HOCKEY SUR GLACE – Mario Richer : « Finir cinquième, c’était déjà au-delà de nos espérances »

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Pour les Gothiques d’Amiens, la saison s’est terminée il y a une semaine sur la patinoire de Polesud de Grenoble à l’issue du cinquième match remporté par les Brûleurs de loups. Mario Richer revient sur cet exercice 2024-2025 où il aura su mener son équipe jusqu’en demi-finales.

La saison s’est achevée il y a une semaine avec l’élimination en demi-finales en Isère, à Grenoble, victorieux en cinq manches dans la série. Pour les Gothiques d’Amiens, avec un Mario Richer qui a prolongé avec le club picard de deux saisons, soit jusqu’en 2027, une autre s’apprête à débuter avec la composition du nouvel effectif. Avant l’annonce de sa prolongation, l’entraîneur amiénois s’est livré sur cet exercice au parcours exceptionnel dans lequel il a hissé son équipe dans le dernier carré. Le Québécois de 59 ans (il en aura 60 le 23 avril) revient sur ses choix de l’intersaison, son rapport au métier d’entraîneur et ces play-offs à rebondissements.

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Pour commencer, est-ce que vous avez digéré cette élimination ?

C’est du passé, je ne reste pas sur ces choses-là trop longtemps. C’est fini. On n’a plus de contrôle là-dessus, on a fait notre possible. Je pense que les joueurs ont travaillé très fort et c’est ça qui est important.

Il s’est vraiment passé quelque chose de spécial durant cette saison et notamment lors des play-offs. On a vu des images que l’on voit rarement, du vestiaire, de vous…

Il y a eu beaucoup de choses qui se passent durant la saison, mais vous ne le voyez pas. Il y a beaucoup de choses qui sont dites dans le vestiaire que vous ne savez pas. Souvent, il y a des blessés et personne ne le sait. Il y a des activités qu’on fait dont personne n’est au courant. Il y a toutes sortes de choses que, souvent, on ne met pas au grand jour. Je pense qu’on avait une bonne équipe, un bon esprit d’équipe surtout. Ça a paru dans les play-offs, mais ça a paru aussi durant la saison. On a eu une belle saison. On a fini cinquième, pour nous c’est très bien. Je pense qu’il y a cinq grosses équipes dans la ligue avec des gros budgets. Finir cinquième, c’était déjà au-delà de nos espérances et on a continué dans les playoffs.

Racontez-nous un peu cette histoire avec la cuvette que l’on a pu apercevoir après chaque victoire durant ces play-offs.

C’était ma cuvette, soit dit en passant (rires). La journée où je pensais à ce qu’on pouvait faire avec les palets, parce que la tradition veut que, dans la Ligue nationale, ce soit dans toutes les équipes, tu ramasses les palets de chaque victoire. Ici, sous la main, je n’avais rien préparé en bois. Je n’avais pas le temps de faire préparer un coffret, si on peut dire, avec une place précise pour chacun des palets. J’ai calculé si on pouvait mettre 12 palets sur la cuvette et ça s’accrochait bien. C’était la façon de faire, de dire : il faut remplir la cuvette et avoir 12 palets si on veut remporter ces play-offs. Mais c’est juste une tradition, elle a juste été faite de façon différente.

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Portés par Julien Tessier et Taran Kozun, les Gothiques d’Amiens ont éliminé Rouen au septième match des quarts de finale.

Durant ces play-offs, vous étiez menés trois manches à une contre Rouen. Que s’est-il passé à ce moment-là ?

On savait que contre Rouen, on avait eu du succès cette saison. On a eu deux victoires sur quatre dans la phase régulière. On a gagné un match là-bas. Tout était possible. Il fallait juste y croire et continuer. C’est ce qu’on a fait. On est revenu de l’arrière, mais dans les play-offs, ce n’est pas la manière qui est importante, c’est de gagner quatre matchs. On a travaillé jusqu’à la fin pour aller chercher les quatre matchs.

Où placez-vous cette saison parmi celles que vous avez déjà disputées avec les Gothiques d’Amiens ?

