VOILE : Les Amiénois ont le vent en poupe sur Virtual Regatta

Virtual Regatta Screen Leandre Leber
Ⓒ Gazette Sports

Alors que le Vendée Globe touche à sa fin, en parallèle, près d’un million de joueurs ont pris part à la course virtuelle du Vendée Globe qui a d’ores et déjà rendu son verdict le samedi 16 janvier. Parmi ces skippers connectés, on compte une poignée d’amiénois.

Créée en 2006, la simulation officielle du Vendée Globe, Virtual Regatta, compte près de 700 000 joueurs actifs chaque jour. Pour Thomas Gauthier, directeur de produit, le jeu surfe sur la vague du premier confinement, lors duquel « quelques événements ont été annulés comme la transat AG2R, ce qui a permis aux skippers réels, qui ne pouvaient pas prendre le départ de la course avec leur vrai bateau, de participer à la course en digital, qui a été très suivie ».
Le Vendée Globe virtuel fait l’objet d’un suivi quotidien par Ouest France et voiles et voiliers. D’anciens vainqueurs de l’épreuve tels qu’Armel Le Cléac’h ou François Gabart se prêtent également au jeu, de quoi motiver les plus jeunes et asseoir la légitimité du jeu. Un aspect essentiel de la simulation, particulièrement apprécié par les joueurs amiénois, comme Nicolas « C’est un jeu assez addictif où l’on peut se mesurer avec les copains mais également avec les navigateurs qui sont en mer ».

Ainsi, le jeu attire un public toujours plus large et de plus en plus fidèle, « on envisage un taux d’arrivée de l’ordre de 55% au Vendée Globe. C’est un taux supérieur aux éditions précédentes, ce qui, pour un jeu vidéo qui s’étend sur plusieurs mois est quelque chose d’assez extraordinaire ». Le Vendée Globe, figure de proue de la simulation de voile, entraîne dans son sillage les autres courses, qui voient leurs audiences doubler pendant l’événement.

Virtual Regatta Topic
Le classement final du meilleur amiénois « TOPIC »

Et les Amiénois dans tout ça ?

On compte 343 joueurs amiénois sur le Vendée Globe. Le meilleur d’entre eux, connu sous le pseudo de « TOPIC » a terminé sa course à la 554e place, à seulement 17 minutes du premier !
Concrètement comment joue-t-on à Virtual Regatta ? La simulation en ligne de voile propose une gestion en temps réel des vents et de la météo aux apprentis skippers, comme aux plus aguerris. Le joueur doit prendre en compte l’ensemble de ces paramètres pour planifier son itinéraire. À ce petit jeu, le chemin le plus court n’est pas toujours la meilleure option, comme en atteste Étienne, joueur depuis quatre ans, qui a d’abord filé droit avant de prendre une option payante «au Cap Horn, alors que certains étaient passés au large à l’Est, j’ai pris un cap plus proche de l’Amérique et j’ai rattrapé mon retard ».

Virtual Regatta Leandre Leber
Voici l’interface du jeu Virtual Regatta en course

L’objectif en jeu est de trouver le meilleur itinéraire possible, or celui-ci doit être ajusté au jour le jour en fonction des conditions météorologiques. Pour y arriver, chacun a sa technique, « je regarde les vents dans les 24h à venir, je surveille la tête de course. Je lis aussi les conseils donnés sur la page facebook du jeu. J’avoue aussi espionner Estelle Denis qui se débrouille vraiment bien depuis plusieurs courses » confie Bertrand, qui joue à son premier Vendée Globe virtuel. S’il est possible de suivre la trace des meilleurs joueurs, cette tactique atteint vite ses limites, comme le précise Nicolas « dès que l’on s’éloigne un peu, les conditions météo peuvent être tellement différentes qu’il vaut mieux ne pas s’occuper des autres pour choisir sa route ». Pour Léandre, le plaisir réside avant tout dans le fait de tracer son propre itinéraire, qu’il surveille « 7 à 8 fois par jour ».

Un OFNI* dans le monde de l’e-sport

Le jeu est une référence de l’esport dans sa catégorie comme le rappelle Thomas Gauthier, « avec Regatta Inshore, on est là aussi un OVNI, on est les seuls à avoir un statut qui nous permet de délivrer un titre de champion du monde, délivré par la fédération internationale de voile. Chaque année depuis 3 ans, il y a un champion du monde de eSailing et les fédérations affiliées délivrent également un titre de champion national ».
Et si la compétition entre le million de joueurs est féroce, pour beaucoup, l’essentiel est ailleurs. Ainsi, Étienne a pour objectif de « terminer devant les copains », quand Pierrick rêve de battre son père (Fred Haslin, photographe au Courrier Picard) à la course « à chaque course, on a un vainqueur dans la famille ! Ça permet aussi de se chambrer de temps en temps ! ». Tandis que pour Bertrand, il faut « « finir et surtout ne pas être dans les derniers. Surtout au sein de la team sinon c’est chambrage assuré ! ».

Thomas Gauthier Virtual Regatta
Thomas Gauthier, directeur de produit chez Virtual Regatta

Quoi de neuf à l’horizon ?

L’équipe de Virtual Regatta, qui a récemment déménagé ses locaux, est en plein essor, mais il ne faut pas s’attendre à de grands bouleversements dans les mois à venir dans le jeu. Si les développeurs ne manquent pas d’ambitions, Thomas Gauthier garde les pieds sur terre et met l’accent sur l’accessibilité « pour voir les côtes, ou voir son bateau lorsqu’on est échoué il faudrait qu’on modélise la terre entière, or on n’est pas Flight Simulator ou Microsoft, donc c’est plus difficile pour nous, surtout pour un jeu accessible depuis le web sans avoir besoin de télécharger quoi que ce soit, il y a un équilibre à tenir ». À ce titre, lancer des courses payantes, avec tous les mêmes options de voiles, foils, n’est plus envisagée, après un premier échec en 2018 « ça a été un flop total, on a fait moins de mille joueurs » ajoute Thomas Gauthier. En revanche, les joueurs ont la possibilité d’améliorer leur bateau en investissant dans le jeu, ou « en accumulant les primes d’arrivées et de départs d’une course à l’autre on cumule un petit paquet de crédits qui peuvent aider à équiper son bateau, la fidélité dans le jeu permet de pouvoir naviguer à arme quasi égale avec des joueurs qui payent ».

Les joueurs qui n’ont pas terminé le Vendée Globe ont jusqu’au 15 mars pour terminer la course. En parallèle de nouvelles compétitions se sont lancées comme le trophée Jules Verne et de nombreuses courses sont jouables tout au long de l’année. Parmi elles, la Mini Transat 2021, à laquelle le marin amiénois Victor Eonnet prendra part en chair et en os.

*OFNI : Objet flottant non identifié

Le classement des joueurs présents dans l’article (mis à jour le 20/01/2021) :

tigrou26120 : 68j22h16m04s (1e du classement)

Topic : 68j-23h-16m-45s
Etienne :71j2h45m
Leandre : 71j6h-24m
Bertrand : 71j20h
Pierrick : en mer
Nicolas : en mer
Frederic : en mer
Gauthier : en mer



Julien Benesteau

Crédit photo Virtual Regatta