KARATÉ : Quentin Grenon : « J’y suis allé un petit peu par hasard, et j’y suis resté par amour »

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Ⓒ Gazette Sports

Devenu ceinture noire en seulement deux ans et trois mois, Quentin Grenon, issu du CSLG Picardie Karaté Amiens et s’entraînant notamment à BOXfit, revient sur sa progression fulgurante et sur cette passion des arts martiaux qui le gagne depuis tant d’années.





Bonjour Quentin, peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Quentin Grenon, j’ai 23 ans. J’ai fais des études en psychologie, et je suis actuellement en service civique. Je suis un passionné d’arts martiaux et de musculation.

Avant de te mettre aux arts martiaux, que pratiquais-tu ?
Quand j’étais enfant, j’ai fais un an de judo. Je n’ai pas continué parce que le professeur avait changé, et comme je faisais également de la gymnastique, c’était compliqué de faire les deux en même temps. Du coup, après, j’ai pratiqué un petit peu de danse africaine parce que je connaissais des personnes qui en faisaient. Je trouvais cela sympa, donc j’ai voulu essayer. Ensuite, j’ai un ami qui faisait de l’escrime, et comme j’ai toujours été passionné par les arts martiaux, les combats de chevalier, etc, j’y suis allé pour essayer. J’en ai fais de 11 à 18 ans. J’avais passé tous les diplômes que l’on pouvait passer en escrime, ce que l’on appelle des « blasons ». J’étais monté jusqu’au blason bleu. Puis, quand je suis arrivé à la fac, j’ai arrêté de pratiquer l’escrime. Je ne faisais que du rugby et de la musculation. C’est justement durant cette période que j’ai commencé à me mettre sérieusement à la musculation. Par la suite, j’ai arrêté le rugby parce qu’il y avait pas mal d’entraînements où l’on n’était pas beaucoup. Et sortir à 1°C, se rouler dans la boue l’hiver quand on est seulement trois, c’était un petit peu lourd. Donc, pendant quelques années, je ne faisais que de la musculation, mais je restais passionné d’arts martiaux. Puis un jour, je me suis dis qu’il fallait vraiment que je me mette à cela. J’ai fais quelques séances d’aïkido. Ça m’a plu, mais c’était une période où j’avais beaucoup de travail personnel à fournir pour les études. Du coup, je ne pouvais pas faire coïncider la musculation, l’aïkido et les cours. Alors, j’ai continué à nouveau pendant quelques temps à ne faire que de la musculation. Puis quand je suis rentré en Master, j’ai eu envie de me mettre à un art martial qui soit concret, réel et efficace.

Qu’est-ce qui t’as donné cette envie de te mettre aux arts martiaux ?
Quand j’ai commencé les arts martiaux, c’était vraiment dans l’esprit de pouvoir apprendre à me battre, à savoir me défendre, défendre les personnes à qui je tiens et m’interposer dans des conflits. Parce que si on n’a pas la confiance pour s’interposer, c’est compliqué. Maintenant, par chance, je n’ai jamais constaté des choses graves. Mais j’ose espérer qu’aujourd’hui, avec la formation que j’ai eu depuis que je pratique les arts martiaux, si je rencontre une situation avec un danger de vie ou de mort, où il ne faut pas attendre l’intervention des forces de l’ordre, je m’interposerai. Pour le faire, il faut avoir de la confiance en soi, mais une fois que l’on y est, si la personne s’en prend à nous, il faut avoir les connaissances martiales et la condition physique nécessaire pour répondre à cette agression. Donc, cela me paraissait important de pratiquer, ne serait-ce que pour ce genre de chose. Aujourd’hui, je sais que j’aurai beaucoup moins peur qu’à l’époque de m’interposer. Il y a une histoire, qui n’est pas la mienne : Un jour, un pratiquant de kung-fu et de boxe sanda donnait un cours de kung-fu. Il a entendu des cris et des bruits étranges devant sa salle, dans la rue. Il est sorti et a vu un homme au sol, se faire fracasser par un autre à coups de batte de baseball. Et en réalité, les bruits étranges étaient le bruit des os qui craquaient contre les coups de batte de baseball. Cet homme, que je ne connais pas personnellement, mais qui est connu comme un prodige des arts martiaux, s’est interposé et a maîtrisé l’homme avec la batte de baseball, en attendant que les forces de police arrivent. Peut-être que si cet enseignant d’arts martiaux n’était pas intervenu, l’homme qui se faisait frapper serait mort. Donc, grâce à sa pratique, à ses connaissances et à sa confiance en lui, il a réussi à sauver une vie. Et pour moi, c’est important d’avoir un minimum d’éducation sur ce genre de choses.