C’est difficile de répondre… Les deux fois où on a gagné les Coupes de France, c’était du jamais vu à Amiens. C’était la première fois en 50 ans que l’équipe remportait la Coupe de France. Et surtout deux de suite. Il va falloir peut-être attendre un autre 50 ans avant d’aller chercher une autre. Mais il faut que les astres soient alignés, que tout aille bien. Regardez, on a battu Rouen au match 7. On a battu Grenoble sur le premier match. Si tu les mets l’un après l’autre, on peut battre Grenoble et Rouen pour une Coupe de France et puis aller chercher la victoire. Mais si ce sont les matchs 2 et 3 de la série, on perd. La Coupe de France, ça joue sur un match. C’est sûr que quand tu remportes un titre, c’est toujours plus gratifiant que de gagner un quart de finale. Je pense que les deux Coupes de France sont plus prestigieuses que ce qu’on a fait cette saison. Mais c’est surtout le fait de battre Rouen dans la bataille des plaines, de gagner ce genre de série qui, on le sait, neuf fois sur dix, c’est Rouen qui l’avait remporté. La chance sur dix, c’était cette année et les joueurs ont bien contribué.

L’équipe n’était pas centrée sur un ou deux joueurs pour marquer des buts. Tout le monde pouvait compter des buts.

Mario Richer, entraîneur des Gothiques d’Amiens

L’an passé, vous attendiez davantage de la paire de gardiens Clément Fouquerel – Antoine Gilbert. Cette année, Taran Kozun a remplacé Gilbert, parti à Gap. Estimez-vous que vos deux gardiens ont répondu à vos attentes ?

Disons que c’est une paire plus âgée, deux joueurs d’expérience. Les deux se respectaient beaucoup, il n’y en a pas un qui se pensait meilleur que l’autre. Quand tu vois Taran (Kozun) jouer avec les enfants de Fouky… Puis l’esprit de l’équipe était très bon entre les deux. Il n’y avait pas d’animosité, pas de jalousie. Les deux étaient fiers quand l’autre performait. C’est une chose importante et ça fait une grosse différence au niveau de l’esprit de l’équipe des gardiens et de l’esprit de l’équipe globale. Les deux voulaient gagner. Les deux travaillaient très fort pour s’améliorer. Ça nous a donné la chance d’avoir deux très bons gardiens toute la saison. Le fait d’avoir deux bons gardiens nous a aidé. Fouky a été blessé, donc Taran a pris le contrôle et il nous a fait gagner cette série contre Rouen. C’est là que tu vois que d’avoir deux bons gardiens, c’est important.

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Taran Kozun félicité Clément Fouquerel après son blanchisssage lors de la victoire des Gothiques contre Briançon.

Cette année, vous aviez aussi opté pour un effectif plus expérimenté, mais aussi avec une formation moins portée vers l’attaque que la saison passée. Pourquoi ce choix ?

L’an dernier, c’était une équipe un peu plus jeune. On s’est aperçu que, même si tu as des jeunes dans l’équipe, tu te fais voler par les autres équipes. À quoi bon essayer de dire qu’on va développer des joueurs dans la vingtaine, ou au début de la vingtaine ? Tu les développes, mais l’année d’après, les grosses écuries viennent te les chercher et on n’a rien en retour. Autant avoir des joueurs plus établis que tu n’as pas à former. Ils sont déjà établis, plus vieux et t’amènent plus d’expérience. En résumé, tu ne bâtis pas pour le futur, tu bâtis pour le présent. C’est ce qu’on a fait cette saison.

Il y avait aussi plus de physique, avec des joueurs un peu plus costauds. C’était aussi important dans votre système ?

Oui, parce que la façon dont les arbitres font leur travail a changé. Ils laissent davantage passer les mises en l’échec. Ce n’est plus comme il y a quelques années, où tout accrochage était puni. Là, ils laissent plus jouer, il y a plus de mises en l’échec. On a regardé pour avoir des joueurs plus gros, plus costauds, pour pouvoir jouer dans ce style de jeu, qui est aussi l’éthique gothique. C’était une force de l’équipe. Je pense qu’on avait peut-être l’équipe la plus grande en taille qui n’a jamais existé ici, à Amiens. Dans la ligue, on était parmi les plus grandes équipes, les plus grosses aussi. Notre style de jeu était bien celui des Gothiques. À la maison, avec la foule bruyante, les deux ensemble font que ça amène un peu d’intimidation envers l’adversaire.

Cette équipe, semblait plus équilibrée et a laissé davantage de place à chaque joueur, contrairement à la saison passée où des individualités se dégageaient comme avec Tomas Simonsen et Zachary Lavigne qui comptaient au moins 40 points.

C’est une équipe qui est plus homogène. Les joueurs sont à peu près de la même force. Chacun avec ses forces et ses faiblesses. Quand l’un comptait sur un match, la journée suivante, c’était un autre. On ne comptait pas sur un ou deux joueurs. L’équipe n’était pas centrée sur un ou deux joueurs pour marquer des buts. Tout le monde pouvait compter des buts. Souvent, il y a des équipes qui sont basées sur un ou deux trios. Nous, les trois trios pouvaient compter des buts et même le quatrième à l’occasion. C’est la façon de bâtir. D’une année à l’autre, selon ce qui est disponible et ce que tu peux aller chercher au niveau du recrutement, tu vas coacher de la façon que tu peux.

