SPORT SANTÉ : Courir la Jules Verne pour dépasser la maladie (1/2)

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Ⓒ Gazette Sports

L’annuelle course Courir la Jules Verne prévue fin mai, a été reportée au mois d’octobre 2020 en raison de la pandémie. L’occasion pour cinq femmes en phase de rémission d’un cancer, de débuter les entraînements pour les 5km de la course, qui aura lieu pendant Octobre Rose.

Chaque semaine, Caroline, Myriam, Houria, Agnès et Claire retrouvent Quentin Vacandare, professeur d’Activité Physique Adaptée, au parc de la Hotoie pour leur entraînement hebdomadaire de course à pied. L’objectif pour elles : boucler les 5km de la Jules Verne cet automne.

« L’idée de la Jules Verne est venue suite à un échange à la fin d’une séance où une des patientes avait dit avoir recommencé à courir, une autre a pris la conversation en cours et moi-même je me suis dit qu’avec un programme d’APA au CHU et mes compétences, c’était une bonne idée de proposer la Jules Verne qui est quand même un événement local. C’est toujours important de se fixer des objectifs et une course en est un » développe l’entraîneur des cinq femmes.

Rencontre tout d’abord avec trois d’entre elles qui nous expliquent les raisons de leur engagement dans cette course, insistant sur l’importance du sport dans cette phase si importante de leur parcours.

« Si après le cancer il n’y a pas de sport, la récidive est là »

Quand on demande à Houria, Agnès et Claire ce qui les a poussées à prendre un dossard pour la Jules Verne, la volonté de se dépasser prévaut pour chacune d’entre elle. Houria confie qu’elle n’avait « pas fait de sport depuis le lycée, à part un peu de course au mois d’octobre 2018, juste avant la maladie. » Son engagement aux 5km repose donc principalement sur sa pathologie : « je voulais déjà la courir il y a deux ans mais malheureusement je n’ai pas pu. Le fait d’avoir eu cette maladie ça m’a donné encore plus envie d’y retourner, de me libérer et d’y participer. Courir c’est quelque chose que l’on aime bien, mais c’est aussi le fait qu’il y a un combat derrière tout ça. »

Si on s’arrête à 4,2km sur une course de 5km, c’est comme ne pas aller au bout du combat contre la maladie.

Agnès N.

Pour Agnès, qui faisait de la course à pied régulièrement, « c’est une continuité. » Ainsi, elle compare l’épreuve amiénoise à son propre combat personnel contre le cancer : « on est obligées de se surpasser, d’y arriver et d’aller au bout. Exactement comme la maladie, il faut aller au bout parce qu’on ne peut pas s’arrêter : en course à pied il faut aller au bout du parcours, il y a un départ mais aussi une arrivée et si on s’arrête à 4,2km sur une course de 5km, c’est comme ne pas aller au bout du combat contre la maladie. »
Enfin, Claire courait « depuis 2017, une à trois fois par semaine jusque fin 2018. » De son côté, c’est « la frustration de ne pas avoir pu courir pendant un an et demi, l’envie de recourir comme avant, la volonté de continuer là où j’étais avant » qui l’a poussée à rejoindre ses amies dans l’aventure.

Chacune d’entre elles suit donc un programme précis mis en place en concordance avec la continuité de leurs soins. Pour Houria, « l’initiative d’adapter du sport à la maladie est bonne, elle permet de rencontrer des gens qui ont été malades comme nous, c’est enrichissant. On a des âges différents, mais c’est un point de rencontre, on partage tout et ça aide à se sentir moins seule. » Le programme sportif proposé reste cependant accessible à tous les patients qui souhaitent s’y intégrer, Agnès précise ainsi que « les entraînements sont adaptés par groupes de niveaux, il y a des tests avant de commencer les séances. Si on trouve que c’est difficile, on ne le fait pas ; au lieu de faire 20 abdos par exemple, on ne va en faire que 10. » Le maître mot de cette expérience est donc « chacun à son rythme » : « le but n’est pas de forcer pour finir dégoûtée et ne plus avoir l’envie de venir. »

On est super fortes, on a l’impression que l’on est Wonderwoman

Agnès N.

Une initiative qui permet également à ces patientes d’échanger sur leur parcours et leur vécu, mais aussi de se retrouver en chacune de ses partenaires. Le programme devient alors une aide mais aussi un soutien à travers différents aspects : « on n’est pas seules, on a un programme à gérer entre les chimios, les rayons et le sport ; on ne se lâche pas. On est super fortes, on a l’impression que l’on est Wonderwoman : quand vous avez traversé tout ça, certes ce n’est pas Koh-Lanta, mais presque. » Malgré cela, Agnès nous explique que « la maladie n’est pas derrière nous, elle est encore avec nous mais on essaye de s’en détacher avec le sport. Cependant, ça reste une partie de nous et c’est difficile de s’en débarrasser. »

L’activité physique est donc un point essentiel à la phase de rémission, « si après le cancer il n’y a pas de sport, la récidive est là » admet Agnès. De son point de vue, le programme auquel elle participe devrait être proposé dans tous les hôpitaux puisqu’il ne s’agit pas que de course à pied mais également de marche nordique ou encore de tennis de table. « Rien de tout ça n’est obligatoire, mais tout est adapté aux besoins de chacun » conclut-elle alors.



Retrouvez la seconde partie de cet entretien ICI.




Océane Kronek

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