HANDBALL – Julien Richard : « Ma décision était prise quoi qu’il arrive de rester proche de l’équipe »

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Ⓒ Gazette Sports

Capitaine de l’équipe fanion de l’Amiens Picardie Handball cette année, Julien Richard raccroche son n°5 mais ne quitte pas la bande de copains. En effet, il reprendra à son tour le groupe de Pirates pour la saison 2020-21 aux côtés de Yuriy Petrenko.

Salut Julien, tout d’abord, comment vas-tu ? Comment se passe ton confinement ?

Ça va plutôt bien merci ! On prend un peu notre mal en patience, si c’était un peu plus cool au début je pense que maintenant ça devient un peu long pour tout le monde. On essaie de s’occuper comme on peut en faisant un peu d’école avec le petit, avec le minimum de sortie pour être le plus protégé possible, on fait attention à tout. Et puis surtout, on prend souvent des nouvelles de nos proches pour savoir aussi comment ils vont, mais je ne cache pas que ça commence à être un peu long et que le contact avec les autres gens manque.

On a pu voir sur les réseaux de l’APH que l’équipe s’est lancée dans des petits challenges vidéos. De qui est venue l’idée ? Est-ce qu’en dehors de ces vidéos, l’équipe garde le contact au maximum ou au contraire est-ce que chacun en profite pour prendre un peu de recul ?

C’est Sylvain Pioli qui a émis cette idée, c’est lui qui s’occupe principalement de tout ce qui est réseaux sociaux et il le fait plutôt bien donc c’est super de sa part que l’on puisse se voir comme ça via cette petite activité. Ça nous permet de nous voir malgré tout et de nous occuper un peu alors c’était une bonne initiative, surtout que ça a plutôt bien marché donc tant mieux !

Honnêtement les premières semaines on était tous un peu abasourdis par cet arrêt du championnat et je pense qu’on a tous eu besoin de penser à autre chose ; en tout cas c’était clairement ma façon de penser. Il y a plus urgent donc il fallait se concentrer sur la santé et le confinement, d’abord assurer la sécurité plutôt que de penser au sport. Maintenant ça commence à bouger un peu plus, on a hâte de voir un petit peu comment va se passer le déconfinement mais on a tous eu une petite période où on a eu besoin d’atterrir, de comprendre ce qu’il se passait, et maintenant on va reprendre doucement contact, se projeter pour faire des choses ensemble… Avant d’avoir une date, c’était compliqué de prévoir quoi que ce soit, mais maintenant on recommence à prendre un peu plus de nouvelles dans le but de se voir assez rapidement.

Récemment, il a été annoncé que Pierre-Alain ne serait plus sur le banc de la N1 pour la prochaine saison, et que toi tu ne serais plus sur le terrain. Est-ce que, lorsque tu as décidé de mettre un terme à ta carrière de joueur, tu as tout de suite pensé à rester dans le groupe en tant que second coach ou était-ce juste une opportunité que tu as saisie suite à l’annonce de ton entraîneur ?

C’est quelque chose que j’avais en tête depuis déjà un petit moment, on avait déjà commencé à échanger sur le sujet avec Yuriy. Mais j’ai aussi hésité à refaire un an en tant que joueur parce que cette année ça s’est plutôt bien passé physiquement, mais c’est certain que Yuriy avait aussi besoin d’être épaulé cette saison et que ma décision était prise quoi qu’il arrive de rester proche de l’équipe. Je ne savais pas encore sous quelle forme, mais en tout cas je suis super content de travailler avec Yuriy puisqu’on se connaît très bien, depuis une quinzaine d’années déjà : on a joué ensemble, on travaille ensemble au quotidien et on a la même vision du handball et de comment faire les choses donc il n’y aura pas de surprises. La prépa nous permettra de trouver nos repères aussi, il faut que chacun s’épanouisse dans son rôle. Elle nous permettra aussi de voir un peu comment ça se passe avec les nouveaux joueurs, comment le lien se fait entre mon ancien rôle et le nouveau… Il y aura pas mal de choses à voir mais, en tout cas, je suis content de rester proche de cette équipe que j’apprécie et j’espère que l’on fera du bon boulot !

