NÉCROLOGIE : Jacques Falize, un monument disparaît

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Ce lundi, Jacques Falize est décédé à l’âge de 90 ans. Immédiatement, Gilles Caron et Lionel Herbet ont pris la plume pour lui rendre hommage.

Jacques Falize s’est éteint lundi à l’âge de 90 ans à l’issue d’une vie très riche et exemplaire dans bien des domaines.

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Il avait connu l’immense douleur de perdre ses deux fils très prématurément, d’abord Dany puis Michel l’aîné, deux épreuves terribles pour ce père aimant et attentionné. Vint ensuite la disparition de Jacqueline qui s’ajoutait à une peine déjà considérable mais contenue aux yeux des autres, au moyen d’une force d’âme peu commune.

Fils de cultivateurs, très doué pour les études qu’il suit à Albert, il a pourtant choisi d’exercer le métier de ses parents et repris leur ferme avec Jacqueline son épouse, dans les années cinquante.

Jacques était véritablement doué pour l’écriture, son vocabulaire extrêmement choisi et précis, associé à une impressionnante maîtrise de la grammaire, constituaient un indéniable ravissement pour le lecteur.
Les destinataires de ses courriers les conserveront précieusement tant ils étaient empreints d’un lyrisme toujours en recherche de justesse. Certaines de ses tribunes dans la revue fédérale lorsqu’il présidait la FFBP, sont des morceaux d’anthologie.

Une immense figure du ballon au poing, un sport auquel il a tant donné depuis sa prime jeunesse à Buire sur Ancre.
Jacques a en effet connu très tôt le ballon au poing sur le terrain de Buire sur Ancre, à l’époque, le président de la Fédération n’était autre qu’Eugène Tarin, par ailleurs maire de la commune, ceci explique cela. Etre confronté à ses aînés, rivaliser avec eux, les dominer parfois, sont autant d’éléments qui ont favorisé l’émergence d’une personnalité à part, forgé un caractère bien trempé.

Redoutable gaucher, d’une constitution exceptionnellement robuste, son surnom était « ch’bu », « ch’bœuf », tellement sa force impressionnait ! Ne se contentant pas d’utiliser ses atouts physiques, il offrait un style où la science du jeu prenait également toute sa part. Peloter durant de longues minutes avec le foncier adverse ne l’effrayait pas mais au moment où il fallait être décisif, il adoptait une tout autre méthode qui se révélait payante, il « cassait » avec une puissance inouïe dans les pieds des cordiers ou dans le moindre espace libre laissé par l’autre équipe. Et de cette façon, il prenait le jeu !

Le palmarès de notre ami est impressionnant, remportant nombre de drapeaux avec Buire, Hérissart, Franvillers, Amiens ou Ville sur Ancre, sans compter les victoires dans les concours dominicaux qu’il disputait avec la même volonté, pour ne pas dire la même hargne , que s’il jouait une finale du 15 août.

Compétiteur acharné jusqu’à plus de cinquante ans, il a longtemps exercé la fonction de secrétaire général de la FFBP avant d’en prendre les rênes à la suite du docteur Lenot.

Ses mandats l’ont amené à rechercher constamment la reconnaissance de notre sport, à prendre les décisions utiles au développement du ballon et surtout amener les jeunes et les plus jeunes à sa pratique.
Le trophée du Poing d’Or qu’il a crée en 1981 prend à partir de maintenant une nouvelle signification, il restera pour toujours la « marque Jacques Falize ».
Ce challenge disputé le jour des finales de la Coupe de France venait récompenser la plus longue livrée du concours spécifique. Jacques Falize l’avait acquis sur ses propres deniers et offert à la FFBP.

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La dernière apparition publique de Jacques Falize, le 28 mars 2017 à Hérissart, tenant le trophée qui porte son nom.

Sa dernière apparition dans le milieu du ballon au poing remonte au dimanche 28 mars 2017 à Hérissart à l’occasion du repas organisé dans le cadre de l’exposition « Les Challenges d’exception du Ballon au Poing ». Exposition autour du recueil éponyme rédigé par Gilles Caron et Jean Luc Cauet.

Un passé de footballeur

Si le ballon au poing a occupé de longues années de la vie de Jacques Falize, il a aussi éprouvé une très forte passion pour le football. Repéré très jeune par les dirigeants de l’Amiens A.C, il a gravi tous les échelons pour jouer demi défensif puis défenseur en équipe fanion dont il devait devenir le vénérable capitaine de longues années durant.

Développant les qualités identiques à celles déployées au ballon au poing, son pied gauche faisait merveille et son jeu de tête tout autant. Intraitable dans le jeu, sachant contrer virilement les attaques adverses, il ne manquait pas de recourir à une technique bien affirmée pour relancer le jeu. Il aurait pu jouer au plus haut niveau du football national mais son attachement à la ferme, à l’élevage et aux travaux des champs a prévalu.