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Pourquoi avoir choisi précisément le karaté défense training pour commencer ?
Je voulais pouvoir savoir me défendre dans la rue, protéger les gens que j’aime si jamais un danger devait leur arriver, ou même, si je vois une situation injuste dans la rue ou dans la vie, de pouvoir avoir les capacités physiques et intellectuelles pour intervenir. Je voulais me mettre à un art martial qui pouvait me permettre de développer tout cela. Développer mon physique, apprendre des techniques et avoir la confiance en soi pour les réutiliser. J’ai fais des recherches sur Internet, parce que le problème de l’aïkido, c’est que ce n’était pas assez concret pour moi. Notamment parce qu’en aïkido, il n’y a pas de frappe par exemple. Du coup, je me suis penché vers le karaté. Mais à l’époque, ce qui me dérangeait, c’est que je n’avais que l’image du karaté sportif. Et finalement, au fil de mes recherches, j’ai découvert le karaté défense training. Un art martial qui fait partie de la Fédération Française de Karaté. C’est du karaté adapté au monde d’aujourd’hui, notamment pour les combats de rue. Si on prend des arts martiaux japonais traditionnels, le jujitsu par exemple, c’était l’art martial des samouraïs. Sauf qu’aujourd’hui, nous ne sommes plus dans le même monde. Par exemple, désarmer un pistolet pour un samouraï, c’est un anachronisme. On désarmait des attaques au sabre. Alors que dans le karaté défense training, on va apprendre à désarmer une attaque au pistolet, au couteau ou à la batte de baseball.

Une fois que ton choix d’art martial a été fais, quel a été ton parcours sportif ?
Je suis allé au CSLG Picardie Karaté Amiens, qui est le club dans lequel j’ai commencé et celui dans lequel je suis toujours. Dans ce club, il y a du karaté défense training, du karaté shotokan et du yoseikan budo. J’ai fais une séance d’essai en karaté défense training. Cela m’a beaucoup plu, donc je suis resté. J’y suis allé un petit peu par hasard, et j’y suis resté par amour. La passion m’a gagné. Au début, je n’y allais qu’une seule fois par semaine, tout en continuant la musculation à côté. Puis, j’ai voulu essayé le yoseikan budo, un art martial franco-japonais qui voulait retrouver l’art martial des samouraïs. On se retrouve avec une méthode de combat qui se rapproche plus de la boxe française que du karaté, avec des projection et de la lutte au sol. Et cela m’a énormément plus aussi. Alors, j’ai fais du yoseikan budo et du karaté défense training, toujours en continuant la musculation. Ensuite, je me suis également mis à faire du karaté shotokan parce que je m’étais blessé aux deux pouces, en karaté défense training. Un pouce en faisant de la lutte au sol, et une semaine après, l’autre en faisant de la boxe anglaise (Rires). Le temps que mes pouces se rétablissent, je me suis orienté vers le karaté shotokan. Et une fois que ça allait mieux, j’ai pratiqué à la fois le karaté défense training, le karaté shotokan et le yoseikan budo.

Aujourd’hui, j’appréhende moins les conflits physiques qu’auparavant parce que je sais que je suis en condition physique, mental et intellectuel pour me battre.


