TENNIS : Constant Lestienne rêve désormais du Top 50

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L’Amiénois Constant Lestienne veut surfer sur sa grande forme estivale (22 victoires sur ses 26 derniers matchs) et profiter de sa 75ème place mondiale pour jouer des tournois ATP, plus cotés que les Challengers.

Une preuve que Constant Lestienne a changé de dimension ? Les égards auxquels il a eu droit la semaine passée à Cassis (Bouches-du-Rhône), engagé sur un tournoi Challenger du style de ceux qu’il dispute depuis neuf ans sur le circuit secondaire du tennis. « J’ai été très bien accueilli, on sentait que je comptais pour les organisateurs du tournoi. J’ai eu droit à la faveur réservée à la tête de série N°1 que j’étais, le seul joueur logé dans un super hôtel, avec vue sur les calanques et la mer, dans une grande chambre, presque une suite… »

S’il a 30 ans depuis mai dernier, l’ancien joueur du TC Amiens Métropole et de l’Amiens AC s’émerveille comme un junior. « Être N°1 d’un tournoi, c’est agréable et désagréable à la fois. Tout le monde a envie de me battre, mais je me sens très fort, ça fait plaisir ! C’est sûr que depuis cet été, tout est bien aligné pour moi » savourait Constant Lestienne en nous répondant, au soir de sa qualification pour les quarts de finale, à Cassis.

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Il venait de battre en deux sets très accrochés Sascha Gueymard Wayenburg, un joueur de 19 ans que « je ne connaissais pas du tout, c’est un jeune Français prometteur, grand et gros serveur. Si j’ai gagné, ce n’est pas tellement à l’expérience mais plus grâce à la confiance qui fait que j’ai mieux joué que lui les points importants. Mais je ne vais pas pouvoir tout gagner tout le temps, c’est normal de perdre des matchs » disait-il, de façon prémonitoire, puisque le lendemain, en quarts, le tournoi perdait son N°1, le Samarien étant sorti en trois manches par un autre « gamin » de 19 ans, Italien celui-là – Francesco Maestrelli – et classé autour de la 200ème place ATP.

C’est dans la tête !

Constant Lestienne au sujet de son été couronné de succès

Reste qu’avec trois titres remportés, à Malaga et à Pozoblanco en Espagne au mois de juillet puis à Vancouver en août ainsi qu’une finale perdue, à Ségovie, autant de tournois joués sur dur extérieur« je me rends compte que c’est ma meilleure surface » – Constant Lestienne affiche un total de 22 victoires en 26 matchs depuis la fin juin. Pas étonnant qu’il soit passé en quelques mois du 150ème au 75ème rang mondial

« On ne peut pas dire que c’est la meilleure saison de ma carrière, parce que de janvier à juin, je ne gagnais pas tant de matchs que ça. Mais l’été, oui, est assez fou ! 6 Challengers joués, 4 finales et 3 titres, je n’aurais jamais pensé faire ça ! » Mais quand on lui demande s’il pense jouer son meilleur tennis, il hésite : « C’est surtout dû à la confiance, c’est dans la tête ! » Comme si le fait d’être entré pour la première fois dans le Top 100, début août, avait débloqué quelque chose, brisé son plafond de verre. À Vancouver, il bat tour à tour Laurent Lokoli, l’Allemand Dominik Köpfer, l’Espagnol Fernando Verdasco, Ugo Humbert et, en finale, Arthur Rinderknech, soit cinq joueurs qui sont ou qui ont été nettement mieux classés que lui, à commencer par Verdasco ex-N°7 ATP et Ugo Humbert ex-N°25.

« Ce qui m’avait manqué dans ma carrière jusque là, c’était la régularité. Il faut dire que j’ai été beaucoup blessé, que je n’ai donc jamais trop pu enchaîner, jusqu’à cette année. Et là je joue non stop… J’en suis à 65 matchs environ et je ne me suis jamais senti aussi bien » sourit l’Amiénois, visiblement épanoui. Pour essayer d’expliquer cette progression que rien n’annonçait, vu de l’extérieur, il faut remonter à l’été 2020…

Il préfère être seul en tournoi, sans coach

« Ce n’est pas une personne qui m’a changé prévient-il, comme s’il tenait à garder la main sur sa destinée. Mais Charles Auffray, le directeur de la French Touch Academy (où il s’est entraîné, ndlr) m’a mis en contact avec l’ancien pro Julien Varlet. Charles, je le connais très bien, depuis longtemps, alors comme je l’aime beaucoup, j’ai foncé, c’était il y a deux ans. Depuis, Julien me donne des coups de main, mais en tournoi, je n’ai jamais de coach, je préfère me gérer seul » dit-il, en joueur qui aime son indépendance.

Cela dit, Constant Lestienne évoque aussi spontanément sa vie personnelle. « Lors de mes deux titres cet été en Espagne puis ma victoire à Vancouver, j’avais la présence et le soutien de ma copine Léa, elle mérite aussi une médaille ! Elle m’aide vraiment dans la gestion de mes émotions, pour la récup aussi : elle adore le tennis, mais là elle va re-travailler et monter une start-up à Paris. De toute façon, je ne mélange pas notre relation et ma carrière dans le tennis. Quand elle est à mes côtés, c’est par amour » s’enflamme le Samarien.

