ATHLÉTISME : Jean Paul Bourdon avait connu un destin exceptionnel

Ⓒ Lors de l’inauguration de la piste connectée de l’AUC – Mai 2019

Nous le savions malade et même gravement malade. Mais jusqu’au bout, Jean Paul Bourdon qui vient de nous quitter, le même jour que Raymond Poulidor, avait tenu à être présent près de ses athlètes et ce jusqu’au dernier moment. 

Sa vie était sur les stades et près de ses athlètes. Il avait accepté l’invitation  du CDOS et de Marcel Glavieux et avait honoré de sa présence la dernière Assemblée Générale du mouvement sportif olympique à Amiens. Jean Paul Bourdon avait raconté à une assemblée subjuguée son parcours exceptionnel, mais il avait aussi exposé ses idées pour moderniser son sport et notamment sur la manière d’organiser des réunions d’athlétisme qui, jadis, duraient très longtemps et lassaient le public. 

Lors de cette dernière assemblée générale du CDOS, les représentants des comités départementaux ont été littéralement captivés par cet homme qui bien qu’affaibli, a tenu à être debout et revenir sur sa prestigieuse carrière. Jean-Paul Bourdon a été fidèle toute sa vie à l’Amiens Université Club et il a eu l’occasion de diriger les carrières des meilleurs, notamment Marie Collonvillé. Il s’est réjoui aussi que le stade Urbain Wallet allait enfin être digne des grands stades avec huit couloirs et la possibilité d’accueillir de grandes compétitions internationales … qu’il ne verra hélas jamais.  Jean Paul Bourdon avait tenu en haleine son auditoire durant plus d’une heure avant de repartir chez lui se faire soigner. Moment émouvant s‘il en fut.

Jean-Paul fut un des rares entraîneurs à avoir participé à des Jeux Olympiques à Sydney en 2000, au sein d’une équipe de France perturbée par ce qu’on a alors appelé : l’affaire Marie Jo Perec.

Une jeunesse près des corons

« Je suis né en 1949, dans le Pas-de-Calais et j’ai grandi auprès des corons. Je suis très vite devenu entraîneur et ma carrière a été liée avec le développement de l’AUC, devenu peu à peu club de haut niveau. Créé en 1960, l’AUC était au départ un club d’étudiants. En 1971, j’ai débuté ma carrière de prof d’EPS à Chaulnes. Ce fut pour moi un choc terrible. J’ai attaqué l’athlétisme et un jour, sur le bord de la piste, un vieil homme m’attendait. C’était M. Hervé Inspecteur de la Jeunesse et les Sports. Il me demandait de rejoindre la Jeunesse et les Sports car un poste se créait. J’ai sauté sur l’occasion. Il faut savoir qu’à l’époque, les profs d’EPS étaient gérés par la Jeunesse et les Sports et non l’Education Nationale.

J’ai alors rencontré Alain Demolliens, licencié à l’AUC. Il m’a dit que c’était bien que je travaille pour l’athlétisme dans la Somme, mais aussi pour l’AUC. Ce club n’avait que des universitaires.

Le club avait une quantité de dirigeants, mais nous n’étions que deux entraîneurs. Nous étions des nomades et nous n’avions pas de stade. Au  début, nous nous entraînions sur le nouveau stade du Campus et alors, le club a commencé à grandir.

Je voulais que nous ayons une équipe car les féminines, à l’époque, étaient à part. Rien à voir avec ce qui se passe aujourd’hui puisque nous déplaçons pour les Interclubs environ 60-70 athlètes. Et puis, mon poste s’est transformé et je suis devenu cadre technique. J’étais le responsable d’un groupe d’une dizaine d’athlètes qui étaient les meilleurs de France ».

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Lors de l’Assemblée Général – Février 2019

De superbes rencontres

Et puis, et c’est un moment qu’il n’a jamais oublié, Jean-Paul Bourdon va faire la connaissance d’un grand athlète Pierre Sprecher qui était Amiénois, avait participé aux Jeux Olympiques de Londres en 1948 et qui était entraîneur national du javelot.

