LES GOTHIQUES – Mario Richer : « C’est l’entraîneur qui décide de ses gestes et non le copinage » (1/2)

Hockey Sur Glace Gothiques Vs Mulhouse Match5 Kévin Devigne Gazettesports 51
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En cette fin de saison, et alors que son aventure a pris fin avec les Gothiques, Mario Richer nous a accordé un long entretien. Dans cette première partie, il revient sur la saison écoulée, évoque ses regrets, sa colère, mais aussi un avenir… toujours incertain.

Mario, une semaine après votre élimination, dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Dans le fond c’est toujours la même chose pour moi : on a été imprudents de jouer, insoucieux, regardes tout ce qui se passe maintenant. La semaine passée, la chronologie des faits c’était pour moi de l’incompréhension : le fait de nous faire jouer quand la saison est suspendue, de savoir qu’à côté de chez nous, en Italie, tout était fermé et en sachant qu’un foyer de coronavirus était à Mulhouse. Je suis encore là-dessus, il y a des gens qui ont été irresponsables de nous faire jouer.

On a bien compris que vous n’avez pas été dans les mêmes dispositions que pour un match de play-offs habituel…

Disons que l’on avait le vent dans les voiles après le match 5 et on était bien préparés pour le match 6 à Mulhouse. Mais ils ont reporté notre match (ndlr : celui prévu à Mulhouse le vendredi 6). Et finalement, dans la période où l’on a joué à Cergy, la Suisse a arrêté son championnat, l’Allemagne aussi, les gros championnats se sont stoppés et nous on est la France, 17ème au monde au niveau du hockey, et on continue à jouer comme si on jouait pour les Jeux Olympiques, pour la médaille d’or. Tout ça pour l’égoïsme de certaines équipes qui voulaient absolument que l’on joue devant un public pour se faire de l’argent.

J’en veux plus encore et je vais toujours en vouloir à ceux qui ont pris les décisions de nous faire jouer

Et que votre aventure finisse comme ça, avec deux défaites, loin d’Amiens, et à huis-clos, cela a provoqué de la tristesse chez vous ?

Non, moi je passe au-dessus de ça, je ne sais pas trop comment expliquer cela… J’en veux plus encore et je vais toujours en vouloir à ceux qui ont pris les décisions de nous faire jouer. Il y a plus de la colère d’avoir joué que d’avoir perdu. Parce que eux, ils ont eu l’insouciance de nous faire jouer et si quelqu’un tombe malade… il n’y a pas de mots à dire. Là on est en confinement, tout va être bloqué et ils ont joué pour rien avec notre vie, moi c’est de ça dont je ne reviens pas encore.

Revenons maintenant sur la saison, peut-on dire qu’il y a eu deux phases : une excellente jusqu’à fin décembre et une deuxième plus compliquée ensuite ?

Oui, on a fait un bon début de saison et après cela on s’est plus préparés pour la coupe de France et il y a encore eu pas mal de blessés. On n’a pas réussi à bien colmater les blessures, enfin, on a colmaté avec des joueurs de remplacement. Il y a des joueurs qui nous ont aidés ; je pense à Evan Richardson ou Francis Drolet. Ils ont fait un bon travail pour remplacer nos joueurs blessés, sauf que le déroulement de l’année n’aurait pas dû être comme ça. Mais si on n’avait pas colmaté on aurait terminé 8ème…

Tant qu’il y aura des gens qui sont en dehors de l’organisation ou des amis d’amis qui vont se mêler des affaires de l’équipe, et bien il y aura toujours des soucis

Et avez-vous des regrets par rapport à cette saison ?

C’est sûr, il y a des regrets. Cette saison il y a des gens qui m’ont empêché de faire progresser l’équipe. On avait essayé d’avoir Correia de Lyon, mais on m’a dit : « Non tu ne peux pas le prendre, si tu le prends tu ne feras pas jouer les jeunes ». C’est un joueur d’impact qu’on aurait pu avoir, un JFL. À la fin de la saison on a essayé d’avoir Aziz Baazi, et on m’a dit non. Il y a eu aussi Olivier Labelle que j’ai essayé d’avoir, mais ça a pris trop de temps pour bouger 3000 ou 4000 euros de plus pour le signer. C’est plus là-dessus ; tant qu’il y aura des gens qui sont en dehors de l’organisation ou des amis d’amis qui vont se mêler des affaires de l’équipe, et bien il y aura toujours des soucis. Il faut que tu laisses le feu vert au coach, ça a bien été pendant 4 ans ici, mais c’est l’entraîneur qui décide de ses gestes et non le copinage.