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Aleksandar Magovac a disputé 56 matchs avec les Gothiques et a inscrit 8 buts pour 26 assists.

Il y avait moins d’individualités chez les attaquants, mais parmi les défenseurs, Aleksandar Magoavc s’est démarqué sur la glace avec 34 points, mais aussi en dehors avec une éthique de travail que vous avez souvent louée…

Oui, c’est un excellent défenseur qu’on recherchait depuis des années. Il ne faut pas se le cacher, c’est une personne qui est toujours à la salle de musculation. Quand tu as un joueur passionné comme lui qui fait tout ce qu’il peut pour réussir, c’est un exemple dans le vestiaire. Même s’il ne parle pas français, c’est un leader. Un leader par l’exemple, par son travail, par sa qualité d’être humain. Il prend soin de lui. Ce sont des choses que les joueurs doivent regarder et ils doivent essayer d’être comme lui. Il a une grosse éthique de travail. Il n’arrête pas. Il fait tout ce qu’il faut pour réussir. Ce sont des joueurs comme ça que tu veux dans ton équipe. Tu veux des joueurs qui veulent réussir, qui veulent s’améliorer, et non des joueurs qui croient qu’ils ont atteint leurs limites, qui font le minimum pour rester dans l’équipe.

Comme le vin, je trouve que je m’améliore en vieillissant.

Mario Richer, entraîneur des Gothiques d’Amiens

Le powerplay a souvent été inefficace, surtout en fin de saison avec des périodes de disettes sur plusieurs matchs ? Comment analysez-vous cela ?

C’est Joey qui s’en occupait, c’est pour ça que ça allait mal (rires). On peut toujours s’améliorer. C’est un aspect où on n’a pas été à notre meilleur niveau. Mais l’an prochain, on va tout faire pour l’améliorer, on n’a pas été assez percutants. On a eu beaucoup de matchs où on n’a pas compté et même, dans les play-offs, je pense qu’on a un match avec un but en avantage numérique où on a des deux contre un à jouer. Mais en plus, c’était des buts, mais pas vraiment dans la façon de faire, on était chanceux. C’est un aspect de notre jeu qu’on doit améliorer. C’était une de nos lacunes cette année. L’an prochain, on va remédier à ça. On va trouver des joueurs qui sont capables de mieux performer sur l’avantage numérique, pour qu’on soit meilleur.

Cette saison était la première de Joey West comme assistant. Que vous a t-il apporté ?

Rien (rires). Joey a amené son expérience. On l’a vu, en désavantage numérique, on avait nos meilleurs statistiques. C’est dommage qu’il ne puisse plus jouer. Il fait des entraînements, avec nous sur la glace, et des fois, il va rentrer dans le jeu et tu vois immédiatement que sa vision, son patin est encore au-delà de la majorité des joueurs de notre équipe. Je pense que cette année, c’était une année d’expérience pour lui. Il va s’améliorer saison après saison, année après année. Cette année, il n’a pas fait d’erreurs mais c’était plus un manque d’expérience. L’an prochain, il va revenir encore plus fort, il va être encore meilleur. Notre combinaison va être encore meilleure l’an prochain. On se connait depuis longtemps, c’était le premier joueur qu’on a amené ici (en 2016, ndlr).

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Joey West a disputé sa première saison en tant qu’adjoint de Mario Richer sur le banc d’Amiens

C’est à lui de faire ses classes, il n’y a pas de secret. Il faut qu’il ait de la passion, qu’il travaille fort, qu’il essaie de s’améliorer tous les jours. Mais il l’a, ce n’est pas un problème. Il l’a eu quand il jouait et il l’a encore comme entraîneur. […] C’est le rôle de l’assistant coach d’être plus près des joueurs, d’être la relation entre les joueurs et l’entraîneur. Il va parler plus avec eux. Il va plus blaguer avec eux, c’est ça le rôle de l’assistant entraîneur. Il a le même âge que certains joueurs, il y a des bons et des mauvais côtés là-dessus. Les joueurs le voient comme un joueur avec qui on joue avec et pas comme un entraîneur.

On en apprend tous les jours, qu’avez vous appris cette saison, à la fois en tant qu’entraîneur et sur vous-même ?