Tes semaines devaient être intenses ! Quelle a été ta progression ?
Je pratiquais les arts martiaux trois fois par semaine, et tous les autres jours, je faisais de la musculation. A rajouter à cela, les séances de stretching. Il y a eu des périodes de ma vie où j’étais quasiment à deux, voire trois, entraînements par jour. Chaque jour, je faisais soit de la musculation, soit un art martial et, quoi qu’il arrive, du stretching. L’idée était de faire une séance pour la condition physique, une séance pour la souplesse et une pour la technique, l’apprentissage, par jour. Cela peut être épuisant pour le corps si l’on ne fait pas les choses correctement. D’ailleurs, je pense que j’ai aussi ralenti ma progression à vouloir trop m’entraîner. Là, actuellement, j’ai changé de méthode de stretching. Je fais un petit peu moins de stretching, et je me trouve plus souple. En réalité, j’en faisais trop et l’hypothèse serait que je tirais trop et ne me restaurais pas suffisamment pour quand je tirais dessus à nouveau le lendemain. Parce qu’au début, je ne faisais des séances de stretching seulement trois fois par semaine, mais j’avais l’impression de ne pas progresser. Donc, c’est pourquoi j’étais passé à du tous les jours, mais c’était trop. Maintenant, pour le moment, j’en fais un jour sur deux, en sachant que dans les entraînements d’arts martiaux en eux-mêmes, il y a parfois des moments de stretching et d’étirement. Donc, je m’y retrouve quand même. Mais quand j’ai commencé les arts martiaux, un coup de pied latéral était le maximum que je puisse faire. Tandis que maintenant, grâce à mon travail de stretching journalier, en quelques années de pratique, j’arrive à mettre des coups de pied circulaire. Donc il y a eu une progression déjà au niveau de la souplesse, de la technique, des connaissances et de la confiance en soi. Aujourd’hui, j’appréhende moins les conflits physiques qu’auparavant parce que je sais que je suis en condition physique, mental et intellectuel pour me battre.

Auparavant, pensais-tu un jour te mettre dans la compétition ?
Quand j’ai commencé les arts martiaux, je voulais juste pratiquer du karaté défense training. Je savais que les ceintures existaient dans le karaté shotokan traditionnel, mais je ne pensais pas que cela existait aussi dans le karaté défense training, parce que je ne m’y connaissais pas à l’époque. Et quand j’ai débuté, je ne prêtais pas attention aux ceintures. Il y a une personne de mon club qui était passée ceinture noire en karaté défense, et une autre en karaté shotokan, je me disais : « C’est cool ! Tant mieux pour eux », mais je ne me sentais pas concerné par cela. Puis, ensuite, dès la fin de ma première année, j’ai eu la ceinture orange. J’étais content. Et là, par contre, la passion pour les arts martiaux m’avait vraiment gagné et j’étais intéressé pour faire de la compétition. Parce que je me suis rendu compte que je prenais du plaisir au combat, en karaté défense. Ce n’est pas des combats sportifs, parce qu’il n’y a pas de compétition. Mais ce sont des combats pour améliorer la condition physique, pour apprendre à analyser l’adversaire et voir ce que c’est que de prendre et mettre des coups. C’est l’expérimentation du combat, de la simulation de combats réels. Et aujourd’hui, j’aime voir que finalement les compétitions sportives des arts martiaux sont aussi des combats pédagogiques, avec une pression qui est forcément plus importante que lorsqu’on fait seulement des combats en club.

Qu’est-ce que la compétition t’apporte ?
Certains disent que la compétition, c’est pour l’égo. Certes, faire des victoires c’est renarcissisant. Mais c’est aussi pour se tester soi-même et voir ce que cela fait de faire un vrai combat, avec des adversaires que l’on ne connaît pas. Quand on monte sur le tatamis en compétition, on ne sait rien des personnes que l’on a en face. On ne sait pas depuis combien de temps ils pratiquent, on ne sait pas si l’on va gagner ou perdre. C’est une pression qui est totalement différente.

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Comment, avec tes seulement deux ans et trois mois de pratique, es-tu devenu ceinture noire ?
Comme je disais, au départ, je ne me sentais pas concerné par les ceintures. Mais en fait, après, j’ai été pris au jeu. Je pratiquais les arts martiaux trois fois par semaine, ce qui fait que très rapidement, je me suis débloqué au niveau du corps, j’ai appris beaucoup en peu de temps, j’ai beaucoup travaillé. Du coup, j’ai passé mes grades en karaté défense et puis, à la fin de ma deuxième année, on m’a donné la ceinture marron. Je ne m’y attendais pas forcément, mais je m’étais dis que je voulais l’avoir. On m’avait dis que j’avais eu une progression vraiment rapide et intéressante. Ensuite, pour pouvoir prétendre à l’examen de la ceinture noire, il y a un minimum de conditions à remplir pour pouvoir postuler à la ceinture noire. Il faut être ceinture marron, par chance je l’ai été à la fin de ma deuxième année. Il faut les trois inscriptions au niveau de la Fédération Française de Karaté, et avoir au moins 14 ans. Dès que j’ai su que je pouvais passer ma ceinture noire, je me suis inscris. Je me disais que ça n’était pas grave si je ne l’avais pas, mais qu’au moins j’aurais pu voir comment se déroule l’examen et mieux le préparer pour la prochaine fois. J’ai beaucoup travaillé pour cet examen. Il s’est tenu le 30 novembre 2019. J’ai pris connaissance de cette date seulement en début octobre, donc pendant deux mois j’ai travaillé le programme demandé. Et, à ma grande surprise, je suis devenu ceinture noire à l’issu de cet examen.