Mais vous avez aussi fait beaucoup jouer les jeunes par conséquent…

Oui et ils ont été à la hauteur, mais ce sont des 19 ans. Il n’y a pas une équipe dans le Top 4 qui avait trois jeunes de 19 qui jouaient à temps plein. Il ne faut pas oublier qu’à la finale de coupe de France on avait nos trois 19 ans. On ne l’a pas volée la coupe, on a travaillé fort, avec des jeunes qui sont l’avenir du club. C’est pour ça que je dis que l’avenir de l’équipe est bon, tu as six jeunes prometteurs avec les Gothiques : Coulaud, Bruche, Plagnat qui sont des 19 ans, Suire et Prissaint qui ont 21 ans et Matima qui a 22 ans, donc en-dessous de 23 ans tu as six joueurs français JFL d’impact. Maintenant il faut les garder c’est sûr, je le dis depuis le début de la saison qu’il faut les signer.

Est-ce que les épisodes du début d’année au sujet de votre « non-prolongation », ont cassé quelque chose en vous ?

Non, ce qui est sûr c’est que l’on ne m’a pas fait d’offres, leur choix était fait. Mais c’est sûr que parfois ils ont dit des choses sur moi qui n’étaient pas nécessaires et ça, ça fait plus chier (sic) qu’autre chose.

Cette succession aurait pu être mieux faite ?

C’est sûr, il y avait juste à signer Anthony l’an passé, quand ils ont dit que ça pouvait être lui le coach. Ils ont eu 9 mois pour le signer et ils ne l’ont pas fait ; la faute ne revient pas sur moi… C’est logique, quand tu veux quelqu’un tu le signes, le mot : « signer » est simple.

Je vais avoir un nouveau défi et je vais saquer dedans (rires) ! Ce sera ma dernière phrase dans votre langue, en picard : « saque eud’ din » (sic).

Parlons maintenant de votre avenir, qu’en est-il aujourd’hui ?

Comme je dis tout le temps, je cherche une nouvelle aventure, un nouveau défi, je vais voir les options que je vais avoir et à partir de là je vais rentrer dedans et faire mon possible comme je fais partout. Comment vous dites déjà ? « Saque eud’ din ». Donc je vais avoir un nouveau défi et je vais saquer dedans (rires) ! Ce sera ma dernière phrase dans votre langue, en picard : « saque eud’ din » (sic).

En tant qu’entraîneur de hockey, c’est difficile d’avoir des certitudes sur son avenir ?

Il n’y a pas des tonnes de places de coach dans le monde. Oui il y en a, mais regarde, combien d’entraîneurs vont changer en France ? Il y a toujours deux ou trois nouveaux coachs et c’est tout, des ouvertures il n’y en a pas des milliers mais il y a des centaines de coachs. Donc ce n’est pas un métier facile, parfois tu peux lâcher un poste et en trouver un autre tout de suite, mais parfois ça peut prendre un certain temps.

Vous trouvez ça dommage de ne pas avoir pu faire vos adieux au Coliseum ?

Ça n’a pas vraiment été planifié de toute façon… Il aurait fallu présenter la coupe à huis-clos, ça aurait été original hein (rires) ?
Non mais plus sérieusement, on ne peut plus serrer la main ou faire la bise, juste se donner des coups de pieds. Je comprends tout ça, mais ça aurait été bien d’avoir la possibilité de rencontrer les partisans et les abonnés comme l’an passé. Ça avait été une belle soirée, avec la coupe au milieu de la glace où les gens ont pu se faire photographier avec le trophée. C’est dommage, là on a loupé l’occasion de les remercier. Il y a une chose importante à dire par rapport à ça : je trouve qu’il faut prendre plus soin de nos abonnés.

Quel va être votre quotidien dans les semaines à venir, avec le confinement ?

Une chose est sûr je suis là jusqu’à fin avril. Ma salle de musculation est fermée, ça ça fait chier (sic), mais je comprends. Je vais aller m’entraîner en plein air et faire du vélo, jogging, course. Ou faire du footing dans ma douche, mais ce n’est pas évident…

Sinon un coureur vient de faire 66 kilomètres autour de sa table à manger en Chine

Oui mais ça c’est con (rires), je ne suis pas si con que ça quand même !


La deuxième partie de cette entretien sera à retrouver ce vendredi 20 mars à 13h sur le facebook et le site de Gazette Sports.



Quentin Ducrocq

Crédit photo Kevin Devigne Gazettesports.fr