Ce ne sont pas les diplômes qui feront que le contact va bien se passer avec les joueurs mais plutôt le fait qu’on se connaisse et que l’on sache que l’on aura quelque chose à construire ensemble.

Julien Richard

Cette saison 2020-2021 sera-t-elle ta première expérience de coaching ? Quelles ont été tes autres expériences, qu’en as-tu retenu ?

Quand je suis arrivé ici il y a neuf ans, on avait absolument besoin de se maintenir en Nationale 2 pour lancer le projet et l’ancien président de l’époque (Joël Peron) m’a demandé si j’étais prêt à être entraîneur-joueur pour aider le club. C’est donc ce que j’ai fait pendant huit mois, sachant qu’après il y avait Thomas Quesnel qui était aussi impliqué sur le projet sportif, mais dans tous les cas ce n’est pas ma première expérience. J’ai des diplômes dans ce domaine, et également la formation vidéo que j’ai validée avec le club l’année dernière alors je ne suis pas sans rien, maintenant ce ne sont pas les diplômes qui feront que le contact va bien se passer avec les joueurs mais plutôt le fait qu’on se connaisse et que l’on sache que l’on aura quelque chose à construire ensemble. Alors effectivement ça ne sera pas ma première expérience, mais ça sera la première dans ce contexte puisqu’on sera deux avec Yuriy : c’est un fonctionnement un peu particulier mais on est obligés de fonctionner comme ça parce qu’en termes de temps c’est compliqué pour Yuriy comme pour moi puisqu’on travaille à côté, c’est la bonne solution parce qu’on ne peut pas s’investir à temps complet dans l’équipe. C’est aussi la meilleure solution pour le groupe, qu’il puisse s’entraîner le plus sérieusement possible avec un nombre de séances conséquent et je pense que ça va bien fonctionner.

Tu n’es donc pas le premier à franchir ce cap de joueur vers entraîneur à l’APH. Comment se passe le changement de rôle selon toi ?

Le rôle est complètement différent parce que normalement on est censés être “moins proches”, en quelque sorte, des joueurs, dans le sens amical, mais ce n’est pas forcément l’état d’esprit dans lequel va fonctionner le groupe. Je pense que tout le monde est assez malin pour jouer le jeu, pour respecter la barrière que l’on sera obligés de mettre en place naturellement pour que ça puisse fonctionner avec les joueurs. Mais en le faisant sérieusement, sans se prendre trop au sérieux pour autant, ça ne nous empêchera pas de tout donner pour l’équipe, mais surtout pour que les joueurs se sentent bien et puissent prendre du plaisir. En tout cas je ne pense pas que Yuriy ait mal vécu sa retraite et je ne pense pas mal la vivre non plus parce qu’on a un groupe de joueurs très matures, même pour les plus jeunes, qui arriveront bien à faire la différence entre les deux rôles. Ça fait déjà quelques années aussi que, Yuriy avant, et moi sur l’aspect plus défensif, on avait notre implication dans le rôle sportif et je n’ai jamais ressenti le problème d’écoute en étant encore joueur, donc je ne pense pas que ça sera plus compliqué en étant coach.

Dirais-tu que le fait d’avoir d’abord porté la casquette de joueur dans cette équipe t’apportera un point de vue différent d’un coach externe ?

