinq joueurs. Alors c’est bien pour la cohésion de l’équipe, mais c’est aussi difficile pour les joueurs qui sont sur le banc et qui ne jouent pas beaucoup. J’ai beaucoup remercié Santiago (Lorenzo) et Denis (Dorcescu) qui ont peu joué et plus joué à partir des quarts de finale. Ce n’est pas parce qu’ils sont de mauvais joueurs, c’est juste parce que les trois autres joueurs ont gagné leur place par leurs différents résultats. Je le répète souvent, c’est un championnat où tu ne joues pas beaucoup, notamment quand tu as la place numéro 3 dans l’équipe. Tu ne fais qu’un seul match et tu n’as pas le droit de te rater. Denis, malheureusement, n’a pas réussi à gagner les matchs en étant souvent plutôt bon. Santiago a fait un début de saison un peu moyen et en parallèle il y avait Benjamin qui jouait très bien et qui ne perdait pas beaucoup. Je n’ai pas eu l’occasion de retester Santiago. Peut-être qu’il était très en forme, mais quand tu ne joues pas, c’est difficile de le savoir. Cette gestion de l’effectif, il faut qu’on l’améliore l’an prochain pour réussir à plus faire jouer tout le monde. Je n’ai vraiment rien à reprocher aux joueurs dans leur comportement.

Vous disiez que vous n’aviez pas eu d’occasion de faire rejouer Denis Dorcescu ou Santiago Lorenzo à partir des play-offs. Est-ce que le match retour contre Le Havre en quarts de finale n’en était pas une alors qu’Amiens avait un pied et quatre orteils en demi-finales ?
On a préféré ne pas prendre de risques et continuer à faire confiance à l’équipe qui gagnait. Franchement, c’était des choix difficiles. On peut imaginer le pire et si j’avais fait jouer Santiago et Denis, tout le monde me serait tombé dessus. Encore une fois, on ne peut pas refaire l’histoire. On fait des choix qui ont été concertés. Quand tu perds, c’est que tu n’as pas fait exactement les bons choix, il faut l’admettre.
Le départ de Benjamin Fruchart a été annoncé ce mardi. Y a-t-il un mélange de déception de le voir partir, mais aussi de fierté de l’avoir vu progresser pendant deux ans à Amiens et de le voir rejoindre une équipe de Pro A avec La Romagne ?
C’est exactement ça. C’est très bien que Benjamin puisse évoluer en Pro A l’an prochain. Le fait qu’on ne soit pas monté, ça a sans doute fait évoluer sa décision. On savait qu’il avait des propositions dans différents clubs. C’est une belle opportunité pour lui pour poursuivre sa progression. C’est très bien. Il y a toujours une déception de voir partir des joueurs, surtout un joueur qui était issu de la région. On est content de l’avoir accompagné, de lui avoir permis de franchir ce cap supplémentaire et d’évoluer en Pro A l’année prochaine.

Qu’en est-il du reste de l’effectif et de sa construction pour la saison prochaine ?
On a déjà commencé à travailler dessus et ce quasiment dès le lendemain de la défaite contre Chartres. On aurait gagné, ça aurait été la même chose, je pense. On s’était quand même un petit peu préparé, on espérait jouer en Pro A et ça a un peu rebattu les cartes, mais ça fait partie du jeu. On a forcément un peu de retard par rapport aux autres clubs qui savaient déjà s’ils étaient en Pro A ou en Pro B. Ils ont commencé le recrutement alors que nous, on attendait, parce qu’évidemment qu’on soit une équipe de Pro A ou de Pro B, ce n’est pas tout à fait la même chose. Il y a beaucoup de pistes, beaucoup de contacts. Ce n’est pas facile et surtout, il n’y a rien d’officialisé à ce jour. On communiquera au fur et à mesure des certitudes. Pour nous, c’est aussi compliqué.
Les joueurs ont des propositions concrètes de notre part pour rester.
Arnaud Sellier, entraîneur de l’Amiens STT
Avec le départ de Benjamin Fruchart, il y reste encore quatre joueurs qui composaient l’effectif cette saison avec Robert Gardos, Horacio Cifuentes, Santiago Lorenzo et Denis Dorcescu. Il y a une possibilité pour que certains d’entre eux soient amiénois l’an prochain ?
On espère ! Cette saison s’est très bien passée avec des bons joueurs et des joueurs plutôt agréables. Ils ont vu tous les efforts qu’on a faits pour eux, tout ce qu’on a organisé pour qu’ils jouent dans les meilleures conditions. Évidemment, on a envie de garder une ossature pour l’équipe l’année prochaine. Ce n’est pas facile, les joueurs ont des propositions. Il faut que les joueurs pèsent le pour et le contre. Tout ce qui est bien à Amiens et tout ce qu’ils pourraient avoir ailleurs, mais sans certitude, parce que quand on arrive dans un nouveau club, on ne sait pas toujours si ça va bien se passer. Là, ils ont des certitudes. C’est aux joueurs de faire leur choix aussi, en fonction de leurs ambitions, de leurs objectifs, de l’intérêt de jouer dans un club où il y a du public. C’est à eux de peser le pour et le contre. Bien sûr, il y a l’aspect financier, mais moi, je n’aime pas seulement prendre en compte l’aspect financier.
Cela signifie que ces quatre joueurs ont une offre de la part d’Amiens pour rester une saison de plus ?
Bien sûr, et de quasiment tous les autres clubs de Pro B. Il faut savoir que tout le monde discute avec tout le monde et à peu près tout le temps. Donc oui, les joueurs ont des propositions concrètes de notre part pour rester. C’est à eux de choisir, de faire l’équilibre. C’est à eux de faire le choix qu’ils jugent le meilleur.
Propos recueillis par César Willot
Crédit photo : Théo Bégler – Gazettesports.fr

