CYCLISME – Corentin Ermenault : « Je veux faire des choses qui me rendent heureux »

Prix Jean Renaux 2019 Kevin Devigne Gazettesports 16 1017x678
Ⓒ Gazette Sports

Alors qu’il a récemment quitté l’équipe Vital Concept-B&B Hotels et le monde professionel par la même, Corentin Ermenault aborde 2020 avec de très gros objectifs sur piste. Jeux Olympiques de Tokyo 2020, statut précaire du cyclisme sur piste en France, blues du monde professionnel, l’Amiénois évoque tous ces sujets à cœur ouvert.

Bonjour Corentin, pour commencer comment vas-tu ?

Ça va très bien, j’ai pris du temps pour moi en fin d’année 2019. J’ai passé pas mal de temps en Australie, j’en ai profité pour me reposer et puis pour reprendre la base hivernale de l’entraînement. J’ai essayé d’allier le bon temps et le vélo, c’est pour ça que j’ai décidé de partir là-bas.

Quel bilan fais-tu de cette année 2019 ?

Je n’ai jamais vraiment trouvé un énorme plaisir sur la route, j’ai fait mon boulot pour nos leaders. Après tout se passait très bien avec eux, mais ce n’était pas ça au niveau du plaisir personnel, je n’étais pas très épanoui dans ce monde professionnel. Je pense que ce monde et ces personnes ne me correspondent pas vraiment, donc ce n’était pas super.

Les courses sur route te semblaient un peu monotones ?

Oui c’est vrai que les courses chez les professionnels c’est souvent la même chose, c’est même tout le temps la même chose, le scénario se répète à chaque fois. En sortant des amateurs je m’attendais à un peu plus de course, mais en fait les choses se passent toujours pareils, c’est un peu embêtant on a toujours le même rôle, donc là-dessus c’est très monotone.

Par contre, les choses se sont bien passées sur la piste ?

Sur la piste j’ai fait une apparition assez tardive car Vital ne m’autorisait pas à faire de la piste, donc je suis revenu seulement en fin d’année, en octobre. C’est vrai que ça s’est très bien passé, on a fait de très belles choses, vécu de très belles émotions. C’est vrai que ce n’était qu’un mois dans l’année mais c’était super.

J’ai vécu beaucoup de moments où je n’étais pas très très heureux dans ma vie durant cette période. Donc là je préfère faire des choses qui me rendent heureux

As-tu fait une croix définitive sur le cyclisme professionnelle sur route ?

Pour l’instant c’est une croix définitive que je fais sur ma carrière sur route de cycliste professionnel. Après il ne faut jamais dire jamais, mais c’est vrai que pour l’instant je ne suis vraiment pas parti pour y retourner. C’est vrai que l’on m’a déjà demandé si je voulais retourner chez les pros mais en fait j’ai vécu beaucoup de moments où je n’étais pas très très heureux dans ma vie durant cette période. Donc là je veux faire des choses qui me rendent heureux plutôt que d’aller chez les pros où je ne suis pas épanoui, ce n’est pas vraiment mon but. Pour l’instant je vais m’épanouir et on verra si j’y retourne plus tard...

Que retires-tu de ces deux années professionnelles ?

J’en retire quand même du positif par rapport au fait que j’ai quand même passé des paliers et des caps. Sur mon physique concrètement ça a été deux années d’expérience et j’ai appris des choses dans tous les domaines. On va dire que j’oublie le négatif et je passe à autre chose et je retiens le positif.

Sur la piste, tu sens que tu as franchi un nouveau cap ?

J’ai obtenu des titres, j’ai fait de nouveaux records, effectivement j’ai passé un cap. La route ça m’a fait passer un cap, j’ai des performances physiques plus élevés, je me sens plus fort. Je l’attendais depuis longtemps, ça faisait un an que je stagnais un peu, et là le fait de revenir sur la piste j’ai eu énormément d’envie, et ça a beaucoup joué. L’envie ça joue beaucoup, donc cette fin d’année sur piste était attendue et ça s’est très bien passé pour moi.

Corentin Ermenault sous le maillot de l’Equipe de France en cyclisme sur piste

Quels sont tes objectifs pour l’année 2020 ?

