TENNIS : Bérénice Mathot : « Je ne pense pas que j’aurai pu rêver mieux comme endroit »

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Amputée de la jambe droite il y a 3 ans après des complications médicales suite à une tumeur cancéreuse, Bérénice Mathot s’est prise de passion pour le tennis-fauteuil, une discipline où elle a déjà atteint un certain niveau.

Bonjour Bérénice, pourrais-tu te présenter ?

Je m’appelle Bérénice, j’ai 16 ans, je suis en première au lycée Thuillier à Amiens et je pratique le tennis-fauteuil depuis deux ans.

Avant de pratiquer le tennis-fauteuil, pratiquais-tu d’autres sports ?

J’ai fait 9 ans de judo, et j’ai arrêté parce que j’étais nulle (rires). J’ai toujours été nulle, et je me disais qu’à un moment, j’allais devenir forte, mais j’ai compris que ça n’arriverait pas.

Tu racontais, lors de la conférence de Kaltoume Dourouri, que tu as découvert le tennis-fauteuil à l’hôpital, c’est bien ça ?

Oui. Lorsque j’étais en rééducation, il y avait toutes les semaines des séances de sport adapté, et des fois, il y a avait du tennis-fauteuil, avec notamment Marine Arres, ma professeur actuelle. Ça m’avait beaucoup plu, et j’ai repris un an après, parce qu’avant j’avais beaucoup de kiné, je ne pouvais pas continuer.

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Bérénice, avec Marine Arres, sa professeur, et Stéphane Houdet, référence française du tennis-fauteuil

C’est donc devenu une passion, mais aussi une méthode pour t’évader ?

Oui, c’est surtout parce que j’ai toujours aimé faire du sport, j’aime vraiment bien, et j’étais contente de voir que je pouvais continuer avec une jambe en moins. C’est vrai que ça permet de m’évader un petit peu, de penser à autre chose que les cours ou autre. C’est vraiment un sport qui me plaît beaucoup. Je n’avais jamais fait du tennis avant, et ça m’a beaucoup plu.

Je trouve que c’est plus simple que ça en a l’air.

Est-ce que la découverte et le début de la pratique ont été difficiles pour toi ?

Au début, c’était un peu dur. Les premières fois où j’en faisais, c’est quand j’étais à l’hôpital, quand je me remettais de mon opération, donc c’était un peu compliqué de faire raquette et fauteuil. Mais plus ça allait, plus c’était facile, je trouve que c’est plus simple que ça en a l’air. Ça dépend aussi du handicap, par rapport au mien, je m’y suis vite habituée.

Est-ce que le regard des autres te gêne au quotidien ?

Franchement le regard, je le vis plutôt bien. Je sais que toute ma vie, il y aura des gens qui vont me regarder, donc ça n’a jamais été un problème pour moi. Après, les gens qui me dévisagent, je leur fait très bien comprendre qu’ils doivent regarder ailleurs. Mais en soi, ça n’a jamais été un problème.

Combien de fois t’entraînes-tu par semaine ?

Je m’entraîne deux fois 1h15 par semaine, donc 2h30 par semaine, le mardi et le jeudi, à l’AAC.

Je ne pense pas que j’aurai pu rêver mieux comme endroit et comme prof.

Es-tu contente des infrastructures disponibles au sein de l’AAC ?

Je n’ai pas trop testé ailleurs, mais je trouve ça bien, oui. Je peux me déplacer comme je veux, c’est très accessible. En plus, Marine est cool comme prof. Je ne pense pas que j’aurai pu rêver mieux comme endroit et comme prof.

Pour revenir sur tes entraînements, comment ça se passe actuellement, avec toutes les mesures prises par le gouvernement suite au Covid-19 ?

Je pense que ça va quand même me permettre de me reposer, car je me suis faite une tendinite récemment, et le médecin voulait que je m’arrête, je lui ai dit non. Cette situation va donc me mettre un peu au repos. Je ne vais pas trop forcer, je pense faire quelques petits exercices pour ne pas trop perdre.

Quel est ton palmarès actuel, toi qui es 14e mondial en junior ?

Il faut savoir qu’il ne faut pas forcément un gros palmarès pour avoir un bon classement, vu qu’il y a peu de filles qui font de la compétition. Après, je me débrouille quand même, je ne vais pas dire que je suis nulle. Mais comme il y a peu de compétitions et de compétitrices, disons qu’on monte assez vite dans le classement.

Du coup, tu commences à voyager pour tes compétitions, toi qui as joué en Belgique, aux Pays-Bas…

Oui, et j’aime bien ça. D’un côté, je joue, et j’adore ça. Et de l’autre, je visite un peu, je rencontre des gens super gentils, j’apprécie aussi. En dehors des tournois, on discute entre nous, on dort dans le même hôtel, on fait de bonnes rencontres.

As-tu un ou une modèle dans le sport ?

Il y a Shingo Kunieda et Stéphane Houdet. Kunieda est vraiment impressionnant, notamment dans l’alignement du fauteuil. Stéphane Houdet, c’est pareil. Ils ont tous les deux des techniques superbes.

Comment juges-tu la visibilité du sport handicapé actuellement ?

Je la juge assez faible, parce qu’on en voit pas assez à la télé je trouve. On n’en entend pas vraiment parler sur les réseaux sociaux, sauf si on est abonné à des pages spécialisées. Je trouve que ça s’améliore quand même, mais on peut faire beaucoup mieux. Quand il y a Roland Garros, il faut passer les matchs handicapés sur les mêmes chaînes (ndlr : France 2, France 3) et à des horaires plus acceptables. Ça serait un plus.



Propos recueillis par Romain Prot

Crédits photos – Leandre Leber Gazettesports.fr /DR