FOOTBALL (F) – Hicham Andasmas : « Je ne vois pas du tout comment on pourrait reprendre le championnat »

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Ⓒ Gazette Sports

Pendant cette période de confinement et donc d’arrêt de pratiques sportives, Hicham Andasmas, entraîneur de l’Amiens SC (F) dresse un premier bilan des quinze jours de confinement déjà réalisés.

En tant qu’entraîneur de football, comment vivez-vous cette situation ?

C’est une situation inédite, pas évidente à gérer. A partir du moment où c’est inédit, on doit s’adapter. Après, on n’a pas la science infuse de se dire « le top du top c’est de faire ça, ça ou ça ». Surtout qu’on est limité en termes de programmes d’entraînement. Nous, le « doc » nous a demandé à ce que l’intensité des séances que les joueuses font chez elles ne soit pas trop élevée, parce qu’il y a forcément un lien avec le virus. Il ne faut pas que la température corporelle aille au-delà de 38 degrés. Donc c’est surtout ça qui est particulier, parce qu’il faut essayer de cibler tout cela. Ce n’est vraiment pas évident. On ne peut contrôler ce que les filles font chez elles. Après, je m’assure qu’elles restent actives, je les ai eu au téléphone sur les derniers jours. Globalement, tout le monde se porte bien et essaie de faire un petit peu d’activité chez soi, que ce soit de la course, ou du ballon. C’est ce que je peux leur préconiser essentiellement. Après, elles ont eu un programme donné par le préparateur athlétique. Le plus important pour moi, c’est qu’elles restent en activité physiquement, mais surtout, psychologiquement, parce qu’on ne sait pas ce que la fédé va nous pondre. Donc on attend.

Les programmes mis en place pour les joueuses sont donc, je l’imagine, très légers, pour qu’elles puissent garder un minimum de condition physique ?

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Le football commence à manquer aux joueuses de l’ASC

Oui. Dans l’idée, c’est de rester en mouvement au quotidien. Pourquoi ? Parce que là, quand on est confiné chez soi, on reste en général plus assis que debout. Et le fait de rester assis, ce n’est pas évident pour tout ce qui est circulation du sang. Après, il y a aussi des filles qui ne veulent pas sortir tout simplement, parce qu’elles ont peur du virus, donc c’est compliqué de leur demander de courir. Il faut respecter cela, même si globalement, tout le monde va courir. C’est ça qui est particulier, c’est d’adapter un programme, et de pouvoir l’appliquer.

Comment vos joueuses vivent cette période ? Le moral va toujours ?

Oui, le moral est toujours bon. Ce qui est important, c’est qu’il n’y ait pas une fille qui soit toute seule chez elle, elles sont toutes en famille ou accompagnées de quelqu’un, et ça me paraît hyper important. Donc, le moral est là, oui. Elles sont contentes quand je les ai au téléphone, le foot commence à manquer forcément, du coup elles essaient de s’occuper comme elles peuvent. Mais je suis content de savoir que la plupart ont un ballon chez elles, et qu’elles peuvent jouer un peu, et pas seules.

Qu’en est t’il de la vie de groupe ? Le passage à une relation « virtuelle » impacte-il vos liens ?

J’ai la chance d’avoir un groupe très soudé, parfois on peut passer dans des mauvais moments, mais là on est très soudé. Les filles ont un groupe WhatsApp à elles seules, où elles peuvent se dire plein de bêtises et rigoler entre elles. Ça a l’air d’être d’ailleurs très animé. J’ai eu ma capitaine, avant-hier au téléphone, elle veille à garder ce bon esprit de groupe. Globalement, tout le monde arrive à communiquer, à se donner des nouvelles. Ça se passe bien, et on est tous pressé de se revoir. Dans les jours à venir, on va leur proposer quelques défis techniques, puisque je viens de m’apercevoir que beaucoup d’entre-elles avaient des ballons, donc on va pouvoir continuer à travailler tout en gardant un lien fort entre nous. Dans cette période, il faut plus être sur du ludique, il faut éviter de se prendre au sérieux, nous, on est dans un contexte maintien en plus. D’un côté, ce qui nous arrive aujourd’hui, on ne va pas s’en féliciter, mais ça fait du bien de couper un peu, car on reprend de l’énergie, on ne pense plus au foot. Et là, je pense que tout le monde a assez soufflé et veut reprendre, mais c’est pas gagné.