« J’ai eu l’occasion d’aller partout en Europe visiter des installations olympiques. J’ai eu une chance inouïe de bouger très jeune. »


Jean-Paul Bourdon va également faire une autre rencontre exceptionnelle : celle avec Jacques Dudal qui était alors DTN (Directeur Technique National).

« Il a été le seul DTN à avoir écrit un livre sur l’enfant. Il était perturbé par le fait que des jeunes très doués n’allaient pas au bout de leur aventure. On s’apercevait aussi qu’environ 70% des jeunes étaient barrés quand ils arrivaient en juniors. »  


En 1982, se pose pour Jean-Paul Bourdon un choix : « Les postes de cadres techniques vont à l’Education Nationale. Je décide de repartir dans un Etablissement scolaire et je me retrouve au Collège Jean Marc Laurent en face du stade Urbain Wallet. C’était génial. Je travaille alors sur plusieurs domaines et notamment celui de l’intelligence des pieds et la qualité physique. Nous faisons au club un projet avec Bruno Dilly et Joël Cabochette et on décide de le professionnaliser.

Enfin, la FFA décide qu’aux Interclubs, les féminines sont avec les garçons. Je me consacre alors exclusivement aux épreuves combinées et surtout, je veux que la porte entre l’école et l’AUC soit ouverte. A Jean Marc Laurent, je crée des classes athlé 6e, 5e, 4e. Au milieu de 150 élèves, il y a une certaine Marie Collonvillé.

Ce sera une aventure qui va durer 17 ans. Avec son gabarit, elle va réaliser des performances hors normes.

Le Collège Jean Marc Laurent va fournir à l’Amiens l’AUC qui à son tour, va fournir à l’équipe de France des spécialistes en décathlon et heptathlon. A l’AUC, nous prenons le temps avec les gamins, le temps de les développer. On est dans la culture de l’individu. L’AUC est devenu une sorte de laboratoire. » 

L’AUC, à la fois la formation et le haut niveau

« L’Amiens UC est devenu un club de formation mais aussi de haut niveau. Nous avons en ce moment deux jeunes, deux extra-terrestres Bruxelle et Dalmat et qui sont au Collège de la Hotoie.

Ce sont les fruits de notre formation. Nous sommes devenus un modèle sur le plan de la formation. Mais nous avons aussi des dirigeants, des officiels de qualité. Nous avons aussi développé le sport Santé et créé des compétitions nouvelles avec beaucoup de musique car nous sommes dans un monde artistique.

En 1999, je suis arrivé à la Direction Technique Nationale en tant qu’entraîneur des épreuves combinées. »   

Jean Paul Boudon est allé à Sydney aux J.O. de 2000 mais pour autant ils ne restent pas un bon souvenir. C’est pourtant le point d’orgue de la carrière de Jean Paul Bourdon. Sur le plan médiatique, cela a évidemment marqué cet homme exceptionnel.

Jean Paul Bourdon était notamment avec Fabe Dia, spécialiste du sprint. Mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, Jean Paul Bourdon ne garde pas un souvenir impérissable de ces Jeux car il avait été déçu, estimant que l’argent avait pris une place trop importante et qui n’avait plus à voir avec les Jeux de Londres en 1948 auxquels avait participé Pierre Sprecher.


Lors de son exposé devant le CDOS, il avait souhaité que Pierre Sprecher ait une rue à son nom, pourquoi ne pas donner le nom de Jean Paul Bourdon à la Halle du stade Urbain Wallet ? Il le mérite amplement et puis au moins, cela irait plus vite dans la mesure où c’est d’abord l’Amiens UC qui ferait le choix.

– Adieu Jean Paul. Le monde de l’athlétisme est en deuil.



Lionel Herbet 

Crédits photos : Léandre Leber – Gazettesports.fr