NATATION : Mewen Tomac, « l’homme de ces championnats »

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Nous revenons avec Mathieu Neuillet, coach du Pôle Excellence de l’Amiens Métropole Natation, sur les performances amiénoises aux championnats de France à Chartres, la semaine passée.

Bonjour, commençons par Mewen Tomac. Pour lui, c’était quasiment la semaine parfaite ?

Oui, je ne dirais même pas « quasiment », c’est la semaine parfaite. Aussi bien dans l’état d’esprit que dans les différents résultats qu’il a obtenus. De mon point de vue, c’est l’homme de ces championnats parce qu’il a pu s’exprimer sur plusieurs courses dans plusieurs disciplines. Et dans chacune d’elles, il a au moins frôlé la qualification. Ça dénote d’un certain niveau ou au moins d’un certain potentiel. Quand vous prenez la qualification sur 100m et 200m dos et que vous êtes à 8 centièmes sur 4 nages, c’est que votre niveau global correspond à un athlète de très haut niveau. Ça, c’est quelque chose de très intéressant. Cela veut dire qu’il a su évoluer dans tous les secteurs. On a quand même eu un beau programme où il nageait tous les jours (sauf le mardi, ouverture de la compétition, ndlr), et chaque jour, il a été capable de répondre présent, quelle que soit la discipline.

On n’y allait pas pour aller chercher une qualification, sur le 200m 4 nages.

Ces 8 centièmes, ça ne crée pas une petite frustration, malgré tout ?

Non, du tout. Parce que de toute façon, on n’aurait pas fait le 200m 4 nages aux Jeux parce que c’est le même jour que le 200m dos. On aurait été obligé de faire un choix et on aurait choisi le 200m dos dans tous les cas, donc il n’y a aucun regret. Et de toute façon, on n’y allait pas pour aller chercher une qualification, sur le 200m 4 nages. C’était vraiment du bonus. C’était une course sur laquelle il s’était challengé avec Enzo (Tesic, ndlr) parce qu’Enzo avait fait vice-champion de France à Saint-Raphaël. Ils avaient à cœur tous les deux de faire quelque choses et de monter sur la boîte avec les mêmes couleurs. C’était quelque chose de sympa à vivre.

La non-qualification pour le relais 200m nage libre n’est pas un bémol ?

Non, pas du tout. Parce que de toute façon, il sera sur place. Donc si jamais il y a un nageur du relais qui a quoi que ce soit, on sait ce qu’il est capable de faire. Il a déjà nagé 1’46 à Budapest dans une période où il n’était pas forcément au mieux de sa forme. Donc on sait qu’aux Jeux, si jamais l’équipe de France a besoin de lui, il pourra répondre présent.

Concernant Enzo Tesic, il a été chercher sa place dans le relais et un podium sur le 200m 4 nages, c’est aussi une bonne semaine ?

Oui, pour lui, c’est vraiment une bonne semaine. Ce qu’on cherchait, c’était les Jeux avec le relais 4x200m. L’après-midi, il a vraiment nagé en fonction de la course. On savait que ça allait partir fort, l’idée c’était d’être capable de finir très vite sur le dernier 50m. Stratégiquement, il s’est organisé pour que ça puisse fonctionner pour lui et grâce à son dernier 50m, ça lui permet d’accrocher la 4ème place, synonyme de ticket pour Tokyo avec le relais. C’était vraiment l’objectif principal pour Enzo.

Après, sur le 200m 4 nages, il a eu un bon niveau dans l’ensemble du travail qu’il peut effectuer. Et dans cette course, il arrive à avoir un bon résultat. Parce qu’il fait 2’00’51, il n’est pas si loin que ça non plus de la qualification olympique. Ça montre qu’il est un peu sur le même profil que Mewen, un nageur qui commence à avoir une belle polyvalence et qui va être capable de répondre et d’aller jouer sur un peu sur toutes les courses et il aura un bon niveau un peu partout.

Ce n’est pas vous qui l’entraînez (il s’entraîne à l’INSEP avec Michel Chrétien, ndlr), mais vous pouvez peut-être nous donner aussi votre sentiment sur Maxime Grousset qui a fait une grosse semaine également ?

Maxime a été le sprinteur de cette semaine. Réussir à faire le doublé sur le 50m et 100m en crawl, en décrochant en plus son ticket sur les deux courses en individuelles… Au-delà de ça, ce qui est le plus remarquable, c’est sa maîtrise sur le 100m. Il a un niveau de performance qui est très élevé. Nager plusieurs fois en un mois sous les 48″, c’est une sacrée performance. Il faut être capable de le répéter. En tout cas, il montre qu’il le maîtrise de plus en plus et qu’il arrive à faire les choses quel que soit le contexte dans lequel il est. Parce que quand vous êtes aux championnats à côté de Florent (Manaudou, ndlr) et que vous devez aller chercher votre ticket pour les Jeux, en termes d’adrénaline et de stress, le niveau devait être assez élevé. Dans ces situations-là, il est maintenant capable de répondre présent et de nager vite parce que, que ce soit sur 50m ou sur 100m, ce sont deux courses où il montre un potentiel de rentrer au moins en demi-finale, si ce n’est plus, aux Jeux.

Justement, avec ces performances, il y a moyen de faire mieux de la figuration aux Jeux Olympiques, que ce soit pour Mewen Tomac ou Maxime Grousset ?