Peux-tu nous expliquer le déroulé de cet examen ?
Mon 1er Dan, je l’ai passé en karaté défense training parce que c’est l’art martial dans lequel j’ai commencé. Donc, c’est l’art martial dans lequel j’avais déjà le plus de connaissances, dans lequel c’était le plus accessible. Et je le voulais par question de fidélité, étant donné que c’était l’art martial qui m’a élevé, qui m’a fais grandir. C’était une manière de lui rendre. Il y avait un travail de frappe, des techniques à démontrer et des enchaînements à faire. A la différence du karaté traditionnel, on n’a pas de kata mais on a un shadow à la place. C’est-à-dire un combat à faire seul, avec un adversaire imaginaire. En karaté traditionnel, à la suite des katas, ils ont des bunkai à démontrer. On avait des situations de défense à connaître et à réagir dans des conditions de danger. Il y avait toute une liste de situations, par exemple l’étranglement en une main, l’étranglement en deux mains, encerclement bras pris, encerclement bras non pris, coup de poing direct au visage, saisi par le col une main, etc. Et là, la connaissance est libre. C’est-à-dire que nous, en tant que candidat à l’examen, on sait ce qu’il peut nous être demandé. Un certain nombre de situations sont tirés parmi les seize, et moi je devais choisir de moi-même une réponse adaptée à la situation demandée.

La ceinture noire, ce n’est pas moi tout seul qui l’ai eu. C’est aussi le travail d’un tas de personnes qui ont cru en moi, qui m’ont aidé, qui ont pris du temps pour m’apprendre des choses, pour me les expliquer.


Qu’est-ce que cette ceinture noire représente pour toi ?
Pour moi, c’était très important de pouvoir avoir cette ceinture, notamment pour des raisons personnelles. Quand je suis sorti de Master 2, je n’ai pas obtenu le diplôme final. Donc c’était un moment qui était assez questionnant au niveau de moi-même, et de mes capacités étant donné que j’avais raté, pour certaines raisons, mon Master 2. Quelque part, avoir cette ceinture, c’était une manière de me rattraper. De me dire que je pouvais quand même obtenir quelque chose de difficile. Et, finalement, je l’ai eu. J’ai été content de l’avoir. Du coup, ça représentait quand même beaucoup de choses au niveau de la confiance en moi et de mon moral, de pouvoir me dire qu’au moins, pour l’année 2019/2020, je pouvais valider quelque chose. Je ne pensais pas que je l’aurais, parce que c’est vrai que deux ans et trois mois, c’est rapide. C’est beaucoup de travail, c’est de l’investissement, ça n’a pas toujours été facile. Et d’ailleurs, pour cette ceinture noire, je remercie toutes les personnes avec qui je m’entraîne. Les personnes de mon club, et même en dehors. Principalement deux personnes, mon sensei, parce que c’est lui qui m’a tout appris, et ma copine, parce qu’elle m’a beaucoup aidé à réviser pour l’examen. La ceinture noire, ce n’est pas moi tout seul qui l’ai eu. C’est aussi le travail d’un tas de personnes qui ont cru en moi, qui m’ont aidé, qui ont pris du temps pour m’apprendre des choses, pour me les expliquer. Je ne suis pas seul. Aujourd’hui, si j’ai cette ceinture noire, ce n’est pas uniquement parce que j’ai travaillé. C’est aussi parce que certaines personnes m’ont porté, m’ont soutenu et m’ont donné la possibilité d’en arriver là.