Cette année, on a expérimenté certains aspects, des nouveaux systèmes de jeu, des nouvelles façons de faire. On a eu des ajustements durant la saison. Des fois, ça a porté ses fruits, des fois non. Parfois, c’est trop difficile pour certains joueurs, il fallait s’adapter à la moyenne de nos joueurs, de la compréhension pour être sûr de bien faire. C’est la même chose au niveau des relations avec les joueurs. C’est important d’amener des gros leaders, des joueurs intenses qui vont poursuivre ce que tu veux dans le vestiaire. Ce n’est pas une question d’apprendre des choses, mais c’est important d’avoir ce genre de joueur dans un vestiaire. Au niveau des connaissances, on travaille sans cesse la motivation au niveau de la vidéo, on fait en sorte que les joueurs soient motivés tout le temps. On s’améliore tout le temps là-dessus. Comme le vin, je trouve que je m’améliore en vieillissant. Non, sérieusement, je trouve qu’en vieillissant, il y a des choses que je vois maintenant et que je ne voyais pas il y a quelques années. Ma vision, pas ma vision avec lunettes, mais mon œil pour le match. Avec l’expérience, je trouve que plus j’avance, meilleur je suis. Le fait de travailler avec Joey, ça aide aussi.

Le mot retraite n’existe pas pour moi

Mario Richer, entraîneur des Gothiques d’Amiens

Il ne faut jamais arrêter d’entraîner alors…

Non, je n’arrêterai pas avant 70 ans, ça c’est sûr. Le mot retraite n’existe pas pour moi, je n’y pense même pas. À la retraite, tu ne fais plus rien de ta vie. Tout le monde dit que tu vas voyager à ta retraite, mais c’est faux. Les gens à la retraite, ils n’ont pas d’argent. Moi, ma passion, c’est le hockey. Ça me permet de voyager aussi. Tant que je peux, je serai entraîneur de hockey. Quand je me lève le matin, je suis heureux de venir à la patinoire. Il faut que tu aies ça dans la vie. C’est la vie de tout le monde. Des fois, je rencontre des gens qui me disent « il me reste encore une heure à travailler. » Je me dis qu’ils n’aiment pas leur travail.

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Vous savez aussi être exigeant avec vos joueurs quand il le faut. On se souvient de cette soirée d’Halloween où, en conférence de presse, vous les avez secoués. Mais vous savez aussi être reconnaissant, motivant. Revenons sur l’histoire de cette prime de 4000 euros que vous avez mis en jeu personnellement avant le cinquième match à Grenoble. C’est quelque chose que l’on voit rarement dans le sport et cela montre l’attachement que vous aviez à votre groupe cette saison.

C’est sûr que les 25 joueurs, c’est ma famille, il ne faut pas se le cacher. Ma famille, c’est mon équipe de hockey. J’étais prêt à mettre de l’argent sur la table pour qu’on revienne ici au Coliseum pour nos partisans et qu’on puisse leur donner un match de plus, et aller chercher la sixième qui nous ramenait peut-être à la septième comme on l’a fait contre Rouen. L’esprit d’équipe, pour moi, c’est très important. Quand tu es un père de famille, tu ne vas pas juste flatter ton enfant. Il faut que tu lui donnes des petites tapes à l’occasion. C’est la même chose avec les joueurs. Je reviens souvent sur l’expression « botter des culs », mais tu ne peux pas juste les flatter, il faut que tu leur bottes le cul. Ça fait partie du hockey. En tout cas, les Canadiens qui viennent ici sont habitués de recevoir des coups de taloche pour performer. Quand tu veux jouer d’un gros calibre au Canada, il faut que tu passes par-dessus beaucoup d’obstacles mentaux. C’est la même chose avec nos joueurs.

Cette prime-là, est-ce que vous l’auriez offerte lors d’autres saisons ?

(Il réfléchit) Ça s’est fait comme ça, sur le coup. Avant de partir pour le match, j’ai dit aux joueurs « je vous donne une prime ». La prime, c’est de l’argent personnel qui va dans leur « banque », ce n’est pas imposable, c’est mon argent personnel. Et avec tout ça, il y a eu la boulangerie à côté (La Pétrie à Amiens, ndlr) qui m’a envoyé un message et qui m’a dit : « On met 2000 euros en bon d’achat pour les joueurs. S’ils gagnent ce match-là, j’embarque avec vous. » Ces actions-là peuvent avoir un effet boule de neige. Je disais aux joueurs : « vous pourrez avoir des gâteaux pendant un mois, vous pouvez vous bourrer la face de gâteau » et les joueurs étaient heureux de ça. On voit qu’à Amiens, il y a des choses à faire, mais il faut juste provoquer les choses et arrêter de dire que c’est impossible. Il y a beaucoup de choses qui sont possibles, il suffit de travailler pour.

César Willot
Crédit photo : Kevin Devigne, Théo Bégler– Gazettesports.fr