L’objectif absolu c’est Tokyo 2020 ! Après je ne sais pas encore si j’y serais en poursuite par équipe car on a pris beaucoup de retard donc ça va être compliqué. C’est possible mathématiquement mais il faudra avoir une chance inoui. Par contre on est qualifiés en américaine une épreuve qui se déroule à deux coureurs. C’est mon objectif premier en 2020 que de faire partie de ces deux coureurs.
Pour le reste je me suis lancé avec Aix en Provence sur la route donc il y aura d’autres objectifs sur la route un peu moins important. Il y aura quand même un gros objectif bien ciblé : le championnat de France de contre la montre au mois de juin. Il y aura aussi le championnat du monde sur piste fin février-début mars qui sera un très gros objectif pour moi.

Comment se fait-il que vous ayez pris du retard en poursuite par équipes ?

En fait la qualification se fait sur deux ans, les deux années avant les JO, avec un système de points. Donc sur les Championnats du Monde et les Championnats d’Europe on marque des points et il faut être dans les huit premiers du classement mondial pour aller aux JO. Et nous on a pris énormément de retard sur la première année, moi je n’avais pas le droit de venir puisque j’étais avec Vital. Là c’est sûr que sur cette deuxième année on a fait de très belles performances, on a fait podium sur chaque manche du Coupe du Monde, mais on a pris tellement de retard avant que c’est très compliqué.

Concrètement comment pouvez-vous encore vous qualifier ?

Concrètement il faudra faire dans les 4 ou 5 premiers au championnat du monde, et que les Suisse, les actuels derniers qualifiés (8ème au classement), fassent au-delà de la 10ème place. Mathématiquement c’est possible mais s’ils n’ont aucun soucis normalement ça ne sera pas nous aux JO…

Je suis vraiment déçu de quitter la région picarde car les gens là-bas m’ont toujours soutenus depuis mes débuts, et très bien accompagné, d’ailleurs je les en remercie énormément

Sinon, peux-tu nous parler de ton choix de rejoindre le club d’Aix-en-Provence ?

J’ai choisi Aix pour la simple et bonne raison que c’est la proximité. J’ai réfléchi à revenir en Picardie, mais le choix s’est vite fait. Aix c’est à côté de chez moi, ils me proposait un très très beau projet, je suis vraiment déçu de quitter la région picarde car les gens là-bas m’ont toujours soutenus depuis mes débuts, et très bien accompagné, d’ailleurs je les en remercie énormément. Ça m’embête pour cette raison mais là c’était vraiment impossible de faire autrement.

Alors que tu as quitté le monde professionnelle, ta pratique du vélo va-t-elle changer ?

La pratique du vélo ne va pas énormément changer même si je ne suis plus pro. Je dois quand même m’entraîner si je veux faire les résultats que je veux, notamment si je veux être aux JO. Donc ça ne va vraiment rien changer à mon quotidien, je fais exactement la même chose, je ne change rien si ce n’est que je vais faire plus de piste maintenant.

Par contre le fait de ne plus être professionnel va changer ton quotidien d’un point de vu financier ?

C’est vrai que là-dessus j’ai fait un choix et je m’y suis tenu. Je me suis posé, j’ai beaucoup réfléchis sur : faut-il être heureux et gagner moins d’argent ou être plutôt malheureux comme je l’étais et bien gagner ma vie. Le choix a été fait : être heureux. C’est sûr que financièrement ça ne sera pas la même chose mais à moi de trouver des solutions.

Quelles peuvent-être ces solutions ?

Là c’est sûr qu’il faudrait que je trouve des sponsors. Je ne me suis pas encore tourné vers les sponsors mais c’est vrai qu’il va falloir que je m’y mette pour combler le manque financier et surtout pour m’aider à aller au JO de Tokyo et même pour la suite pour Paris 2024. Il faut préparer ça à l’avance pour ne pas avoir des soucis de dernière minute comme ce que je peux connaître actuellement.

C’est un problème que l’on ne puisse pas vivre du cyclisme sur piste en France ?

C’est quelque chose que j’espère depuis un petit moment déjà mais actuellement c’est impossible. Faire de la piste ce n’est pas rémunéré, j’espère que dans le futur ça sera possible. J’espère que ça évolue rapidement, pour Paris 2024 que l’on puisse faire les choses sereinement et avec qualité.



Propos recueillis par Quentin Ducrocq

Crédit photo Kevin Devigne Gazettesports.fr