LES GOTHIQUES – Mario Richer : « Je laisse l’organisation avec un bel avenir » (2/2)

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Deuxième partie de notre entretien avec Mario Richer, dans laquelle l’entraîneur revient sur la construction d’un groupe, parle de son évolution personnelle et évoque l’avenir des Gothiques.

À titre personnel, pensez-vous avoir changé durant ces quatre saisons passées à Amiens ?

Disons que je suis moins agressif que je l’étais. On a quand même eu trois années de suite l’équipe la moins punie de la ligue. Normalement j’ai les équipes les plus punies. J’ai toujours eu des équipes très agressives avec des joueurs qui vont au charbon, avec des gars pour se battre. Moi ça avait toujours été : si on ne gagne pas au niveau des points on va gagner côté poings (rires). Ça avait toujours été ça, là je m’ajuste. Et puis maintenant dans le hockey, il y a plein d’ajustements que tu dois faire car les règlements ont beaucoup évolué, j’ai dû accepter des choses qu’avant je n’acceptais pas.

Qu’est-ce que vous retiendrez particulièrement de ces quatre saisons ?

C’est sûr que les coupes de France m’ont marqué. C’est quelque chose quand même, tu es champion pour l’éternité, on ne peut pas te l’enlever. Et puis aussi, une chose importante, j’ai rendu les partisans fiers de leur équipe, les gens sont revenus au Coliseum. C’est un peu Anthony et moi qui avons remis à jour l’entreprise. Moi j’étais le PDG qui devait redresser l’entreprise.

Justement, qu’est-ce que vous pensez avoir apporté à Amiens ?

J’ai redressé l’entreprise. Normalement le PDG qui redresse l’entreprise reçoit une coupe de millions à la fin (ndlr : une grosse somme d’argent), en cadeau (rires). Moi ça n’a pas été le cas, on m’a remercié, c’est tout. Mais je laisse l’organisation avec un bel avenir, les spectateurs sont plus nombreux, il y a plus de sponsors, plus de VIP. La continuité va être là ; Anthony va faire un bon travail avec tout ça. L’organisation fait vraiment partie du Top 4 et ça fait trois années de suite. Là il leur manque juste un peu plus d’argent, qu’ils vont être capables de mettre. Le virus va engendrer des choses, et des équipes comme Grenoble vont perdre de l’argent car il n’y aura pas de play-offs chez eux. Le fait que l’on arrête la saison ça va faire très mal aux grosses écuries, c’est eux qui vont perdre le plus d’argent.

Dans votre métier plus qu’un autre, l’adaptation permanente est nécessaire…

C’est sûr que tu t’améliores année après année, comme entraîneur tu apprends tous les jours. Il faut que tu sois ouvert à l’apprentissage, il ne faut pas que tu restes dans ta tête comme il y a quinze ans, à te dire : « Ah mais ça, ça fonctionnait ». Non ce n’est plus comme ça. Année après année le hockey change et il faut être prêt à évoluer avec les changements : du hockey, des joueurs et des nouvelles générations.

Au sujet de l’équipe, durant vos saisons à Amiens, vous avez créé une équipe sans star, un vrai collectif…

La grosse chose que l’on a faite en quatre ans c’est qu’on a changé la culture de l’équipe. C’est ça qui est important : on a changé l’attitude et la culture de l’équipe ; on a amené un concept collectif et non des joueurs trop payés. Tout le monde avait le même salaire, donc à ce niveau là il n’y avait pas de jalousie entre les joueurs. La première année on a gardé seulement West, Narbonne, Bault et Leclerc. Après ça on a rentré des nouveaux joueurs. Par exemple, Henri-Corentin Buysse je l’avais vu goaler contre nous quand il était à Dijon et j’ai dit à Anthony qu’il nous le fallait. On lui a parlé une fois après un match à Dijon, et j’ai dit qu’il fallait qu’on aille le chercher et on a été le chercher. Mais il y avait des proprios qui ne voulaient même pas qu’il soit ici. Certains disaient : « Il a mauvais caractère, on ne veut pas l’avoir ». Et bien non, c’est ce que l’on voulait nous, il faut être capable de coacher avec des gars qui ont du caractère. Ce n’est pas avec des doux et des gentils que tu gagnes un championnat. Il te faut des gars avec du caractère, des joueurs qui veulent gagner. Henri c’est la pierre angulaire de ça, c’est un battant ; quand tu parles d’acharné et compétiteur, c’est lui ! Et grâce à des joueurs comme lui et d’autres on a relancé l’équipe.