Oui, tout à fait. Et de toute façon, je pense que l’un comme l’autre n’y vont pas pour faire la figuration. Certes, c’est leur premier billet pour les Jeux, mais derrière, ils ont vraiment à cœur de défendre les couleurs de la France, de vivre l’événement de la meilleure façon possible. Et pour que ce soit réussi, pour un sportif, il faut au moins valider un passage. Ils sont jeunes, on a plus souvent en tête le fait qu’ils pourront briller à Paris 2024 plutôt qu’à Tokyo, mais si jamais ils ont l’opportunité qui se présente, il ne faut pas la laisser passer. Et puis, c’est de l’expérience à prendre. À mon avis, dans un coin de leur tête, il y a au moins les demi-finales.

Il y a quelques athlètes dont ils vont se rendre compte qu’ils sont capables de rivaliser avec eux.

D’autant que plus ils avanceront dans la compétition, plus ils se confronteront à des adversaires de haut niveau, donc plus ce sera bénéfique en termes d’expérience…

Complètement. Bénéfique en termes d’expérience mais également en termes d’estime de soi. Quand vous croisez ces athlètes-là et que vous vous rendez compte qu’ils n’ont rien de plus que vous, derrière, à l’entraînement, c’est beaucoup plus simple. Et la prochaine fois que vous allez les croiser, vous ne seraient plus impressionnés. Il y a peut-être quelques athlètes comme Dressel, qui a nagé très fort sur les Trials, qu’ils regarderont avec de grands yeux. Mais derrière, il y a quelques athlètes dont ils vont se rendre compte qu’ils sont capables de rivaliser avec eux.

Sur ces championnats, la petite déception, c’est peut-être Roman Fuchs ?

Roman a eu une saison un peu compliquée. Nous, c’est vrai qu’on le suit à distance, on prend de ses nouvelles régulièrement, il s’était déplacé pour le Club Somme 24, donc on avait pu le croiser. Sur ces championnats, il n’a pas trouvé la solution, il n’a pas réussi à s’exprimer comme il voulait. Est-ce qu’il y avait pas mal de stress ? Je l’ai peu croisé, on n’a pas eu l’occasion vraiment d’échanger. Et je pense que ce n’était, de toute façon, ni le lieu ni le moment. Je pense que quand vous jouez quelque chose de ce niveau-là, il y a beaucoup de crispation. Il faut être capable de vous détacher complètement de l’objectif que vous êtes en train de viser pour pouvoir vous libérer et faire votre course au maximum. Je pense que Roman a peut-être eu un petit peu de mal de ce côté-là.

Et, en dehors des têtes d’affiche, quel bilan pour les autres nageurs et nageuses du club ? On pense à Lou Hermel qui fait une finale.

Lou Hermel en finale, c’est une super expérience. Elle est dans les 8 meilleures nageuses françaises. Ça lui permet de pouvoir se confronter dans une course avec des nageuses qui font 2’27 – 2’28, donc forcément, c’était un peu loin de son niveau mais au moins, quand elle ressort de là, elle sait ce qui lui reste à faire si elle veut se mesurer à elles un jour. Mathilde Pruvot se qualifie pour les championnats d’Europe juniors avec le 4x100m nage libre. Pour elle, ce sera sa première expérience internationale. Ça va être un grand moment et c’était une belle surprise pour nous même si au fur et à mesure de la saison, on voyait bien qu’elle avait le potentiel pour le réaliser, mais elle a réussi à le conclure sur un championnat de France et ça, à son jeune âge, c’est un bel exploit. On a Maximilien Hugot, également, qui fera les championnats d’Europe juniors sur 50m dos et 100m dos. Il est venu confirmer à Chartres tout son potentiel et la qualification qu’il avait obtenue à l’issue de la dernière partie de la saison.

Ensuite, les autres ont été – c’est peut-être un peu plus facile vue la dynamique du groupe – dans un engrenage très positif avec beaucoup d’envie de réaliser de belles choses. Un garçon comme Hugo Sagnes a nagé à son meilleur niveau depuis bien longtemps sur 200m nage libre, c’est encourageant, même chose pour Clément Mallet. Thomas Le Pape a réalisé tous ses meilleurs temps dans toutes ses courses alors qu’il est rentré sur Amiens passer son bac le jeudi et est revenu à Chartres ensuite. On a senti tout le monde avec de la détermination et la motivation de faire les choses et de bien les faire, et d’aller jusqu’au bout.

On a senti tout le monde avec de la détermination et la motivation de faire les choses et de bien les faire

Le fait d’avoir des têtes d’affiche qui réussissent, ça joue vraiment sur la dynamique du groupe ?

Bien sûr. Ça a deux facteurs. Le premier, évidemment, c’est que les autres nageurs ont envie de faire la même chose. Il y a une dimension de reproduction, on a envie de vivre la même chose que les autres. Ça leur permet aussi de prendre conscience que si leurs camarades de club y arrivent, pourquoi pas eux. Mais, le deuxième, avec lequel il faut être vigilant, c’est qu’ils peuvent devenir spectateurs de cette réussite, partager cette réussite avec les autres et presque s’en contenter et se décentrer de leur action.

On avait l’occasion de se retrouver dans la journée les uns avec les autres, ils ont tous pu partager le bonheur des différents sélectionnés internationaux pour cet été. Mais on les a senti tous très concernés et heureux de la réussite de l’ensemble du groupe.


Morgan Chaumier

Crédit photo : Coralie Sombret – Gazettesports