Quel est ton palmarès ?
Je me suis mis à faire des compétitions en karaté semi-contact et light-contact, qui est en fait de la boxe pieds-poings classique. J’ai fais le championnat de France zone nord, auquel j’ai été classé 4ème sur cinq. Il faut savoir que c’était ma première compétition, que je ne pratiquais pas de boxe pieds-poings en club, et que je suis tombé sur la personne qui a remporté la compétition. Ce combattant avec qui j’ai fais mon premier combat était, dans l’heure qui suivait, le champion de France zone nord. Alors, il n’était pas étonnant que je le perde. D’ailleurs, lors de ce premier combat, j’ai failli me prendre un KO parce que je n’avais pas l’habitude de me prendre des coups de pieds au visage. Ensuite, j’ai été intéressé pour faire de la compétition en shotokan sportif. J’aime bien le kata côté traditionnel, mais je suis plus combat tout de même. Et le combat sportif, je trouve cela intéressant. J’ai fais un championnat de France, organisé par la Fédération de Gendarmerie dans laquelle mon club fait partie. J’ai perdu également. Et cette année, j’ai participé aux championnats de Somme en karaté shotokan. J’ai fais 3ème, je suis tombé encore une fois sur la personne qui a remporté le championnat, qui avait 26 ans de pratique de karaté. Ensuite, ce week-end (NDLR : 16 février 2020), j’ai fais les championnats de Picardie, auxquels j’ai fini 7ème sur 10. Pas de bol, je suis tombé, à nouveau, contre un adversaire qui était champion de France et qui a fini champion de Picardie (Rires). Sur ces championnats, il y avait vraiment du niveau. Dans ma catégorie, il y avait des personnes qui faisaient partie de l’équipe de France et qui combattaient aux championnats d’Europe. C’était vraiment improbable que je m’en sorte avec mes deux ans et trois mois de karaté. Sachant que, moi-même, je ne pratique pas vraiment le karaté sportif.

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Quentin Grenon, à droite, lors des championnats de Somme en karaté shotokan.


Aimerais-tu pratiquer d’autres sports ou arts martiaux ?
C’est en faisant des combats pour me tester en karaté défense, donc des combats à l’intérieur du club, que je me suis rendu compte que je prenais plaisir à faire des combats. Et quand on veut faire un combat qui se rapproche des situations réelles, on a du pieds-poings, de la projection, de la lutte au sol, des clés de bras, des étranglements, etc. On se retrouve dans quelque chose qui est proche du MMA. Je pratique d’ailleurs aussi du MMA aujourd’hui, parce que je me suis rendu compte que j’aimais beaucoup. C’est complet. Et j’aime beaucoup la lutte au sol, mais le karaté n’est pas spécialisé dans cette façon de combattre. Du coup, je cherchais quelque chose de plus complet. Je prévois un jour de faire de la compétition en MMA, ou en karaté mix. Au niveau de la musculation et du MMA, je m’entraîne à BOXfit. Je fais aussi un petit peu de boxe thaïlandaise là-bas. Il y a également des cours de krav-maga auxquels j’ai déjà participé. C’est une salle intéressante pour les amateurs de sports de combat ou d’arts martiaux qui souhaitent, en même temps, se faire une condition physique à côté.

Les arts martiaux et les systèmes de défense sont-elles deux notions similaires, selon toi ?
Il y a une distinction sur laquelle je ne suis pas forcément en accord. Avant, on parlait de sports de combat et d’arts martiaux. Et depuis quelques temps, on parle aussi du système de défense. On nous dit que le krav-maga, par exemple, n’est pas un sport de combat. Effectivement, ce n’en est pas un puisqu’il n’y a pas de compétition de combat. Mais, là où le débat naît, c’est que l’on dit que ce sont des systèmes de self-défense, et pas forcément des arts martiaux. Sauf que, « martial » c’est pour la guerre. Et, dans la guerre, on apprend à se battre et on apprend à se défendre. Donc, selon moi, un art martial comprend automatiquement cette idée de défense. Pour savoir se défendre, il faut savoir se battre. Pour moi, systèmes de self-défense et arts martiaux, cela devrait être la même chose. Parfois, on dit que dans les systèmes de défense, on n’apprend pas à se battre, mais à se défendre. Certes. Mais pour se défendre de façon optimum, il faut savoir se battre et il faut un minimum de condition physique. Et certains clubs ont tendance à négliger cela. Alors que pour savoir se défendre et donc se battre, il faut aussi avoir un minimum de condition physique. Un combat réel, ce n’est pas un combat sportif dans un espace réglementé par des règles, avec des protections, des arbitres sur des tatamis ou un ring. Dans la rue, il n’y a rien de tout cela. Je soutiens fortement cette idée que savoir se défendre, ce n’est pas simplement apprendre des techniques d’auto-défense, c’est aussi se faire une condition physique et psychologique. Choses que la pratique des arts martiaux et des sports de combat peuvent développer.