Tous les joueurs sont battables, exceptés Nadal sur terre et Djoko !

Suite à ses titres et surtout à son nouveau classement, le dilemme a alors été de savoir s’il s’inscrivait dans les tournois ATP auxquels il a désormais accès ou bien s’il continuait à écumer les Challengers où il devient l’homme à battre. « J’ai pas mal discuté cet été avec Gilles Simon (ancien N°6 mondial et vainqueur de 14 tournois ATP, ndlr). C’est vrai, que vu de loin, avec Gilles, on a quelques points communs sur le court, côté revers et un profil de contreur mais ça s’arrête là. Surtout qu’il a quand même une carrière phénoménale. Il est incroyable, je l’écoute et il m’a conseillé de faire un maximum de tournois ATP. C’était ce que j’envisageais » précise Constant Lestienne.

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Du coup, il va retraverser l’Atlantique ce mercredi, pour aller jouer « mon premier tournoi ATP 250 (la 3ème catégorie, après les ATP 500 et les Masters 1000, ndlr), à San Diego. Je voulais jouer à Metz, qui a lieu la même semaine (du 19 au 25 septembre) mais j’aurais été obligé de faire les qualifs. Alors qu’à San Diego, je suis tableau direct. Et la semaine suivante, j’enchaînerai avec Tel Aviv, sur dur intérieur, un tournoi où Djokovic est annoncé (il sourit puis rit même franchement). C’est dingue quand même que je me retrouve avec lui en tournoi. Après, je pense que tous les joueurs sont battables, excepté Nadal sur terre… et Djoko ! »

À minuit, je n’ai qu’une envie : aller me coucher

En attendant de savoir si le tirage au sort nous réservera un improbable Djokovic – Lestienne à Tel Aviv la semaine du 26 septembre, l’Amiénois va continuer à choisir méticuleusement ses tournois : « je regarde beaucoup les conditions de jeu, la surface, les balles utilisées, certaines marques ne me réussissent vraiment pas et on essaye, avec Julien Varlet, de faire une prog cohérente : là, pour aller de San Diego à Tel Aviv qui vont s’enchaîner, j’ai décidé d’investir un peu plus d’argent dans le vol, en classe Premium Eco, pour pouvoir mieux récupérer », vu le décalage horaire entre la Californie et Israël. 

Quant aux nouveaux adversaires qu’il va croiser, il estime qu’« entre le Top 50 et le Top 100, c’est à peu près le même niveau, c’est au dessus que ça devient plus costaud. » Mais contrairement à d’autres joueurs moins bien classés, Enzo Couacaud ou Geoffrey Blancaneaux chez les Français par exemple, Constant Lestienne n’est jamais rentré dans le tableau final d’un Grand Chelem. Il a buté encore récemment sur les qualifs de l’US Open, comme à plusieurs reprises à Roland-Garros et en Australie aussi.

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Son classement actuel lui garantit de découvrir le grand tableau d’un Majeur en janvier : « c’est bon pour Melbourne, sûr à 100% sauf blessure » dit en croisant les doigts un joueur qui se sent justement très frais pour son âge, « grâce à toutes mes blessures plus jeune. Des périodes d’inactivité forcée, alors mon corps est moins fatigué. Grâce aussi à mon hygiène de vie, je pense qu’elle est irréprochable. Quand je suis avec des potes, à minuit, j’ai qu’une envie : aller me coucher, même s’ils vont faire la fiesta… » sourit-il, en martelant ses deux objectifs, un nouveau : « Le Top 50, c’est un rêve… » Et un qui date un peu : « jouer le tableau final d’un Grand Chelem. » Celui-là se réalisera donc pendant l’été austral.  

Tiens, on allait oublier un sujet, une partie importante de sa vie même : la magie… Car Constant Lestienne est aussi connu pour ses tours, à base de cartes et pour ses aptitudes à jouer les mentalistes ! « J’ai commencé à 24 ans, pour m’occuper et changer un peu du tennis. Mais depuis janvier, je n’en ai pas fait, pas de prestation professionnelle, pas le temps, contrairement aux années précédentes. Ça m’arrivait même en marge de tournois challengers. Et sinon lors de fêtes comme des mariages » assume-t-il, pas mécontent d’avoir plusieurs cordes à son arc.

Cela dit, à la question de savoir ce qui lui procure le plus de plaisir : le tennis ou les tours de magie, la réponse fuse : « Le tennis, très largement ! Pour l’adrénaline, les sensations, c’est incomparable ! J’ai l’intention de jouer le max possible, j’adore ce que je fais alors je veux kiffer à fond  » prévient-il, prêt à sortir… une baguette magique pour réaliser ses rêves.

Vincent Delorme
Crédit photos : DR (Constant Lestienne)