Ce n’est pas avec des doux et des gentils que tu gagnes un championnat.

Ça a été la base de votre travail : créer un groupe avec des profils bien particuliers ?

C’est important, pour moi tu gagnes dans le vestiaire. Le recrutement fait en sorte que tu amènes des joueurs qui veulent gagner, qui veulent mouiller le maillot ; des compétiteurs, des joueurs acharnés. C’est le style de joueurs que tu peux avoir, car au salaire que l’on paye, tu ne pourras pas avoir un gars de talent, mou, et qui n’est pas combatif. Ces gars là ils ne rentrent pas dans le moule de l’équipe. Certaines équipes, les grosses écuries, ont des joueurs de talent qui vont faire les points, mais pas sur l’ensemble de la saison. Le gros joueur de talent, tu peux le prendre, mais après ça tu te retrouves avec une quatrième ligne avec plus des jeunes.

On vous a souvent entendu parler du retard de la France au niveau du hockey. Les instances sont trop « frileuses » selon-vous ?

Regarde, on peut parler de l’exemple du coronavirus. Combien ça a pris de temps avant de dire que c’était dangereux ? C’est un peu le côté arrogant de dire : « Nous, tout va bien ».
Concernant le hockey, un exemple concret : je ne comprends pas pourquoi la ligue ne met pas deux matchs de suite à l’extérieur, pour faire un back to back, comme ça, une fois sur place, tu économises. Car le problème c’est que les dirigeants ne veulent pas économiser leurs joueurs, ils veulent économiser les frais. Ils ne veulent pas avoir deux matchs de suite en fin de semaine. Sauf que, combien de fois ça arrive où tu joues le vendredi puis le mardi ? C’est un peu pareil… Ils ne veulent pas faire les changements au niveau de la fédé pour éviter les longs voyages. Mais ce qu’ils ne comprennent pas c’est que ça fait plus de blessures et ça diminue la qualité de la ligue. Il y a les dirigeants d’équipe qui ne veulent pas non plus faire des changements drastiques. Quand je suis arrivé c’était la première année que l’on jouait 40 matchs dans une saison. Toutes les équipes dans le monde jouent minimum 40 matchs ; mais ici c’était la première fois, ça a pris du temps avant qu’ils changent.

Et concernant l’arbitrage, on vous a souvent senti en désaccord avec eux…

Hockeysurglace Gothiques Vs Chamonix Kevin Devigne Gazettesports 64

Au niveau de l’arbitrage je me pose la question : qu’est-ce qu’ils font pour que les arbitres soient meilleurs ? Ce n’est pas avec le stage qu’ils font en début de saison qu’ils vont devenir meilleurs. Passer deux ou trois jours ensemble, se rencontrer, prendre un pot ensemble deux soirs de suite ça ne suffit pas. Ils se réunissent tous à la même place, et ils se disent de faire ci ou ça pour la saison. Mais est-ce qu’il y a une évaluation ? Ceux qui ne sont pas assez en forme, ou pas au niveau, il ne faudrait pas les garder. Mais ils ne peuvent pas car il n’y a pas assez d’arbitres. Donc ils se disent : « On ne fait rien, de toute façon il n’y a pas assez d’arbitres ». Est-ce qu’il y a vraiment un superviseur qui va voir tous les arbitres, qui fait des vidéos avec eux ? Au niveau du hockey français il y a de très belles choses à faire, mais un moment, il faudra qu’ils prennent leur courage au niveau de la ligue et qu’ils lancent des choses.

Le jour où les propriétaires voudront gagner ils gagneront.

Pour terminer, vous avez réinstallé l’équipe dans le TOP 4, mais qu’est-ce qu’il a manqué pour être un prétendant au titre en Magnus ?

Le jour où les propriétaires voudront gagner ils gagneront. Il faut arrêter de penser que l’équipe va s’auto-financer. Ils n’arrêtent pas de dire que c’est un petit marché, qu’il y a un manque de ci et de ça. Les autres équipes non plus ne gagnent pas d’argent, mais elles en mettent. Le manque c’est à peu près 200 000 euros de plus au niveau salaire pour pouvoir gagner. Aujourd’hui, la différence c’est que ton joueur de talent, il n’a pas de talent comme un joueur de Grenoble.

Pour relire la première partie de cet entretien c’est ICI.



Propos recueillis par Quentin Ducrocq

Crédit photo Leandre Leber / Kevin Devigne Gazettesports.fr