Quels sont tes prochains objectifs ?
J’aimerais toujours continuer de m’entraîner beaucoup. Que ce soit condition physique général, ou plus musculation ou crossfit, et les arts martiaux, karaté shotokan, karaté défense training. Maintenant, cela dépend aussi de comment évoluent ma vie professionnelle, familiale et la vie des lieux dans lesquels je m’entraîne : le CSLG Picardie Karaté Amiens et BOXfit. Moi, sinon, sur le plan personnel, ce que j’aimerais faire dans l’idéal, ce serait de continuer la compétition, de faire de meilleurs scores, de gagner plus de combats, et de pouvoir monter dans des niveaux de compétition plus élevés. J’aimerais, en continuant la pratique, pouvoir battre plus de monde, et peut-être des personnes qui commencent les arts martiaux à 20 ans ou plus, comme moi. Je monterai jusqu’où je peux monter. Ensuite, bien sûr, je veux continuer à passer des grades. Je pense au 2ème Dan. Sauf que pour l’obtenir, il faut d’abord faire deux ans en tant que 1er Dan. La question que je me pose est dans quel art martial est-ce que je passerai ma 2ème Dan.

Ce serait une manière de pouvoir enseigner en karaté défense, de pouvoir rendre ce que l’on m’a enseigné, ce que l’on m’a donné dans cette discipline en y ajoutant ma touche personnelle, et faire perdurer une tradition.


Également, j’aimerais bien aller en MMA Amateur. Le MMA professionnel ne m’intéresse pas. Je ne veux pas faire carrière là-dedans, je ne veux pas faire carrière dans le sport. Je veux que cela reste une passion. Alors, le MMA amateur, pourquoi pas, mais j’ai encore beaucoup de travail avant de pouvoir y monter, notamment pour ce qui est de la souplesse et de l’endurcissement du corps. Et puis, bientôt, je passe normalement le Diplôme d’Animateur Fédéral (DAF) pour pouvoir être enseignant au sein de la Fédération Française de Karaté. Je suis inscris. J’attends d’être convoqué pour la formation et l’examen. Ensuite, une fois que je l’aurai, peut-être que je passerai le Diplôme d’Instructeur Fédéral (DIF), puis le Certificat de Qualification Professionnelle (CQP). Ce serait une manière de pouvoir enseigner en karaté défense, de pouvoir rendre ce que l’on m’a enseigné, ce que l’on m’a donné dans cette discipline en y ajoutant ma touche personnelle, et faire perdurer une tradition. Je sais que le karaté défense, si un jour j’étais amené à donner des cours, je ne l’enseignerai pas d’une manière qui est identique à un autre club. Ce sera d’une manière qui me sera propre.

Quel a été ton plus beau souvenir, ou bien ton souvenir le plus marquant, en karaté ?
Le moment où j’ai eu ma ceinture noire, ça été un moment fort. Un moment qui m’a beaucoup ému parce que c’est ma première vraie ceinture, et c’est quelque chose que je pensais ne jamais avoir. C’est quelque chose qui me paraissait hors de portée et pour lequel j’ai travaillé, j’y ai passé du temps. Maintenant, le championnat de Somme, ça a été aussi assez marquant quand j’ai saigné du nez en combat, parce que c’était la première fois que cela m’arrivait. Saigner en combat, sortir, que l’on me stoppe le saignement et que je retourne sur le tatamis avec des cotons dans le nez. C’est quelque chose auquel je ne m’attendais pas forcément, et qui était assez fort aussi. Ce n’est pas forcément agréable, mais cela fait partie du jeu. C’est de l’apprentissage. En souvenir marquant, j’aimerais également faire un clin d’œil à deux de mes professeurs. Parce que tous les deux me l’ont dis. Cela fait référence à deux moments différents, mais qui ont le même contenu. En fait, globalement, quand j’ai commencé les arts martiaux, comme je ne maîtrisais pas mon corps, j’étais mauvais. Mais j’ai tellement travaillé que j’ai réussi à avoir le niveau que j’ai aujourd’hui. Et j’ai le souvenir marquant de mes deux professeurs en karaté défense training et en karaté shotokan qui me disent que j’ai vraiment énormément progressé en peu de temps, qu’ils n’auraient pas pensé que je serais devenu aussi bon en autant de temps, que je serai encore meilleur en continuant et que je pouvais être fier de là où j’en étais aujourd’hui.