Il a disputé des championnats régionaux très relevés, toujours avec la soif de gagner. L’un des souvenirs auquel il était particulièrement attaché demeure cet échange de fanions entre capitaines, avec Raymond Kopa, idole du grand Stade de Reims. C’était à Boulogne sur Mer, le 15 janvier 1961 à l’occasion d’un match pour les 32èmes de finales de la coupe de France.

Voici donc un portrait, certes très incomplet, de Jacques Falize, humaniste, homme de convictions, à travers quelques traits qui ont marqué sa vie et sa carrière.

C’est avec une immense tristesse que ces quelques lignes ont été écrites mais avec un respect sans borne pour Jacques dont le souvenir marquera à jamais nos mémoires.

Jacques, notre ami Jacques, tu vas reposer en paix dans le petit cimetière de Buire sur Ancre, aux côtés de Jacqueline avec laquelle tu as partagé tant de grands moments mais aussi tant de grandes douleurs.

Le ballon au poing, Michel Letesse, président fédéral et tes nombreux amis présentent à ta famille, à tes proches, leurs très sincères condoléances et les assurent de leur profonde sympathie.


Gilles Caron


Nul n’a été plus fidèle à l’Amiens AC que Jacques Falize

Jacques Falize fut à la fois un très grand défenseur de l’Amiens Athlétic Club puis un président irréprochable de la Fédération française de ballon au poing. Voilà brièvement résumé ce que fut le parcours sportif de cet homme fidèle en amitié, irréprochable dans son comportement.

Jacques Falize était né à Buire sur Ancre près de Ribemont et c’est dans ce village qu’il s’en est allé à l’âge de 90 ans.Une photo résume la belle carrière de Jacques Falize en tant que capitaine de l’Amiens AC.
Cela se passe sur le terrain de Boulogne sur Mer et nous sommes le dimanche 15 janvier 1961. A l’époque, la Coupe de France se jouait sur terrain neutre et c’est ainsi que pour les 32e de finale, l’AAC était opposé au grand Stade de Reims.

L’équipe champenoise était alors ce qu’est aujourd’hui le Paris SG. Partout où il se produisait, le Stade de Reims faisait le plein de spectateurs. Certes l’AAC ne devait pas peser bien lourd puisqu’il concédait une nette défaite 6-0 mais le grand moment fut juste avant le coup d’envoi avec  la poignée de main entre Jacques Falize capitaine d’Amiens et son homologue champenois Raymond Kopa. Oui,  Raymond Kopa le meilleur joueur français de l’époque.

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Le 15 janvier 1961, échange de fanions entre Jacques Falize et Raymond Kopa.


Jacques Falize était né à Buire sur Ancre le 25 janvier 1930. 
Dans le livre Les Grands noms d’Amiens, nous lui avions évidemment consacré un sujet. Il rappelait souvent la modestie et le goût du travail inculqués par ses parents : « Dans la famille, on ne flattait pas.J’ai été élevé à la dure, avec rigueur et ma vie a été rythmée par les travaux des champs. Je me souviens qu’à l’âge de 9 ans,je ramassais les balles de paille. »

Alors qu’il va sur ses 15 ans, Jacques rejoint l’Amiens AC  sur les conseils d’un proche parent qui sera un peu plus tard le président du club : M.Poudevin. Il fait la connaissance de l’idole de sa jeunesse : Urbain Wallet qui lui, est en fin de carrière.

Jacques Falize restera vingt ans à l’AAC puis ASC en restant un pur amateur. Cette fidélité rare est quasiment unique au club dans lequel, il est resté jusqu’en 1966. Il connait alors une grosse déception. Alors qu’il s’attend à rejoindre le camp des éducateurs, le club ne lui propose rien et le laisse partir sans un mot. Toute sa vie, Jacques Falize en éprouvera une très grosse déception.

Jacques Falize termine sa carrière de joueur à Albert tout en pratiquant le ballon au poing. Il évolue au poste de foncier et il reste comme un des meilleurs joueurs de tous les temps. Chaque année, le 15 août sur le ballodrome de la Hotoie, il enflammait le public.

Jacques Falize devient ensuite président de la Fédération française de ballon au poing avant de partir car l’homme ne supportait pas les compromissions et restait inflexible sur les idées qu’il défendait. En premier lieu, l’amateurisme pur. 

Jacques Falize recevra enfin l’hommage qu’il méritait et c’était au stade Moulonguet. Invité à donner le coup d ‘envoi d’un match, il reçoit  des mains du président du club Julien Burnay la médaille d’or de la Jeunesse et les Sports. Depuis plusieurs années, Jacques Falize vivait reclus chez lui à Buire sur Ancre. Il n’avait quasiment plus de  contacts avec l’extérieur.

Adieu Jacques. Tu incarnais une image qu’on ne reverra plus : celle d’un homme dont le contraste était saisissant: impitoyable sur un terrain mais tellement doux dans la vie.

Lionel Herbet

Crédit photo DR

Publié par Lionel Herbet

Journaliste historique du sport Picard et Amiénois. Lionel est la mémoire des plus grands exploits sportifs de la région.