Je ne vois pas du tout comment on pourrait reprendre le championnat.

On voit actuellement certaines fédérations qui mettent fin à leur saison amateur, comme le volley par exemple. Est-ce que vous vous craignez une saison blanche pour votre championnat ?

Moi, très honnêtement, je ne vois pas du tout comment on pourrait reprendre le championnat. Donc on regarde les actualités, en Chine, ça fait des mois qu’ils sont dans cette situation-là, et ils commencent seulement à s’en sortir totalement. Donc, ici, je ne vois pas comment ça pourrait reprendre. Après, qu’est ce qu’il peut se passer ? Est-ce que la fédé va décider de faire une saison blanche, et de repartir à zéro, ou alors est-ce qu’elle va figer le classement, c’est la grande interrogation pour nous. C’est notre grande difficulté, éventuellement anticiper cela. Après moi, mon rôle, c’est de faire en sorte que les filles restent mentalement prêtes à finir ce championnat, parce qu’on n’est pas à l’abri non-plus d’une reprise. Et vu qu’on ne peut que subir les décisions, il faut qu’on soit prêt à tout type de possibilité.
Après, craindre, c’est un peu un grand mot. On ne va pas se le cacher, s’il y a une saison blanche, c’est bénéfique pour nous, dans le sens où on est R1 en termes de classement. Donc ça serait forcément une bonne chose de faire saison blanche, même si je préfère acquérir le maintien sur le terrain. Mais on reste focus sur nos matchs à jouer.

Nous on est prêts à reprendre, on est prêts à enchaîner.

Justement, si le championnat vient à reprendre, auriez-vous peur d’un impact mental et physique sur cette fin de championnat ?

J’ai envie de vous dire que toutes les équipes vont être dans cette situation là. Maintenant, on ne parle pas des équipes qui sont déjà maintenues, et qui ne peuvent ni monter ni descendre. Où est-ce que ces équipes vont aller trouver la motivation pour les matchs ? Ça va être compliqué. Nous, on a un objectif de maintien très clair, donc la motivation sera là. Maintenant, c’est à nous d’être pros. Même si on ne l’est pas sur le papier, il faut que dans nos attitudes et notre quotidien, on le soit. C’est à dire, qu’on se conditionne mentalement et psychologiquement. Le plus dur serait d’arriver sur le terrain en s’étant dit avant que l’on ne reprendrait pas. Nous on est prêts à reprendre, on est prêts à enchaîner. Après toutes les équipes auront des manques, c’est sûr. De plus, même si St-Denis remonte, on ne pourra pas aller plus bas, donc on ne pourra qu’aller chercher les barrages. Donc on verra bien, et on se pose beaucoup de questions.

Pour ce qui est de la saison blanche, si on se réfère aux autres sports, seules les accessions sont prises en compte, ce qui pourrait donc vous sauver. Est-ce que ce serait vraiment bien pour vous de vous maintenir comme cela ?

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« A moyen terme, cette équipe pourra avoir des résultats satisfaisants« 

Le bilan que je fais chaque saison, individuellement ou avec les joueuses, montre cette année que cette équipe d’Amiens est vraiment intéressante, et je pense qu’il manque juste du temps. Construire un groupe, une équipe de D2 avec six nouvelles joueuses, parler le même langage, adopter les mêmes valeurs, ça peut être difficiles pour certaines joueuses qui viennent d’arriver, du PSG ou de Rouen par exemple, et ça demande du temps. Moi je pense qu’à moyen terme, cette équipe pourra avoir des résultats satisfaisants, après ça dépend du travail qu’on va faire. Mais ce qui est bien, c’est que tout le monde, même moi, se remet en question dans ce projet là. J’échange beaucoup avec mes joueuses, c’est vraiment un projet collectif, et pas un système de dictature où j’impose des choses. On est sur quelque chose de participatif, même si à la fin, je fais les choix. Donc non, je pense que sur le temps, ça peut être quelque chose de bénéfique (de se maintenir avec une saison blanche). Je ne crains pas tout ça, après ça sera à nous, le club de se dire qu’on a eu de la chance de se maintenir ainsi, donc il ne faut pas qu’on rate le coche la saison d’après.



Propos recueillis par Romain Prot

Crédits photos – Coralie Sombret & Léandre Leber – Gazettesports.fr