Avec le recul, j’aurais aimé m’y mettre beaucoup plus tôt. Mais je ne l’ai pas fais parce que, justement, j’avais des croyances limitantes.


Qu’aimerais-tu dire aux personnes souhaitant pratiquer les arts martiaux ?
Il ne faut pas se bloquer pour pratiquer les arts martiaux. Si on a envie de pratiquer, tout le monde le peut. Il ne faut pas avoir de croyance limitante en se disant « ce n’est pas fait pour moi », ou « je vais me faire mal ». Parce que, quand on est débutant, les personnes s’adaptent. On progresse ensemble. Parfois, cela peut être violent, mais tout le monde peut s’y mettre et progresser. Malheureusement, moi je l’ai compris trop tard. Et aujourd’hui, je regrette de ne pas m’être mis au karaté beaucoup plus jeune. Avec le recul, j’aurais aimé m’y mettre beaucoup plus tôt. Mais je ne l’ai pas fais parce que, justement, j’avais des croyances limitantes. Je me disais que ce n’était pas fait pour moi, que j’allais me blesser, me faire mal et que j’étais déjà trop vieux pour commencer. Et finalement, non. Je m’y suis mis à 20 ans, j’ai beaucoup travaillé. 20 ans, c’est tard, mais il y a des personnes qui se mettent au karaté à 40 ans et qui passent leur ceinture noire quelques années après, qui l’ont, qui passent le diplôme d’animateur et qui se retrouvent même à donner des cours après. Donc il n’y a pas de limite d’âge. Juste, il faut avoir la volonté, le courage d’aller essayer et ensuite, tout se passe bien. Il ne faut pas avoir peur de se mettre aux arts martiaux, il faut y aller, aller dans les clubs. En plus, cela fait du lien social. Il n’y a pas de club où on a pour but de fracasser les nouveaux pour dire qu’on est meilleurs. Les clubs qui font ça, si cela arrive, ils ne sont pas dans un esprit de réelle transmission.

Qu’est-ce qui permet d’amener un débutant à progresser aussi rapidement ?
Le patron de BOXfit, Mohammed Oudji, dit : « Il n’y a pas de mauvais élève, il n’y a que des mauvais coachs ». En effet, si le coach est bon, il peut amener l’élève à un certain niveau. Aussi, j’ai appris lors de mes études en psychologie qu’il n’y avait pas de mauvais patient, mais seulement des psychologues qui ne savent pas s’adapter au patient. Et donc, c’est la même chose, l’idée est que, finalement, il y a une personne qui vient pour apprendre, pour travailler sur elle-même, et une personne qui doit l’accompagner dans ce travail. Et quelque soit le domaine, un sensei, un maître, un enseignant et autre, doit élever ses élèves. Leur transmettre un savoir et leur permettre d’être le mieux possible dans leur pratique. C’est lui qui doit les booster. Après, il y a certaines personnes, dont je fais partie, qui n’ont pas besoin d’être boosté. Mais il y a des gens qui ont un très bon niveau et qui, si ils étaient mieux entraînés, pourraient aller haut. Moi, j’ai la chance de me pousser tout seul vers le haut. Si on me dit « T’es mauvais », je le prends comme un défi. Mais j’ai beau avoir mon ambition et cet esprit de battant, si j’en suis là, c’est aussi parce que mes senseis m’ont élevé, notamment en me disant que je progressais beaucoup très vite, et que si je continuais comme cela, je serai encore meilleur par la suite. Et de me dire cela, ce n’est que quelques paroles, mais c’est déjà très motivant. Moi, je dis souvent que le dojo, le CSLG Picardie Karaté Amiens, c’est ma seconde famille. Je le dis souvent, et je le pense. Et mes senseis, je les considère un peu comme des pères spirituels.





Angélique Guénot

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