SPORT SANTÉ : Le sport, une rampe de lancement pour se remettre en route (2/2)

Ⓒ Gazette Sports

Suite à l’entretien avec Agnès, Claire et Houria, retrouvons maintenant leur entraîneur, Quentin Vacandare. Celui-ci nous parle de son métier mais aussi de l’intérêt du sport dans le domaine médical.

Tout au long de leur préparation pour la Jules Verne, les cinq femmes sont suivies par Quentin Vacandare, professeur d’APA au sein du service DISSPO du CHU, service de soins support qui permet d’accompagner les patients pendant et après leur traitement. Sont proposés : de l’activité physique adaptée, des soins esthétiques, un soutien psychologique, diététique, la coordination… Quentin nous parle donc de sa profession et de son rôle auprès des patients.

« Ce n’est pas un « nouveau métier » mais c’est un métier qui se développe. C’est un moyen qui permet la mise en activité des personnes qui, en raison de leur état physique, mental ou social, ne peuvent pratiquer une activité physique dans des conditions habituelles. On propose du sport dans des établissements de santé et moi j’interviens auprès de patients suivis pour un cancer, quel qu’il soit. Mon rôle c’est de proposer un programme bien défini avec un bilan d’entrée, 30 séances à raison de deux fois par semaine puisque pour être bénéfique, l’activité doit rester régulière. À la fin du programme on refait un bilan pour constater l’évolution mais aussi voir si les objectifs ont été atteints. Je peux entrer en scène dès le début du parcours du patient, dès le diagnostic de sa maladie on peut commencer à intervenir et faire de l’activité physique.

Il faut savoir que l’on n’est que deux au sein du CHU en tant que profs APA, mais au sein de l’onco-pôle on a de plus en plus de médecins qui proposent ce soin de manière systématique et c’est très bien ! Il n’y a pas de soins de supports dans tous les CHU, mais j’ai également la chance d’y être salarié à temps plein puisqu’à Rouen par exemple c’est quelqu’un d’extérieur qui vient une fois par semaine… Il y a encore un peu de travail à faire sur cet aspect ! »

Le sport est un bien-être autant physique que psychologique

Quentin Vacandare

Les patients lui sont donc adressés par les médecins et, même si l’engagement reste parfaitement au libre choix de chacun, le professeur met une fois de plus l’accent sur l’aspect complémentaire du sport avec le traitement dit classique, « c’est vraiment intégré aux nouveaux soins de supports : l’activité physique adaptée est un traitement non médicamenteux complémentaire aux chimios etc. donc ça serait dommage de s’en passer. » Afin de sensibiliser et cibler le plus de monde possible, la structure propose une large palette d’activités susceptibles d’ouvrir son public : « Outre la course à pied, on peut faire de l’entraînement d’effort sur vélo, on a des rameurs, des appareils de musculation… Je fais également du pilate, du postural ball mais on a surtout des partenariats avec la ville : une fois par mois on va au tennis de table avec l’ASTT et puis je propose également de l’aquagym au Coliseum. C’est un panel assez large d’activités pour toucher le plus de monde possible. »

Bien que la plupart des patients qui arrivent dans son service n’ont jamais fait de sport de manière régulière, Quentin nous parle d’une « rampe de lancement qui permet de se remettre en route et surtout de reprendre confiance en soi, se rendre compte que l’on est capables de faire beaucoup de choses même en ayant une chimio la veille. Le sport est un bien-être autant physique que psychologique donc ça rentre parfaitement dans le parcours d’un patient atteint du cancer. »

Des mœurs qui évoluent, une initiative à promouvoir

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Autre point essentiel dans cette démarche : l’information du patient. En effet, il ne s’agit pas d’accabler les patients avec l’importance du sport en phase de rémission, mais principalement de les informer de l’intérêt de l’APA. Ainsi, le professeur met en avant la présence de ses patients qui viennent « sans le frein. Il arrive parfois lors d’entretien de rencontrer des personnes qui disent encore « ah non je suis malade, je ne peux pas faire de sport ». Ce n’est pas systématique mais ça peut encore arriver et c’est aussi mon rôle de casser ces barrières et de changer un peu les mœurs : il y a trente ans, les médecins disaient de se reposer ; mais maintenant le sport fait partie intégrante des nouveaux soins et ça a été démontré donc pourquoi s’en passer ? »

Il devient alors primordial pour le service de promouvoir au maximum chaque activité proposée, avec des événements, comme par exemple « chaque année une course ou une marche à Rivery, de l’aviron avec le club nautique d’Amiens… On aime bien mettre des événements en place pour promouvoir les bienfaits que peut apporter une activité physique.»

L’objectif principal de ce projet reste néanmoins la poursuite de ces activités par les patients en dehors de l’hôpital « qu’ils s’inscrivent dans un club ou une association où il y a des personnes sensibilisées à prendre en charge ; il ne faut tout de même pas les adresser n’importe où mais l’idée est que ce soit pérenneOn ne va pas dire que le mot « cancer » ne fait plus peur, mais les gens voient de plus en plus un « après » le cancer. »




Océane Kronek

Crédits photo : Kevin Devigne – Gazettesports.fr