Je pense qu’il y aura forcément des avantages mais aussi des inconvénients, c’est le temps qui nous le dira, mais ce qui est certain c’est qu’en termes de jeu on a quand même quatre départs de joueurs majeurs et on ne sait pas encore comment on pourra renouveler ces quatre joueurs-là. Ce qui est fort probable c’est que l’équipe se rajeunisse un peu et c’est plus là-dessus qu’il faudra que l’on soit vigilants parce qu’il ne faut pas oublier que les départs de Marcel (Tchinda), Clément (Bonin), Baptiste (Clay) et moi-même seront assez difficiles à remplacer. Avec la période que l’on vit actuellement ça sera peut-être un peu différent, en tout cas pour l’instant on est en train de composer doucement l’équipe, de se projeter un peu plus sur l’année prochaine, de mettre en place avec Yuriy, les dirigeants et aussi les entraîneurs des catégories de jeunes. On fait les choses en étant conscients qu’il y aura beaucoup de changements suite au nombre d’arrêts conséquent des joueurs de l’équipe première qui aura un impact sur les autres équipes… On essaye de réfléchir à la meilleure solution pour le club !

Mais je connais le groupe, je n’ai jamais eu de problème en tant que joueur avec ce groupe, je pense qu’ils ont toujours été à l’écoute quand il y avait des choses importantes et je ne pense pas que ça changera. Du moins, c’est ce que j’espère parce que je n’ai pas envie que nos relations se dégradent, alors j’espère que l’on arrivera à faire ça dans de bonnes conditions.

Tes coéquipiers savaient-ils que tu serais toujours avec eux, de l’autre côté de la ligne de touche, pour la nouvelle saison ?

Je pense que ça a été une surprise pour très peu de monde étant donné que je suis impliqué dans le projet du club depuis longtemps, que j’avais envie de rester proche du groupe et donc forcément proche du terrain. La question était plutôt de savoir quand ça allait se faire parce que, finalement, moi aussi, j’avais un peu de mal à prendre ma décision sur le fait de savoir si j’arrêtais ou non, j’avais besoin de temps pour réfléchir. La situation a un peu accéléré les choses, en tout cas ça s’est fait comme ça mais ce n’était pas une surprise ; avant que ça ne soit officiel, j’avais appelé quelques joueurs cadres pour leur dire. Néanmoins c’était ma volonté, celle de Yuriy et celle de certains dirigeants donc il n’y a pas de raisons que ça ne se passe pas bien et que l’on n’essaie pas d’avancer tous ensemble. 

La prépa servira aussi bien aux joueurs qu’à nous pour qu’on peaufine nos relations et nos rôles, autant à l’entraînement qu’en match.

Julien Richard

D’un point de vue personnel, quels sont tes « objectifs de coaching » si tu en as ? As-tu déjà des idées de ce que tu aimerais faire avec ce groupe ou préfères-tu attendre la préparation estivale pour voir ce qui serait envisageable ?

C’est certain que sur les premiers temps avec Yuriy on va continuer de voir un peu comment on fonctionne même si on a déjà un peu discuté. Si on est encore en train de travailler sur les entraînements et la préparation, on a déjà bien avancé sur le fonctionnement ! Après je pense qu’on discutera de tout ce qui est aspect tactique ensemble, même si naturellement avec son vécu de joueur mais aussi ce qu’il a fait ces dernières années, il sera peut-être plus sur un rôle offensif tandis que je serai sur un rôle plutôt défensif. Mais ce ne seront pas des choses définies, évidemment s’il a quelque chose à dire dans le secteur défensif je l’écouterai et je suis certain de l’inverse. On sera en binôme donc il faut que l’on arrive à s’y retrouver tous les deux pour que ça fonctionne, il faut que nos objectifs soient clairs, et ils le sont : la façon dont on va fonctionner demandera un peu de temps et de pratique. La prépa servira aussi bien aux joueurs qu’à nous pour qu’on peaufine nos relations et nos rôles, autant à l’entraînement qu’en match.

Concernant le groupe justement, est-ce que la quasi-montée en Nationale 3 de l’équipe B peut laisser penser que certains réservistes pourraient avoir leur place en équipe A ?

Justement on travaille en relation avec Simon Soudry pour l’équipe prénationale, mais aussi avec Aymeric Poumeyrol qui est responsable de la filière jeune. On regarde avec les dirigeants mais également avec tous les conseils que l’on peut avoir autour de nous parce qu’on a la chance d’être conseillés par des gens qui connaissent le handball et notamment tout ce qui est en rapport avec le Pôle ou même Arnaud Parisy qui est de la région et connaît plutôt bien les joueurs ! On essaie vraiment de travailler ensemble parce qu’on est conscients qu’il faut qu’on implique des jeunes dans ce projet, on travaille là-dessus : on a des réunions bientôt afin de prendre des décisions pour aider aussi bien la prénationale que l’équipe première, mais surtout pour apporter la meilleure formation aux jeunes, qu’ils s’y retrouvent aussi bien avec le pôle qu’avec leur club et qu’ils prennent du plaisir. On est vraiment en train d’échanger tous ensemble pour monter un projet, les résultats ne seront peut-être pas aussi efficaces que comme avant quand on pouvait faire venir des joueurs en reconversion, mais j’espère bien qu’à terme ça portera ses fruits.

Sur le banc, penses-tu être plutôt compétiteur ou formateur ? Encourageant ou râleur ?

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Je pense que je serai un peu de tout en même temps si c’est possible ! Honnêtement non je n’en sais rien… Je vais être compétiteur parce que je pense que dès l’instant où on prend un rôle en équipe première, c’est pour essayer de gagner des matchs. Forcément un peu formateur parce qu’on va inclure plus de jeunes et que je trouve ça intéressant de transmettre aussi ce qu’on sait. Râleur certainement, et encourageant… C’est sûr que je serai à fond derrière l’équipe ! Je ferai de mon mieux pour que l’on passe de belles années ensemble, que sportivement tout le monde prenne du plaisir et que l’on fasse des choses sympas. Je serai le plus disponible possible pour les joueurs, aussi bien sur qu’en dehors du terrain, pour justement essayer de faire en sorte qu’ils se sentent bien et que ça se répercute au niveau du handball.

Ce qui est sûr c’est que Yuriy, de par sa carrière et son niveau, a appris plein de choses et je pense pouvoir apprendre de ça à mon tour.

Julien Richard

Pour finir, quelles sont les qualités de coaching que tu admires chez ton futur binôme ? Ses petits défauts, ses petites manies ?

Son sang-froid, son calme : je sais que parfois il faudra que je m’en imprègne pour ne pas péter les plombs comme j’aurais pu le faire avant… En tout cas, avant je pouvais jouer, ça permettait d’extérioriser la frustration ou l’énervement, ça permettait d’atténuer les émotions et de se détendre. Et sur le banc ça sera un peu différent, mais ce qui est sûr c’est que Yuriy, de par sa carrière et son niveau, a appris plein de choses et je pense pouvoir apprendre de ça à mon tour. Je sais que je pourrai lui apporter aussi sur d’autres aspects, mais sur ses grandes qualités ce que je retiens ce sont vraiment son calme, son sang-froid et ses connaissances techniques. C’est aussi quelqu’un que j’apprécie parce qu’on se connaît depuis très longtemps, on est collègues et amis, on sera en binôme coach donc c’est que nos relations sont bonnes et que c’est quelqu’un de bien sinon je n’aurais pas accepté cette proposition. Je n’ai pas de doutes sur le fait qu’entre nous ça va bien se passer.

Pour ses défauts… Je suis quelqu’un qui râle, qui gueule un peu et je ne sais pas encore si ça sera mon rôle, ce n’est pas forcément ce que je préfère faire mais si jamais je peux apporter ça, je sais que ce n’est pas quelque chose que Yuriy aime faire ni qu’il fait forcément bien, même s’il y a des moments où il faut s’y mettre… C’est quelque chose qu’il faudra que l’on apprenne à faire un peu plus quand il y en aura besoin.
Mais pour ses petites manies, je n’en ai pas qui me vienne à l’esprit comme ça, c’est assez difficile et pourtant on se voyait tous les jours et on s’appelle encore tous les jours ! 




Propos recueillis par Océane Kronek

Crédits photos : Kevin Devigne & Reynald Valleron – Gazettesports.fr